"Mon cerveau qui me remet les images en tĂȘte": au collĂšge La Guicharde de Sanary-sur-Mer, c'est le traumatisme qui prĂ©vaut mercredi au lendemain de la violente agression au couteau d'une enseignante de 60 ans en classe qui reste dans un Ă©tat trĂšs prĂ©occupant.
L'Ă©lĂšve en question, ĂągĂ© de 14 ans, est toujours en garde Ă vue et l'enquĂȘte se penche sur son profil et son cadre familial.
Dans ce collÚge de 500 élÚves, réputé calme, situé sur une avenue bordée d'oliviers, parsemée de petits pavillons, une vingtaine de policiers veillaient. Mercredi, les cours sont annulés mais des cellules psychologiques sont en place pour élÚves et enseignants. Ils reprendront jeudi.
Emilie Prigent, mÚre d'une élÚve de 6e explique qu'au départ sa fille a tenu bon avant de "s'effondrer en pleurs" en rentrant. Alors ce matin, elle vient prendre conseil.
"A mes parents, je leur ai dit que je ne me sentais vraiment pas bien depuis que j'ai vu que ma prof s'est fait poignarder, qu'elle est en sang dans la salle, et que maintenant, je suis traumatisé", explique de son cÎté un élÚve de 5e de 13 ans.
"Je me sens dĂ©jĂ Ă©ventuellement mieux grĂące Ă la cellule, mais j'ai toujours mon cerveau qui me remet les images en tĂȘte", dĂ©clare le collĂ©gien vĂȘtu d'une grosse doudoune noire. Avant d'admettre: maintenant, "je ne me sens plus trop en sĂ©curitĂ© dans cet Ă©tablissement".
Il a décrit une enseignante "trÚs stricte mais elle était gentille et ça se voyait".
- Comment "éradiquer ce fléau" ? -
AgĂ©e de 60 ans, la victime, la seule professeure d'arts plastiques de ce collĂšge oĂč elle officiait depuis 28 ans, a reçu mardi aprĂšs-midi trois coups de couteau par un Ă©lĂšve de 3e ĂągĂ© de 14 ans devant sa classe de 22 enfants.
Le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, qui Ă©tait toujours sur place mercredi matin a prĂ©cisĂ© que sa situation restait "trĂšs prĂ©occupante Ă l'hĂŽpital, mĂȘme si son Ă©tat a Ă©tĂ© stabilisĂ©".
Toujours en garde à vue du chef de "tentative d'assassinat", le jeune garçon a été décrit comme "peu loquace" par le procureur de la République Raphaël Balland qui a évoqué "des tensions avec cette professeure ces derniers temps" et écarté à ce stade "toute connotation religieuse ou politique".
Une nouvelle communication du parquet est attendue en fin de matinée.
"Un signalement avait Ă©tĂ© effectuĂ© en mars" par le collĂšge Ă la suite "de suspicions de violences commises par les parents" sur sa jeune soeur. L'enquĂȘte avait Ă©tĂ© classĂ©e sans suite mais une mesure d'assistance Ă©ducative avait Ă©tĂ© ordonnĂ©e en septembre.
Un rendez-vous avec les services de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) devait avoir lieu le 5 février, selon le ministre de la Justice Gérald Darmanin interrogé sur RTL. Mais "quatre mois pour avoir rendez-vous avec la PJJ (...) c'est trop long", a-t-il admis.
Le ministre de l'Education nationale s'est lui dit "trÚs ému et puis trÚs en colÚre aussi parce que ce n'est pas acceptable".
Il a insisté sur la nécessité de travailler "collectivement et sans idéologie, sans instrumentalisation, à une réponse qui nous permette d'éradiquer ce fléau de la violence interpersonnelle".
"Il y a vraiment la nécessité d'une politique éducative ambitieuse, parce qu'on sait que le traitement de ces situations ne pourra pas se réduire à des réponses uniquement sécuritaires", avait déclaré mercredi soir à l'AFP Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des collÚges et lycées .
Ces derniers mois, une série d'agressions au couteau ont secoué la communauté éducative: en septembre, une enseignante avait été agressée dans un collÚge de Benfeld (Bas-Rhin). A Antibes (Alpes-Maritimes), un ancien élÚve avait blessé au couteau un élÚve ainsi qu'une professeure dans un lycée horticole.
En juin, une surveillante avait été tuée à Nogent (Haute-Marne) par un adolescent de 14 ans lors d'une fouille de sac par des policiers. En avril, un lycéen a tué une adolescente de 15 ans à Nantes.
AFP

