France - Justice

Abattoir de Mauléon: six mois avec sursis pour l'ancien directeur

  • PubliĂ© le 29 octobre 2018 Ă  20:30
  • ActualisĂ© le 30 octobre 2018 Ă  05:48
L'abattoir de Mauléon dans les Pyréenées-Atlantiques, le 29 mars 2016

Deux ans et demi aprÚs des images choc de l'association L214 sur des souffrances animales à l'abattoir de Mauléon (Pyrénées-Atlantiques), l'ex-directeur de l'établissement a été condamné lundi par le tribunal correctionnel de Pau à six mois de prison avec sursis et les employés à des amendes.

Le tribunal, qui a estimé que les conditions d'exercice ne "permettaient pas de faire le travail correctement", en pointant une faute "plutÎt imputable à l'employeur", a ainsi suivi les réquisitions à l'encontre de l'ex-responsable. Aujourd'hui retraité, Gérard Clemente, condamné pour "tromperie" - un non-respect du cahier des charges passible de deux ans de prison et 300.000 euros d'amende - devra également s'acquitter de 180 euros d'amende tandis que l'abattoir en tant que personne morale, a été condamné à 10.000 euros d'amende de peine principale, contre 50.000 euros requis.

Les quatre autres prĂ©venus, des employĂ©s, sont condamnĂ©s Ă  des amendes de 80, 520 et 910 euros pour maltraitance "sans nĂ©cessitĂ©". La maltraitance animale n'est punie que d'amendes, que le parquet avait rĂ©clamĂ©es (de 100 Ă  420 euros). Me Denise Pombieilh, avocate du directeur et de l'abattoir, a annoncĂ© ne pas faire appel, estimant les peines "modĂ©rĂ©es et justes". Le "tribunal n'est pas tombĂ© dans le piĂšge d'ĂȘtre pris en otage, il s'en est tenu au dossier et n'est pas rentrĂ© dans le dĂ©bat idĂ©ologique", a poursuivi l'avocate en regrettant la "pression mĂ©diatique (qui) a jouĂ© pendant tout le temps du procĂšs".

Benoßt Thomé, président de l'association Animal Cross, a regretté une "extraordinaire mansuétude, quand on pense que ce sont des animaux qui ont été égorgés à vif dans d'incroyables souffrances. Comment peut-on avoir des sanctions aussi faibles, comme si ces gens là n'étaient pas vraiment coupables ? On a l'impression qu'en fait, les gens ne sont pas vraiment responsables de leurs actes", a-t-il ajouté.

Antoine Tugas, avocat de trois des quatre salariĂ©s, a estimĂ© que "le droit est passĂ© et le message juridique d'aujourd'hui met de cĂŽtĂ© le dogmatisme et certains esprits chagrins qui ont voulu faire de ce procĂšs un exemple (...) Les actes de cruautĂ© reprochĂ©s ont Ă©tĂ© invalidĂ©s par le tribunal et c'est bien ce qui comptait". L'affaire de l'abattoir de MaulĂ©on avait Ă©clatĂ© en mars 2016 avec la diffusion de vidĂ©os de l'association de dĂ©fense des animaux L214, prises en secret. Des images difficilement soutenables montrant des animaux mal Ă©tourdis, des moutons saignĂ©s encore conscients, un agneau Ă©cartelĂ© vivant. MĂȘme si dans ce cas prĂ©cis, le ministĂšre public avait requis une relaxe, invoquant "un accident".

- 8.000 euros pour L214 -

Quatre employés, l'ex-directeur et l'abattoir en tant que personne morale, étaient jugés pour "mauvais traitements infligés sans nécessité à un animal domestique", accusation qu'ils avaient vivement contestée lors des deux jours de procÚs. La direction avait invoqué une situation de "petit" abattoir (35 salariés) et la difficulté à trouver du personnel qualifié, faute de formation spécifique. Les employés s'étaient plaints des "cadences" subies, plus particuliÚrement avant Pùques. Leur avocat a plaidé la relaxe.

Les services de contrĂŽle, bien que poursuivis, avaient d'ailleurs Ă©tĂ© malmenĂ©s au procĂšs. Un responsable des services vĂ©tĂ©rinaires du dĂ©partement avait concĂ©dĂ© qu'"on aurait dĂ» avoir plus de fermetĂ©", au regard d'infractions passĂ©es constatĂ©es. "Des mauvais gestes, du matĂ©riel qui ne fonctionnait pas, peut-ĂȘtre, un manque de personnel certain", et une "cadence exceptionnelle" juste avant PĂąques. Mais "Ă  aucun moment, il n'y a eu de volontĂ© de faire souffrir", avait appuyĂ© une enquĂȘtrice de la brigade vĂ©tĂ©rinaire chargĂ©e de l'enquĂȘte.

Les dix parties civiles, dont L214, la SPA, la Fondation Bardot, se sont vu accorder par le tribunal des montants de dommages et intĂ©rĂȘts allant jusqu'Ă  10.000 euros pour l'association UFC-Que choisir et 8.000 euros pour L214. Le procĂšs avait eu lieu en septembre au moment des dĂ©bats sur la loi Agriculture et alimentation, aujourd'hui adoptĂ©e, qui renforce certaines sanctions et prĂ©voit une expĂ©rimentation du contrĂŽle vidĂ©o dans les abattoirs.
AFP

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