A Cuba, la passion de la danse classique plus forte que la crise

  • PubliĂ© le 2 juin 2026 Ă  20:13
  • ActualisĂ© le 2 juin 2026 Ă  20:47
La danseuse classique Laura Kamila Rojas, lors d'une représentation du Ballet national de Cuba, à La Havane, le 8 mai 2026

A Cuba, malgrĂ© des transports chaotiques et des coupures de courant interminables, la danseuse classique Laura Kamila Rojas n'est pas prĂȘte Ă  renoncer Ă  sa passion.

Elle se réfugie dans l'art pour supporter la grave crise énergétique que traverse l'ßle, mise sous pression par Washington.

Soliste du Ballet national de Cuba (BNC) depuis un an, cette danseuse de 25 ans, timide dans la vie mais flamboyante sur scĂšne, vit un moment charniĂšre de sa carriĂšre, alors mĂȘme que le manque de carburant dĂ©sorganise la vie sur l'Ăźle communiste et rĂ©duit fortement la vie culturelle du pays.

"C'est un peu difficile", confie-t-elle Ă  l'AFP. "Mais je fais toujours tout mon possible. Je me lĂšve et je me dis que oui, je peux y arriver, et je continue d'avancer".

Récemment, elle a interprété pour la premiÚre fois le rÎle de Swanilda dans le pas de deux du ballet "Coppélia". Et son talent ne passe pas inaperçu.

"Bravo, Kamila !", ont criĂ© des spectateurs aprĂšs une impeccable succession de pirouettes lors d'une reprĂ©sentation mi-avril au Théùtre national de Cuba, oĂč le public est rĂ©putĂ© particuliĂšrement connaisseur.

Née à Jesus Maria, un quartier populaire de La Havane à forte tradition afro-cubaine, elle a grandi entourée de musique.

Son pĂšre dirige un groupe folklorique dont sa mĂšre a Ă©tĂ© danseuse. Beaucoup s'attendaient Ă  ce qu’elle suive cette voie, mais elle a choisi les pointes et n'a jamais lĂąchĂ© sa passion.

Chaque jour, elle parcourt comme elle peut les cinq kilomÚtres qui séparent son domicile du siÚge du Ballet. Elle se lÚve tÎt pour trouver un moyen de transport. "S'il le faut, oui, je marche", assure-t-elle.

Faute de carburant, les autocars de la compagnie sont désormais réservés aux jours de représentation.

Les répétitions ont également été réduites, passant de journées entiÚres à seulement quatre heures par jour pour économiser l'électricité et laisser le temps aux danseurs de rentrer chez eux.

"Mais l'exigence reste la mĂȘme", souligne la danseuse, ailes d'ange tatouĂ©es dans le dos. "Tout le monde veut ĂȘtre ici (au ballet), parce que c'est ce que nous aimons", dit-elle en se prĂ©parant Ă  rĂ©pĂ©ter dans l'une des salles de la compagnie.

- "J'oublie tout" -

Le manque de sommeil complique encore son quotidien: les coupures de courant la nuit empĂȘchent de faire fonctionner l'air conditionnĂ© ou mĂȘme un ventilateur alors que la chaleur tropicale de l'Ă©tĂ© cubain est dĂ©jĂ  bien installĂ©e.

Mais "quand je danse, j'oublie tout (...) Peu importe ce qui se passe, ce qui compte pour moi, c'est de danser", explique la ballerine.

Pour la directrice du Ballet national et premiÚre danseuse, Viengsay Valdés, cette détermination est partagée par toute la compagnie composée de trÚs jeunes artistes.

"Ils ont beaucoup de talent et une immense envie de danser, c'est fondamental", dit-elle.

Alors mĂȘme qu'une grande partie de l'activitĂ© culturelle du pays est dĂ©sormais ralentie, le Ballet n'a cessĂ© ni de rĂ©pĂ©ter ni de se produire. "Un danseur a besoin de la scĂšne (...) Il ne peut pas s'arrĂȘter. S'il s'arrĂȘte, il faut rĂ©entraĂźner le corps", rappelle la directrice.

Et le public répond présent. Malgré les difficultés quotidiennes, la salle de 2.000 places du Théùtre national est presque pleine lors des représentations, dont les horaires ont été adaptés en fonction de la disponibilité de l'électricité.

Bravant la chaleur et les pĂ©nuries de carburant, les spectateurs s'y rendent en vĂ©lo-taxi, en scooter Ă©lectrique ou Ă  pied, le plus souvent vĂȘtus avec Ă©lĂ©gance comme il se doit Ă  Cuba quand on va assister Ă  un ballet.

Sur l'ßle, la danse classique fait partie de la vie culturelle depuis les débuts de la révolution castriste de 1959.

Sous l'impulsion d'Alicia Alonso (1920-2019), légende du ballet cubain, le pays a acquis une tradition propre qui a fait sa renommée dans le monde.

"On est assis Ă  regarder le ballet, en plein cƓur de La Havane, alors qu'on vit tant de problĂšmes: c'est comme une bulle qui nous sort de notre rĂ©alitĂ©", se rĂ©jouit Teresa Betancourt. "C'est Ă©trange, mais c'est magnifique", dit cette enseignante de 52 ans.

AFP

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1 Commentaires
Philippe Bonato
Philippe Bonato
1 mois

Oui bravo, Kamila ! Quel courage et quelle volonté !