Etats-Unis

A Portland, les "mamans" font le mur pour protéger les manifestants

  • PubliĂ© le 25 juillet 2020 Ă  11:50
  • ActualisĂ© le 25 juillet 2020 Ă  12:38
Des membres du "Mur des Mamans" dans les rues de Portland (Oregon) le 21 juillet 2020

Bev Barnum n'aurait jamais cru qu'elle obtiendrait un tel résultat en publiant la semaine derniÚre un simple message sur internet pour réagir à l'arrestation d'un manifestant par des policiers fédéraux dans une rue de Portland.

"Ca disait quelque chose comme +Je ne sais pas vous, mais moi je n'ai jamais manifesté+", raconte à l'AFP cette mÚre de famille de 35 ans, qui habite Portland, la plus grande ville de l'Oregon, dans le nord-ouest des Etats-Unis.

"Je pense qu'on devrait faire quelque chose. Et si vous aviez cent mamans derriÚre vous et qu'elles fassent la différence?", poursuivait le message. En quelques heures seulement, sa messagerie était saturée de mÚres emballées par sa proposition.

Depuis lors, ces militantes de la derniÚre heure ont formé "Le Mur des Mamans" et descendent toutes les nuits dans les rues de Portland pour gonfler les rangs des manifestants anti-racistes.

VĂȘtues de jaune, coiffĂ©es de casques de vĂ©lo et brandissant des fleurs de tournesol, des centaines de mĂšres de familles se tiennent bras dessus-bras dessous pour former une barriĂšre humaine entre les militants et les policiers fĂ©dĂ©raux dĂ©pĂȘchĂ©s par le prĂ©sident Donald Trump pour rĂ©tablir "la loi et l'ordre", selon son slogan de campagne.

Certaines agitent des pancartes "En colĂšre comme une mĂšre" ou "Laissez nos enfants tranquilles", en rĂ©fĂ©rence aux derniers mots de George Floyd, quadragĂ©naire noir asphyxiĂ© fin mai sous le genou d'un policier blanc. AprĂšs avoir suppliĂ© le policier et s'ĂȘtre plaint d'Ă©touffer, George Floyd avait appelĂ© sa mĂšre au secours.

"Nous faisons ça pour nos enfants", insiste Shawn Roberts, une mÚre noire surprise mais ravie de la solidarité de ses homologues blanches. "Les mamans font bouger les choses", lance Mme Barnum. "On a plein de casquettes différentes. Pour l'instant, on porte celle de protectrices farouches", dit celle qui a choisi la couleur jaune pour s'allier au noir de "Black Lives Matter", et rappeler ainsi les abeilles.

AprÚs avoir impulsé le mouvement, Bev Barnum dit avoir maintenant passé les commandes de la "ruche" à trois mÚres noires de Portland, mais son initiative a déjà inspiré des "murs" similaires dans d'autres villes du pays, comme New York et Chicago.

- Les "papas" aussi -

Pour Jayla Lindseth, jeune femme noire qui manifeste depuis huit semaines, l'arrivée des "mamans" a fait une différence. "Beaucoup d'entre elles m'ont prise dans les bras et m'ont dit +Je suis ta maman maintenant, je suis là pour toi+. Ca donne de la force", explique-t-elle.

De son cÎté, c'est en lisant des informations sur ces étonnantes manifestantes que Zack Duffly a eu l'idée d'étendre le mouvement aux pÚres de famille, au départ presque une blague lancée sur Twitter.

Il assure à l'AFP que pendant plusieurs semaines, il craignait trop les brutalités policiÚres pour oser descendre dans la rue. Il se contentait donc de faire des dons aux organisations anti-racistes et d'appeler des élus locaux pour leur demander d'agir. Et puis il a décidé de sauter le pas. "Les raisons pour lesquelles c'est dangereux sont celles qui font que c'est important", dit-il, parlant d'"obligation morale".

Pour couleur de ralliement, il a choisi l'orange, souvent associé aux produits pour hommes et équipements de bricolage, comme ces souffleurs à feuilles qu'il a vu utilisés à Hong Kong par des manifestants pour dissiper les gaz lacrymogÚnes.

Lundi dernier, pour son premier jour de mobilisation avec des dizaines d'autres pĂšres de famille, l'avocat a jouĂ© de malchance. AprĂšs avoir Ă©tĂ© coursĂ© par certains des policiers fĂ©dĂ©raux dont le dĂ©ploiement Ă  Portland est si controversĂ©, il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et accusĂ© de troubles Ă  l'ordre public.

Cela n'a pas empĂȘchĂ© une escouade de "papas" de participer depuis lors Ă  chaque manifestation nocturne. Et de se ruer en avant dĂšs qu'une grenade lacrymogĂšne explose en faisant vrombir leurs souffleurs Ă  feuilles.

AFP

guest
0 Commentaires