Ils ont faim et soif

A Saint-Martin, la distribution de vivres se fait dans la douleur

  • PubliĂ© le 13 septembre 2017 Ă  09:00
  • ActualisĂ© le 13 septembre 2017 Ă  11:49
Distribution de vivres Ă  Marigot Ă  l'Ăźle Saint-Martin, le 12 septembre 2017

"J'ai faim et j'ai soif" : une femme enceinte, qui ne peut retenir ses larmes, se jette sur la bouteille et le paquet d'amandes qu'on lui tend devant un camion-benne rempli de victuailles, un point de ravitaillement d'urgence installé à Saint-Martin.


Ils sont nombreux, la mine fatiguée, les traits creusés à attendre en ce mardi matin que la distribution commence. A l'avant de la file, la Croix-Rouge forme un cordon de sécurité pour contenir la pression des gens qui avancent. "Ce sont des denrées qui proviennent d'une réserve d'une entreprise et un camion d'eau devrait suivre", raconte Joachim, en charge de l'organisation de la distribution pour l'ONG.

Dans la benne, les pompiers s'activent pour passer les produits et les distribuer. D'autres encadrent la foule, la scrutent, vont et viennent sans relùche à la recherche des plus fragiles, les personnes ùgées, les femmes enceintes et les enfants. Tous ceux qui doivent passer en priorité. Ils tentent de rassurer ceux qui arrivent et s'inquiÚtent de la longueur de la file. "Tant qu'il y a des gens dans la benne madame, c'est qu'il reste des choses", explique l'un d'eux à une femme inquiÚte sur ses chances d'obtenir des vivres.

Ils distribuent des produits frais, comme des Ɠufs, des poulets ou du lait. La file a commencĂ© Ă  se former bien avant l'arrivĂ©e vers 10H00 du camion-benne. Certains attendent dĂ©jĂ  depuis plus de deux heures, en plein soleil et par une chaleur Ă©crasante, presque sans vent.

- L'eau manque -

"Nous avons appris qu'il y aurait une distribution par la radio d'urgence, le 91.1", dit Pierre-Richard Gaspard. Son voisin a su via le bouche Ă  oreille qui circule d'un point de l'Ăźle Ă  l'autre. Sur place, les annonces d'Emmanuel Macron, arrivĂ© le jour mĂȘme sur l'Ăźle, font sourire, irritent parfois. L'urgence c'est l'eau potable. Et la nourriture. Mais l'eau, surtout.

Sandrine attend depuis 7h45, elle a chaud et soif : "il n'y a mĂȘme pas d'eau, comment on va faire ? Je n'ai plus rien Ă  la maison." En parlant, les larmes montent. Une amie, Ă  cĂŽtĂ© d'elle la prend dans ses bras et la berce : "ça va aller, on va s'aider."

Dans la file, la tension monte : "On nous balade de point en point", crie une femme qui dit s'appeler MJ, "et quand on arrive sur place, on doit aller ailleurs, parce qu'il n'y a plus rien". "On n'a plus de voiture, plus de maison, plus d'eau, plus de nourriture et c'est trop long!", lance-t-elle.
Certains craquent. Ils tentent leur chance chez l'épicier à proximité qui rouvre de temps en temps, et filtre les clients à l'entrée pour éviter l'émeute dans sa boutique.

Une heure plus tard, au point de ravitaillement, la file d'attente a diminuĂ©, la benne est presque vide. Tout ceux qui ont patientĂ© ont pu ĂȘtre servis. Ils repartent avec un petit sourire, remerciant, les bras chargĂ©s de vivres. Mais sans eau.

AFP

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