Une fiche "S" à son nom a été établie le 29 juin

Abdel Malik, le tueur qui venait d'apparaĂźtre sur les radars de l'antiterrorisme

  • PubliĂ© le 28 juillet 2016 Ă  12:26
Capture d'écran de la video fournie le 27 juillet 2016 par Amaq News Agency, montrant Abdel Malik Petitjean

Jeune apparemment sans histoire, doux avec sa mÚre qui se disait encore mercredi persuadée de son innocence, Abdel Malik Petitjean, 19 ans, le second tueur de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, venait d'apparaßtre dans les radars des services antiterroristes.

Le jeune habitant d'Aix-les-Bains, en Savoie, qui arborait une courte barbe, avait empoché son bac pro section commerce en 2015 et faisait depuis de l'intérim à l'aéroport ou dans un magasin du centre-ville aprÚs avoir enchaßné des stages dans la vente.

Il aimait, selon son CV, les films de science-fiction, les jeux vidéo, la musique et la boxe anglaise.
Abdel Malik Petitjean est mort Ă  prĂšs de 700 kilomĂštres de son domicile, prĂšs de Rouen, abattu par la police aprĂšs l'attaque menĂ©e avec Adel Kermiche au cours de laquelle le prĂȘtre Jacques Hamel a Ă©tĂ© Ă©gorgĂ©, un assassinat inĂ©dit dans un lieu de culte en France revendiquĂ© par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).
Si Kermiche était radicalisé depuis de longs mois et avait fait de la détention pour avoir tenté d'aller en Syrie en 2015, Petitjean était inconnu de la justice. Cela a retardé son identification formelle, ses empreintes digitales et son ADN n'apparaissant dans aucun fichier, et les balles de la police ayant défiguré son visage.

Mais sa radicalisation avait été récemment signalée: une fiche "S" à son nom a été établie le 29 juin, moins d'un mois avant son attaque jihadiste, pour avoir lui aussi tenté de rejoindre la Syrie via la Turquie. En outre Petitjean ressemblait fortement à la photo d'un homme suspecté de préparer un attentat en France, diffusée le 22 juillet à divers services de police à la suite d'un renseignement d'un service étranger.
A Franklin, un quartier HLM récemment rénové, l'incrédulité prédomine chez les habitants qui décrivent un jeune parfaitement normal.
Dans son appartement oĂč dĂ©filent les journalistes, quelques heures aprĂšs une perquisition des services antiterroristes, Yamina Boukezzoula, la mĂšre, ne voulait pas croire mercredi, elle non plus, en la culpabilitĂ© de ce fils aux traits encore enfantins.

- "Tu me manques grave" -

"C'est un bon Français. Il est doux. Je connais mon gamin. Je connais mon fils, il n'est pas impliquĂ© du tout", affirmait-elle, peu avant la confirmation officielle de son implication dans l'assassinat du prĂȘtre.
Né à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges) le 14 novembre 1996, Abdel Malik Petitjean a grandi avec ses deux soeurs dans une famille recomposée, d'abord dans l'est de la France avant de déménager à Montluçon (Allier) puis à Seynod (Haute-Savoie) et enfin à Aix-les-Bains.
Il frĂ©quentait la mosquĂ©e Ă  un jet du quartier Franklin, selon le prĂ©sident de l'association qui gĂšre ce lieu de culte, qui l'a reconnu mercredi sur la vidĂ©o diffusĂ©e par l'EI dans laquelle Petitjean et Kermiche, barbus, prĂȘtent allĂ©geance en arabe au groupe jihadiste.
Cette mosquée avait été visée par un incendie criminel aprÚs l'attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015.
"Je l'apprĂ©ciais beaucoup. On n'a jamais eu de problĂšme avec lui Ă  la mosquĂ©e. Pas de remarque Ă©trange, toujours souriant... C'est incroyable! Tous les fidĂšles sont choquĂ©s car ils le connaissaient pour sa gentillesse, son calme. On n'a jamais eu un signe de radicalisation. Qu'est-ce qui s'est passĂ© dans sa tĂȘte?", s'interroge Djamel Tazghat, le prĂ©sident de l'association.

"C'est difficile à croire. Il était contre Daech", le groupe EI, "il n'était pas radical du tout", glisse Hakim, 17 ans, qui se présente comme un ami de Petitjean.
Selon sa mÚre, Abdel Malik était parti lundi en covoiturage pour, lui avait-il dit, rejoindre un cousin à Nancy.
Son dernier message à sa mÚre remonte à mardi matin, juste avant l'attaque à Saint-Etienne-du-Rouvray: "T'inquiÚte pas. Tout va bien, fais dodo. Je t'aime", lui a-t-il écrit par texto.

Mercredi aprĂšs-midi, sa mĂšre s'accrochait encore Ă  ce fils qu'elle croyait connaĂźtre, avec un dernier message au tĂ©lĂ©phone: "Malik, c'est maman, je ne sais pas oĂč t'es. J'ai une mauvaise nouvelle. Rappelle-moi, c'est la police qui est venue. Elle raconte des conneries. J'espĂšre qu'il ne t'est rien arrivĂ© mon fils. Je t'aime, tu me manques grave."

Par Sajjad TARAKZAI - © 2016 AFP

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