Viols et agressions sexuelles sur mineurs : 18 ans de réclusion pour l'ancien éducateur

  • Publié le 29 janvier 2026 à 02:58
  • Actualisé le 29 janvier 2026 à 08:40
tribunal cour appel

Il aura fallu un peu moins de deux heures aux cinq magistrats de la Cour criminelle de La Réunion pour répondre oui aux 22 questions de l'ordonnance de mise en accusation. Richard Derand est reconnu coupable de viols et d'agressions sexuelles sur quatre mineurs alors qu'il était leur éducateur au sein de la PJJ. Il a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle assortie d'une période de sûreté de la moitié. Il a déjà annoncé qu'il ne comptait pas faire appel (Photo d'illustration Sly/www.imazpress.com)

Dernier jour de procès pour Richard Derand ce mercredi 28 janvier 2026. Après trois jours d'audience, le quinquagénaire, ex éducateur de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) a connu la sanction que la Justice a décidé de lui infliger pour des viols et des agressions sexuelles commis sur des mineurs dont il devait assurer le suivi judiciaire.

Les faits se déclenchent en juillet 2022, lorsqu'un mineur, accompagné de sa mère, se présente à la brigade de gendarmerie de Saint-Louis. Devant les militaires, le mineur accuse clairement d'agressions sexuelles et de viols son éducateur de la PJJ. Dans un premier temps, les enquêteurs sont dubitatifs sur ses déclarations. Cependant, l'adolescent remet aux gendarmes une vidéo de 5 secondes où l'on voit l'accusé toucher le sexe d'une personne allongée sur un lit.

Interrogée, la victime relate que la scène se déroule dans la chambre d'un hôtel situé non seulement à proximité du front de mer de Saint-Pierre mais aussi non loin du siège de la PJJ du sud. Une enquête est immédiatement diligentée, tandis que Richard Derant est placé en garde à vue.

Dans un premier, il tente de nier les faits, mais devant la vidéo, il ne peut que reconnaître les faits. Mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur mineur de 15, il est incarcéré à l'isolement. L'enquête, en commission rogatoire, d'un juge d'instruction, permet de découvrir trois autres victimes, toutes étant ou ayant été des adolescents en souffrance suivis par les services de la PJJ du sud de l'Île.

D'après l'enquête et les déclarations de l'accusé lui-même, les premiers faits, avec un premier adolescent, remonteraient à juin 2014.

A l'audience qui s'est ouverte lundi devant la Cour criminelle de La Réunion, et comme durant l'instruction, Richard Derand reconnait les faits qu'il ne peut pas contester, tout en cherchant à en minimiser d'autres, voire en contestant formellement tous ceux ayant une qualification criminelle.

Si les victimes restent claires dans leurs déclarations, il n'en est pas de même concernant l'accusé. Face aux questions précises de la Présidente, des conseils des victimes et de l'avocat général, il part dans de longues logorrhées cherchant systématiquement à fuir ses responsabilités. "Je n'étais pas dans les calculs et la manipulation", affirme-t-il.

- Pour que la honte change de camp - 

"Je ne me suis jamais servi de ma position à la PJJ pour imposer une relation. Je demandais toujours s'ils étaient d'accord", poursuit-il devant la Cour sans réussir à convaincre. En effet, décrit comme intelligent, il était considéré comme l'un des piliers de l'institution du sud de l'île. Marié, père de trois enfants, sa famille et ses collègues ont été abasourdis lorsqu'ils ont appris les faits qui lui sont reprochés.

C'est devant les experts qu'il donne, ce qui est peut-être un début d'explication. Lors de sa jeunesse, vers 7/8 ans, il aurait lui-même été agressé sexuellement par des cousins. A 18 ans, il aurait eu sa première relation homosexuelle avec un militaire. Puis plus rien jusqu'à cette "nouvelle" relation en 2014.

Des explications qui laissent les avocates des parties civiles très dubitatives. "Sans le courage de mon petit client, qui a filmé la scène, nous ne serions pas là", commence Me Céline Germand-Robert pour l'une des victimes. "Il a profité de ses fonctions pour abuser de ces enfants. Mais, cela il ne veut pas l'admettre et c'est très inquiétant", termine-t-elle.

Même constat pour Me Brigitte Hoarau qui représente une autre victime. "Mon client, comme les autres, n'était pas consentant. L'accusé n'a aucune empathie. Il n'a pensé qu'à son propre plaisir. Il ne parle que de lui. Il faut rendre justice à cette enfance trahie", conclut Me Hoarau. Écoutez.

"La honte ne doit pas être sur les victimes", enchaîne Me Devaguy Margaye. "C'est pour cela que ces jeunes n'ont pas voulu de huis-clos. Pour que la honte change de camp".

"Il est choquant, dans son discours, qu'il ose dire qu'il n'y a que quatre victimes. Mais ce sont quatre victimes de trop", attaque l'avocat général. "Il n'a pas encore réussi à résoudre son problème et il ne pense qu'à son sort. Il faut que sa détention soit assez longue pour qu'il puisse faire un véritable retour sur lui-même", lance encore le magistrat en requérant une peine de 18 années de réclusion avec une peine de sûreté de la moitié.

Si la défense reconnaît toutes les infractions, même les plus graves, sur l'une des victimes, elle conteste formellement les viols sur les trois autres, n'admettant que les agressions sexuelles. C'est donc l'acquittement qui est plaidé et une peine juste pour le reste. "Ce n'est pas un être sournois et pervers. C'est juste un homme qui a un problème et qui se cherche", appuie Me Amel Khlifi-Ethève. Écoutez.

Richard Derand est finalement condamné à 18 ans de réclusion criminelle assortie d'une période de sûreté de la moitié, avec interdiction de contact avec les mineurs sous peine d'une peine de 3 ans de peine supplémentaire.

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1 Commentaires
Izzy
Izzy
4 heures

"Ça n'est pas un être sournois et pervers"....quand un éducateur a qui les enfants font ou devraient faire confiance , commet des agressions sexuelles, au delà de ce qui le pousse à faire cela et à ses propres problématiques. Il est forcément sournois et pervers !
Parce qu'il sait que c'est interdit et il brise la confiance, entre autre, de ces enfants et il y a de la perversité
Il a dépassé une limite INACCEPTABLE.C'est t'ellement grave. La vie de ces enfants qui était déjà complexe, puisqu'ils avaient besoin d' un éducateur, se voit brisée
C'est horrible.

Au delà de la prison, il faut un suivi psychiatrique .

On ne doit pas toucher aux enfants