Etats-Unis

A Washington, les food trucks migrent vers les zones résidentielles pour survivre

  • PubliĂ© le 27 avril 2020 Ă  09:32
  • ActualisĂ© le 27 avril 2020 Ă  09:43
Jason Tipton, propriétaire du Food truck Dirty South Deli, et son employé Brian Potter, le 24 avril 2020 à Washington

L'Ă©pidĂ©mie du coronavirus a vidĂ© le centre-ville de Washington, et les food trucks qui nourrissaient les quartiers d'affaires ont disparu. Pour survivre, les camions de plats Ă  emporter vont dĂ©sormais chercher les clients lĂ  oĂč ils sont confinĂ©s.

A Brookland, un quartier résidentiel du nord-est de la capitale américaine, Jason Tipton a garé son camion bleu "Dirty South Deli" (DSD) dans une rue calme bordée de petites maisons mitoyennes. Il a beaucoup de pré-commandes, sans compter les clients qui viennent à l'improviste. Au bout d'une heure, la moitié de sa carte de sandwichs est en rupture de stock.

"C'est une bonne surprise, on a eu une grosse journée", dit-il à l'AFP en souriant sous son masque.A la mi-mars, les grandes entreprises ont mis en place le télétravail, les écoles et musées de Washington ont fermé, les concerts et événements sportifs ont été annulés. Pour cette micro-entreprise de quatre salariés, la flexibilité a été la clé pour survivre.
Grùce à Twitter, aux publicités sur les réseaux sociaux de voisinage et au bouche-à-oreille, "DSD" s'est retrouvé une clientÚle et change d'itinéraire chaque jour. Les clients aussi sont satisfaits. "On aime bien cuisiner, mais la diversité des restaurants de la ville nous manque alors on se fait une petite folie", dit Elise Blake, une professeure de musique de 37 ans qui habite de l'autre cÎté de la rue.

- "LivrĂ©s Ă  nous-mĂȘmes" -

Pour son compagnon, David Murray, "c'est malin de la part de ces camions d'aller vers les gens qui ne peuvent plus se rendre au centre-ville". Lui aussi musicien, au sein de l'Orchestre symphonique national, et confinĂ© depuis la mi-mars, il veut "aider les petites entreprises" Ă  surmonter la crise. "On a gagnĂ© assez aujourd'hui pour ĂȘtre Ă  l'Ă©quilibre" dit Jason Tipton, mais l'avenir reste sombre. "On est livrĂ©s Ă  nous-mĂȘmes et il faut gagner de l'argent", dit-il, affirmant ne pas avoir "d'alternative si on ferme". Il n'a pas fait de demande d'aide fĂ©dĂ©rale pour les PME et ignore si son dossier de prĂȘt auprĂšs de la municipalitĂ© sera acceptĂ©.

Plus au sud, dans le quartier branchĂ© de H Street, Kadeem Todd et Denville Myrie ont installĂ© leur camion "JerkatNite" devant le restaurant qu'ils Ă©taient en train de monter lorsque le coronavirus a commencĂ© sa propagation. Ils ont dĂ©butĂ© en 2012, en vendant leurs plats bios jamaĂŻcains -- leur pays d'origine -- sur le campus de l'universitĂ© Howard. Puis ils ont placĂ© leurs deux food trucks dans le quartier d'affaires proche de la Maison Blanche. Il y a huit mois, ils ont dĂ©cidĂ© de s'installer dans un Ă©tablissement "en dur". "La maladie du Covid-19 a tout changĂ©, on a vĂ©cu deux semaines d'arrĂȘt total", raconte Kareem Todd.

- Rouler au hasard -

Grùce à leur compte Instagram et au bouche-à-oreille, les clients ont commencé à revenir, explique l'homme de 28 ans. Le camion garé devant le restaurant fait de la vente à emporter, le second fait deux tournées par semaine, sur le campus universitaire et dans un complexe d'appartements en banlieue. "On survit avec les applications de livraisons à domicile, mais on ne pourra pas tenir longtemps", soupire Kareem Todd, qui a dû se séparer de la moitié de ses 13 salariés.

La sociĂ©tĂ© Ă©tudie les possibilitĂ©s d'aides fĂ©dĂ©rale et locale, mais sans grand espoir. "On essaye de s'en sortir par nous-mĂȘmes, on ne peut pas attendre que quelqu'un nous sauve", dit Kareem Todd. Selon Zack Graybill, prĂ©sident de l'Association des food trucks de la rĂ©gion de Washington, la moitiĂ© de sa centaine de membres font dĂ©sormais des tournĂ©es dans les zones rĂ©sidentielles.

Co-responsable de "DC Slices", basé dans le comté voisin d'Arlington, en Virginie et spécialisé dans les pizzas, il explique avoir "roulé au hasard, sans savoir si on allait gagner 10 ou 500 dollars" avant de trouver ses marques début avril.

Mais la survie a un prix. Deux de ses quatre camions ne tournent plus, et le personnel est passĂ© de 15 Ă  trois. Au sein de l'association, 15% des membres ont interrompu leurs opĂ©rations. Si Zack Graybill espĂšre que la crise sera passĂ©e en juin, il ne veut pas ĂȘtre trop optimiste. "L'important c'est de se concentrer sur le prĂ©sent", dit-il.

AFP

guest
0 Commentaires