Inde

"Air-pocalypse": Delhi se dote d'une "salle de guerre verte" contre la pollution

  • PubliĂ© le 4 novembre 2023 Ă  19:16
  • ActualisĂ© le 4 novembre 2023 Ă  19:38
Des experts suivent sur un écran  l'indice de qualité de l'air en temps réel à l'intérieur de la "salle de guerre verte", le 10 octobre 2023 à New Delhi, en Inde

La capitale indienne s'est dotée d'une "salle de guerre verte" pour combattre la pollution atmosphérique qui réduit de douze ans l'espérance de vie de ses habitants.

"La pollution est une urgence", a déclaré Gopal Rai, ministre de l'Environnement de Delhi --territoire incluant la capitale et sa région, une mégapole de 30 millions d'habitants en pleine expansion.

New Delhi est réguliÚrement classée parmi les pires capitales du monde en termes de qualité de l'air. Une véritable "Air-pocalypse", pour M. Rai.

L'hiver à Delhi, le niveau de PM 2,5 --microparticules cancérigÚnes qui pénÚtrent les poumons et le sang-- est souvent plus de 30 fois supérieur au niveau maximum fixé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La pollution réduit l'espérance de vie d'un habitant de Delhi de 11,9 ans en moyenne et de cinq ans pour les Indiens en général, selon un rapport publié en août par l'Energy Policy Institute de l'Université de Chicago.

Pour traiter ce problÚme vieux de plusieurs décennies, un centre de coordination de haute technologie a été ouvert en octobre.

Là, 17 experts surveillent, sur des écrans géants, l'évolution de la pollution en temps réel grùce aux images satellite de la NASA et aux mises à jour de l'indice de qualité de l'air mesuré par des capteurs.

Baptisée "Green War Room" ou "salle de guerre verte", le centre est une plateforme de coordination reliée à 28 agences gouvernementales.

- Pansement sur jambe de bois -

"DÚs que la qualité de l'air se dégrade, nous alertons nos équipes sur le terrain et elles agissent immédiatement", a expliqué Anurag Pawar, ingénieur environnemental de la War Room.

Une usine polluante peut ainsi recevoir un avertissement, un feu dans une dĂ©charge d'ordures ĂȘtre Ă©teint, des vĂ©hicules Ă©metteurs de fumĂ©e noire ou des feux d'artifice illĂ©gaux stoppĂ©s ou des camions envoyĂ©s pour asperger d'eau la poussiĂšre et la faire retomber.

En revanche, la salle de guerre verte ne peut rien faire contre l'une des principales sources de pollution: les brûlis agricoles, responsables du brouillard jaunùtre et toxique qui, avec les émissions industrielles et automobiles, asphyxient chaque hiver Delhi.

En 2020, une étude de la revue médicale britannique The Lancet imputait 1,67 million de décÚs prématurés, un an plus tÎt, à la pollution de l'air en Inde dont prÚs de 17.500 dans la capitale.

La pollution de l'air est "l'un des plus grands risques environnementaux pour la santé", prévient l'OMS. Elle provoque des accidents vasculaires cérébraux, des maladies cardiaques et respiratoires ainsi que des cancers du poumon.

Les autorités de Delhi ont lancé des pulvérisations biochimiques pour accélérer la décomposition des chaumes. Mais comme nombre d'efforts pour l'environnement, les bonnes intentions se heurtent à des obstacles politiques.

Selon M. Rai, plus des deux tiers de la pollution atmosphĂ©rique que subit la ville sont gĂ©nĂ©rĂ©s hors des frontiĂšres du territoire de Delhi, oĂč les autoritĂ©s locales n'ont pas le pouvoir d'agir.

"Nous avons introduit des bus Ă©lectriques, mais dans les Etats limitrophes, les bus fonctionnent encore au diesel", dĂ©clare M. Rai Ă  l'AFP, "tout cela a un impact sur Delhi. La pollution et les vents ne peuvent pas ĂȘtre limitĂ©s par les frontiĂšres des États".

- Changements "drastiques" -

La capitale et l'État du Pendjab sont gouvernĂ©s par le parti Aam Aadmi (AAP), mais d'autres États voisins sont dirigĂ©s par leurs rivaux du Bharatiya Janata (BJP) du Premier ministre Narendra Modi. La pollution est une pomme de discorde.

"De toute évidence, la politique a un impact", admet M. Rai, "on se heurte à des obstacles quand il s'agit d'établir des rÚgles."

Les agriculteurs, puissant groupe d'électeurs, arguent que les brûlis sont une vieille pratique, simple et peu coûteuse, et que la pollution urbaine ne les concerne pas.

L'OMS souligne que "de nombreux facteurs de pollution atmosphérique sont également des sources d'émissions de gaz à effet de serre" et que les politiques visant à réduire la pollution atmosphérique "offrent une stratégie gagnant-gagnant tant pour le climat que pour la santé".

L’Inde reste fortement dĂ©pendante du charbon pour sa production d’énergie. Le pays a vu ses Ă©missions par habitant augmenter de 29% ces sept derniĂšres annĂ©es et rechigne Ă  appliquer des politiques afin d'Ă©liminer progressivement les combustibles fossiles polluants.

"La Green War Room, si elle est employée correctement, sera efficace pour supprimer la pollution pendant un certain temps", estime auprÚs de l'AFP Sunil Dahiya, analyste au Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur.

"Mais ce n'est pas la solution pour réduire les émissions", souligne-t-il,"quand il s'agit de respirer un air pur, il faut réduire les niveaux de pollution, des changements autrement drastiques et systématiques sont nécessaires."

 AFP

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