Au pÎle criminalistique de Toulouse, les experts s'échinent à isoler les indices pour confondre braqueurs de banque, meurtriers ou simples cambrioleurs.
Sur ce pĂŽle unique en France, car il regroupe les spĂ©cialistes de criminologie sur un mĂȘme site, l'ADN du "gang des Ă©goutiers" a pu ĂȘtre identifiĂ©, permettant leur arrestation deux ans aprĂšs le braquage spectaculaire d'une banque Ă BessiĂšres (Haute-Garonne).
Les prĂ©lĂšvements effectuĂ©s par les gendarmes dans le tunnel de 22 mĂštres ont parlĂ©. L'ADN a pu ĂȘtre retrouvĂ© sur le fichier national Ă Ecully, prĂšs de Lyon, permettant l'interpellation toute rĂ©cente de quatorze suspects.
Ces malfaiteurs chevronnés, inspirés du "casse du siÚcle" à Nice, avaient emporté 2,5 millions d'euros, en mars 2014, en empruntant un tunnel creusé à partir d'une canalisation.
Mais aussi organisés soient-ils, "c'est difficile de penser à tout", commente Dominique Deharo, directeur adjoint de l'Institut national de la police scientifique (INPS) de Toulouse, l'un des cinq en France avec Paris, Lille, Lyon et Marseille. Pour lui, aujourd'hui "c'est la preuve scientifique qui est au centre".
La police scientifique permet de poursuivre les auteurs "parfois plusieurs mois ou années aprÚs les faits", se félicite le procureur de Toulouse, Pierre-Yves Couilleau, "On se constitue une banque de données qui finit par parler".
Sur les bords du canal du Midi, sont ainsi regroupés tous les services de criminologie de la police nationale, à l'exception de quelques spécialités (graphologie, vidéo, téléphonie et informatique).
"Un vrai gain de temps. On peut monter directement les prĂ©lĂšvements dans les laboratoires", constate Anne-Marie Toussaint Badie, chef du Groupe d'enquĂȘte criminelle (GEC) chargĂ© de la petite et moyenne dĂ©linquance.
"Récemment, un homme en garde à vue qui niait une agression a été confondu en quatre heures avec l'identification de ses empreintes" par le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), témoigne un scientifique.
A leur retour d'une scĂšne de cambriolage, les enquĂȘteurs remettent leurs prĂ©lĂšvements papillaires au Service rĂ©gional d'identitĂ© judiciaire (SRIJ). Ils n'auront qu'un Ă©tage Ă gravir pour dĂ©poser les Ă©ventuels prĂ©lĂšvements ADN, Ă l'INPS.
En plus de 5.500 sorties en 2015, les 26 policiers du GEC ont relevé 4.663 traces papillaires, provenant du derme des doigts ou des paumes d'un suspect.
"Chaque cambriolage est l'occasion de recueillir des indices sur lesquels on s'appuie", souligne le directeur départemental de la sécurité publique, Jean-Michel Lopez. En 2015, les scellés comptaient plus de 30.800 piÚces.
Un tiers des cambriolages commis en zones police sont ainsi élucidés, 20% quand les effractions ont lieu en zones gendarmerie.
- 'scĂšne de crime' -
Au SRIJ, le bandeau jaune "scÚne de crime", bien connu des séries télévisées, affiche la couleur.
Une "traçeuse" s'active sur son ordinateur pour encoder les caractéristiques de traces papillaires. Des sortes de spermatozoïdes apparaßssent à l'écran. "On les appelle comme ça", sourit l'adjointe du service, ces signes permettront un rapprochement avec le fichier national. La condition ? "Douze caractéristiques communes. Mais c'est l'?il humain qui identifiera".
A cĂŽtĂ©, une pancarte "Danger labo chimie" annonce l'entrĂ©e d'un laboratoire oĂč les chimistes vont faire apparaĂźtre des traces invisibles, grĂące Ă de la colle et Ă un four. Une salle de sĂ©chage est destinĂ©e notamment aux vĂȘtements ensanglantĂ©s. "L'humiditĂ© est l'ennemi de la preuve", insiste Godefroy David, agent spĂ©cialisĂ© de police technique.
A l'étage au-dessus, l'INPS, compétent sur tout le sud-ouest, y compris pour la gendarmerie, oeuvre à la recherche d'ADN et au fichier des empreintes génétiques (FNAEG) mais aussi à la toxicologie, aux explosifs ou encore au récent fichier national de l'identification balistique (FNIB).
La gendarmerie nationale a pour sa part "fait le choix d'un laboratoire centralisĂ©, unique, capable de se projeter n'importe oĂč" en France ou Ă l'Ă©tranger, comme sur le tsunami de 2004 en ThaĂŻlande ou encore le rĂ©cent accident de bus de Puisseguin, dĂ©clare Ă l'AFP le gĂ©nĂ©ral Bernard Clouzot, commandant de rĂ©gion.
Par Rémy ZAKA - © 2016 AFP
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