AprĂšs les attentats au Sri Lanka

A Colombo, la nuit blessée

  • PubliĂ© le 7 mai 2019 Ă  08:53
  • ActualisĂ© le 18 mai 2019 Ă  09:16
Park Street Mews, rue piétonne pleine de restaurants et bars de Colombo, le 4 mai 2019

Des DJs qui se produisent dans des bars sans clients, des serveurs dĂ©soeuvrĂ©s et des fĂȘtards couchĂ©s tĂŽt: les attentats jihadistes au Sri Lanka ont donnĂ© une gueule de bois carabinĂ©e Ă  la vie nocturne de Colombo, qui espĂšre un prompt rĂ©tablissement.

Park Street Mews, ruelle piétonne de bars et restaurants chics fréquentés par les classes aisées de la capitale, somnole en ce vendredi soir. Les établissements sont ouverts mais la plupart sont déserts, évités par des Sri-Lankais que la peur de nouvelles attaques cloßtre à la maison.

Dßnant avec une amie en terrasse d'un restaurant dont elles sont les uniques clientes, Rangana Wijesuriya, 26 ans, n'en revient toujours pas d'avoir une place assise dans ce passage, couramment si bondé les week-ends qu'il faut jouer des coudes dans une mer humaine.
"Normalement c'est vraiment noir de monde et trÚs bruyant ici. Nous étions choquées de découvrir que c'est vraiment vide", témoigne cette employée d'un cabinet d'audit international.
Il est Ă  peine vingt heures et les deux jeunes filles songent dĂ©jĂ  Ă  rentrer chez elles avec leur propre voiture. "D'habitude on reste jusqu'au petit matin, on boit et on part. Maintenant on a mĂȘme peur de prendre des taxis."

Au lieu des 700 à 800 clients attendus pour un soir comme celui-ci dans cette "rue de la soif", ils ne sont guÚre qu'une vingtaine, clairsemés entre les différentes enseignes. Des guirlandes lumineuses tendues au-dessus de la voie sont restées éteintes.

Dans un bar à tapas, la direction n'a pas engagé de groupe de musique pour ses traditionnels concerts du week-end. Un DJ mixe à l'intérieur, les serveurs pour tout public.
"Ouvre les portes pour que la musique sorte, que ça mette un peu d'ambiance dans la rue !", lance Harpo Gooneratne, propriétaire de l'endroit et l'un des magnats des nuits blanches de Colombo, à son manager.

Résilience

Comme tous les vendredis et samedis soirs, cet homme d'affaires aux cheveux blancs et charme mondain fait avec son chauffeur la tournée de ses restaurants et bars à travers la capitale pour prendre la température, saluer ses habitués qui reviennent petit à petit.
Avec la multiplication de bars, discothÚques et restaurants ces derniÚres années, "la vie nocturne de Colombo montait en puissance", déclare à l'AFP cet entrepreneur qui se targue d'avoir été le premier DJ du Sri Lanka. AprÚs les attentats qui ont fait 257 morts, "ça a pris un coup mais nous sommes confiants que ça va reprendre".

À l'entrĂ©e de Park Street Mews, une compagnie de sĂ©curitĂ© privĂ©e fouille dĂ©sormais tous les sacs des fĂȘtards. Des parpaings en bĂ©ton ont Ă©tĂ© posĂ©s pour empĂȘcher les attaques Ă  la voiture-bĂ©lier.
En face du bar Ă  tapas, un restaurant tenu par des Français a vu son chiffre d'affaires chuter de moitiĂ© en avril par rapport au mĂȘme mois l'an dernier, et s'attend Ă  un plongeon Ă©quivalent pour mai.
Son bar est normalement si plébiscité qu'il n'accepte pas les réservations aprÚs 22h. Pour s'assurer des places assises, certains clients envoyaient leur chauffeur s'installer en avance, acheter une consommation et garder la table disponible jusqu'à leur arrivée.

"La situation n'est pas trÚs bonne mais c'est compréhensible, moins de deux semaines aprÚs les attentats. Va falloir que la vie reprenne tout doucement", explique le directeur Jean-Charles Toussaint, originaire de Montpellier et installé au Sri Lanka depuis quatre ans.
"MĂȘme si on a que six clients, on sera lĂ  jusqu'Ă  deux heures du matin avec eux !"
PropriĂ©taire d'un lieu huppĂ© de fĂȘte nocturne dans le quartier des ambassades, Natalie Jayasuriya se montre philosophe: "le Sri Lanka est une nation rĂ©siliente. Nous avons Ă©tĂ© en guerre pendant trente ans, nous avons survĂ©cu Ă  ça. Je crois que nous pouvons survivre Ă  tout."

À Colombo, la nuit rĂȘve dĂ©sormais de jours meilleurs.

AFP

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