Argentine

A Buenos Aires toujours confinée, un Mondial du tango en ligne

  • PubliĂ© le 25 aoĂ»t 2020 Ă  10:35
  • ActualisĂ© le 25 aoĂ»t 2020 Ă  11:04
Une affiche de danseuse de tango peinte sur un mur de Buenos Aires, le 24 août 2020

Des danseurs du monde entier vont se mesurer à partir de mercredi à l'occasion du Mondial du tango organisé exceptionnellement en ligne cette année en raison de la pandémie de coronavirus qui ne faiblit pas en Argentine.

A cause des restrictions sanitaires, cette compĂ©tition organisĂ©e chaque annĂ©e au mois d'aoĂ»t va se limiter cette annĂ©e Ă  des activitĂ©s virtuelles et Ă  un concours inĂ©dit oĂč les jurĂ©s se baseront sur des vidĂ©os envoyĂ©es par les participants.

L'événément a lieu alors que les milongas, ces lieux traditionnels de danse du tango, sont moribondes aprÚs plus de cinq mois de fermeture. A Buenos Aires, les activités artistiques et les réunions sociales sont toujours interdites en raison de l'épidémie de Covid-19. Décrété le 20 mars, le confinement n'a été depuis que trÚs partiellement assoupli.

"Nous faisons le pari d'un Festival de tango qui s'adapte Ă  la situation que nous traversons en raison de la pandĂ©mie. DiffĂ©rent, en ligne, mais avec la mĂȘme vigueur que les annĂ©es antĂ©rieures", a voulu rassurer le responsable de la Culture de la capitale, Enrique Avogadro.

Au cours de l'édition 2019, 500 couples avaient participé à la compétition et plus de 500.000 personnes avaient assisté à des spectacles, cours, récitals et dansé dans les milongas lors de ce qui est considéré par la mairie comme la "rencontre de tango la plus importante du monde".

Le Mondial 2020, qui rend hommage au rÎle de la femme dans le tango, aura lieu dans une ville toujours semi-paralysée par les restrictions, frappée de plein fouet par la crise économique et endeuillée par la pandémie qui a fait plus de 7.000 morts (pour 340.000 cas déclarés), dont la majorité dans la capitale, dans ce pays de 44 millions d'habitants.

Pour faciliter la participation malgrĂ© les restrictions, les organisateurs ont autorisĂ© les participants individuels, une licence pourtant tout Ă  fait contraire Ă  l'essence mĂȘme du tango, la danse de l'Ă©treinte par excellence.

Les compétiteurs participeront ainsi, masqués selon les recommandations, dans les catégories habituelles "piste" ou "scÚne" qui proposent une version plus acrobatique.

- "Aucune crédibilité" -

La participation se fera par le biais de vidĂ©os qu'un jury prĂ©sĂ©lectionnera pour les prĂ©senter lors des Ă©preuves finales sur les rĂ©seaux sociaux oĂč le public pourra aussi voter.

Mais le choix d'une compétition virtuelle n'est pas du goût de tout le monde. "C'est sujet à la controverse. Ce n'est pas pareil d'enregistrer une vidéo que tu peux monter et danser sur une scÚne face à un jury", estime Virgina Vasconi, danseuse, chorégraphe et réguliÚrement membre du jury.

Elle ne soutient pas non plus l'idée d'une participation individuelle. "Le tango se danse à deux, il ne peut pas y avoir +un+ champion. Ensuite, il se rend à une milonga et on se rend compte qu'il ne sait pas danser avec quelqu'un", s'agace-t-elle.

A Buenos Aires, alors que les salles de rĂ©pĂ©tition sont toujours fermĂ©es, que les chorĂ©graphes et les Ă©lĂšves ne peuvent pas se retrouver, les danseurs locaux se sentent dĂ©savantagĂ©s par rapport aux participants d'autres pays soumis Ă  moins de restrictions. "Cela n'a aucune crĂ©dibilitĂ© d'ĂȘtre champion virtuel", estime Virginia Vasconi.

Le Mondial de tango et le Festival qui l'accompagne sont normalement une opportunité unique de travail pour la communauté des danseurs de tango, classé patrimoine immatériel de l'humanité par l'Unesco en 2009.

Or la version en ligne laisse sur le bord de la route des centaines d'artistes argentins qui aujourd'hui demandent de l'aide. "Nous traversons un moment critique oĂč l'industrie culturelle du tango est en train de couler, il n'y a pas de travail", se dĂ©sole Julio Bazan, prĂ©sident de l'Association des organisateurs de milongas.

L'association, qui compte une trentaine d'autres opĂ©rateurs, rejette d'ailleurs l'organisation de ce festival virtuel dont il critique l'improvisation. "C'est ridicule. Ils devraient redistriber le budget (du festival) aux travailleurs qui font en sorte que le tango continue de vivre dans les 191 milongas de Buenos Aires oĂč viennent un million de personnes chaque annĂ©e, ce qui favorise le tourisme", insiste-t-il.

AFP

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