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A Gaza, le désespoir fait bondir le nombre de suicides

  • PubliĂ© le 29 septembre 2015 Ă  15:31
Mohammed Abou Assi vend du maĂŻs au bord de la plage, le 2 septembre 2015 Ă  Gaza

Mouammar Qouider devait bientÎt se marier, mais il a tenté de se suicider il y a quelques jours.

A 21 ans, il n'en pouvait plus des brimades et du chĂŽmage dans la bande de Gaza.
"Toutes les portes se sont fermées devant moi", témoigne-t-il aprÚs en avoir réchappé. "La police de la municipalité de Gaza m'a confisqué mon stand et la balance qui me servait à vendre mes raisins".
Le jeune homme énumÚre ses arrestations à répétition entre 09H00 et 21H00, les heures durant lesquelles il pouvait vendre le mieux.
Alors il a avalé de la mort-aux-rats, un poison bon marché et facile d'accÚs, devant les locaux d'une association des droits de l'Homme.
Il est impossible d'obtenir des chiffres précis sur les suicides dans l'enclave palestinienne contrÎlée d'une main de fer par le mouvement islamiste Hamas. Les familles de cette petite société conservatrice refusent de briser ce tabou. L'islam condamne le suicide.
La police assure que le suicide n'est pas devenu un "phénomÚne". Mais une source au sein des services de sécurité indique à l'AFP, sous le couvert de l'anonymat, que les chiffres sont "effrayants" et parle de cas "quasi-quotidiens".
Des médecins s'alarment de l'augmentation du nombre de patients ayant ingéré des produits toxiques. Mais, disent-ils, c'est à la police de se prononcer sur les causes de l'intoxication.
Mohammed Abou Assi a lui passĂ© plusieurs jours dans le coma aprĂšs avoir avalĂ© du poison. "A 30 ans, je n'avais mĂȘme plus de quoi nourrir mes enfants en bas Ăąge. J'ai prĂ©fĂ©rĂ© mourir plutĂŽt que de les voir mourir devant mes yeux".

- 'Il ne nous reste plus rien' -

La bande de Gaza est aux abois. Une troisiÚme guerre en six ans avec Israël y a semé le deuil et la dévastation en 2014. Le territoire exigu sur lequel s'entassent 1,8 million de Palestiniens est cadenassé par un blocus israélien et un quasi-blocus égyptien.
La reconstruction traßne. L'accÚs à l'eau et à l'électricité est restreint. Le taux de chÎmage est l'un des plus élevés au monde à 42% au premier semestre, indique un rapport de la Banque mondiale. Plus de 60% des jeunes n'ont pas de travail; 39% de la population vit sous le seuil de pauvreté et prÚs de 80% dépend de différentes aides pour vivre.
Le marasme est tel que 52% des Gazaouis cherchent à partir, selon un récent sondage. Mais Israël ne laisse pas passer grand-monde et la frontiÚre avec l'Egypte est souvent fermée. Certains tentent la dangereuse traversée de la Méditerranée pour rejoindre l'Europe.
Pour Mohammed Abou Assi, l'élément déclencheur a été la fermeture du petit café qu'il avait installé en bord de mer. Lorsque la police est venue saisir son "Roots des pauvres", du nom d'un hÎtel-restaurant fréquenté par la classe moyenne supérieure, il a perdu tout espoir de subvenir aux besoins de sa famille qui s'entasse dans un appartement de 30 m2.
"Tout le monde ici, jeune ou vieux, vit dans la pauvreté. Quand quelqu'un en vient à préférer la mort à la vie, c'est bien qu'il ne nous reste plus rien", s'emporte-t-il.

- 'Invivable' -

Les responsables, "ce sont les dirigeants à Gaza", accuse son pÚre. "Ils connaissent les souffrances de nos enfants mais ils ne font rien. Ils nous ressortent leur slogan: +sois patient, Î peuple héroïque+. La seule chose vers laquelle ils nous mÚnent, c'est à la mort".
Un rare mouvement de contestation de la part de jeunes avait été abruptement interrompu par la police du Hamas en avril.
Pour Fadel Achour, psychologue et universitaire, "il y a un vrai conflit entre habitants et institutions: les uns demandent un salaire, les autres des taxes. Ce conflit crĂ©e un environnement propice Ă  des comportements violents, soit envers la sociĂ©tĂ© et ses institutions, soit envers soi-mĂȘme, et le suicide en est une manifestation".
"La principale cause de ces suicides, c'est le désespoir" des jeunes, résume l'économiste Omar Chaabane.
Face Ă  "une sociĂ©tĂ© qui les lĂšse et les opprime, le suicide, la violence et la radicalisation sont des rĂ©ponses qui font craindre l'explosion" d'un territoire surpeuplĂ© qui risque d'ĂȘtre "invivable" en 2020, selon l'organe de l'ONU chargĂ© du dĂ©veloppement (Cnuced).


Par Rosa SULLEIRO - © 2015 AFP
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