Si dans votre travail vous manipulez d'importants volumes de donnĂ©es, de chiffres, assis derriĂšre un bureau, il serait peut-ĂȘtre sage d'envisager une reconversion.
Les robots. Ils ont investi de nombreuses usines, installĂ©s par les chefs d'entreprise sur les chaĂźnes de montage et poussant Ă la porte des millions d'ouvriers dans le monde. Ce pourrait bientĂŽt ĂȘtre le tour des cols blancs, confrontĂ©s Ă l'arrivĂ©e de l'intelligence artificielle, un sujet qui a abondamment nourri les Ă©changes de l'Ă©lite Ă©conomique mondiale rĂ©unie Ă Davos depuis lundi.
Si les dĂ©bats du WEF de Davos sont un indicateur des centres d'intĂ©rĂȘt des dirigeants, ces derniers sont sur le sujet: "DĂ©coder le futur du travail", "L'intelligence artificielle, une technologie qui va changer le monde", "Rendre l'intĂ©gration au marchĂ© du travail plus facile", "Faire face au nouveau monde du travail"...
Les progrÚs de l'intelligence artificielle ont été "bouleversants" ces derniÚres années, a commenté Vishal Sikka, patron du géant indien des services informatiques Infosys. "Nous ne sommes qu'au début de cette évolution et nous ne pouvons exclure l'idée que cela va laisser sur le bas-cÎté un nombre de gens plus important encore que n'importe quelle autre avancée" industrielle, a-t-il prévenu.
Ceci alors qu'une partie croissante des populations occidentales, déclassées par la robotisation et la mondialisation, exprime son mécontentement. Les victoires électorales de Donald Trump ou du Brexit ont été analysées comme symptÎme de cette colÚre.
Selon une Ă©tude du groupe Manpower menĂ©e auprĂšs de 18.000 employeurs dans 43 pays, jusqu'Ă 45% des tĂąches quotidiennes dans leurs entreprises pourraient ĂȘtre automatisĂ©es, rien qu'en se basant sur le niveau technologique actuel.
Le consultant McKinsey chiffre Ă plus de 60% la part des emplois (et 30% des activitĂ©s) qui pourraient ĂȘtre automatisĂ©s aujourd'hui. Les populations et les gouvernements doivent prendre conscience de ce nouveau risque, selon plusieurs participants au forum.
Les nouvelles technologies "vont complÚtement bouleverser et modifier l'espace de travail pour longtemps", et les gouvernements doivent prendre des mesures, des programmes de reconversions, des atténuateurs sociaux, a estimé la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde.
- 'Vers une société trÚs instable' ? -
Les systÚmes de formation sont aussi à repenser, selon plusieurs experts. Actuellement, ils ne parviennent pas à satisfaire la demande en emplois qualifiés dans les services informatiques en Europe et aux Etats-Unis. "On ne peut pas compter sur les gouvernements pour reclasser les gens (...) Les entreprises devront prendre cela en charge", selon un dirigeant de McKinsey, Dominic Barton.
Les services administratifs et de support (le "back-office") du secteur financier font figure de premiĂšres victimes potentielles de l'intelligence artificielle, mais les mĂ©decins ou les comptables pourraient ne pas ĂȘtre Ă©pargnĂ©s par ses progrĂšs foudroyants.
Une intelligence artificielle est capable de digérer toute la littérature scientifique et les études académiques pendant qu'elle examine un patient présentant un risque de cancer.
Evidemment, un médecin sera toujours nécessaire pour prendre une décision sur un éventuel traitement, ce qui alimente l'idée que les machines ne remplaceront pas complÚtement les humains partout. Les autres devront s'adapter. Les opérateurs téléphoniques, qui mettaient les gens en communication, ont disparu de la vie quotidienne, et les techniciens de maintenance en services informatiques ont vu le jour, a illustré un participant au forum.
"Nous avons déjà rencontré ce genre de problÚmes (dans l'histoire). Le souci c'est que ca arrive de plus en plus vite", explique à l'AFP Mike Gregoire, PDG du groupe américain de services informatiques CA Technologies. "Si les entreprises et les gouvernements ne se mettent pas d'accord pour aider de maniÚre proactive les populations à apprendre de nouvelles compétences productives, je pense que nous allons vers une société trÚs instable", a-t-il prévenu.
Alain Roumilhac, le président de ManpowerGroup France, qui a commencé sa vie professionnelle comme soudeur, "tout se résume à un mot: éducation".
AFP


