Le pari du maintien d'un premier tour des municipales en pleine crise du coronavirus est manqué dimanche, avec une abstention record pour ce type de scrutin de 53,5% à 56% (selon les instituts de sondage), qui interroge sur la tenue du second tour prévu la semaine prochaine si la situation sanitaire s'aggrave.
Avec prÚs de 20 points de plus que le précédent scrutin de 2014 (36,5%), ce nouveau record pour des municipales, jusqu'alors deuxiÚmes élections préférées des Français aprÚs la présidentielle, est "absolument phénoménal", juge Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos sur France 2.
"Cela veut dire que dans les grandes villes, on est à 60% voire davantage. C'est un pays qui a voté avec une inquiétude qui a flambé au cours des 2-3 derniers jours. Le Covid 19 a donc pulvérisé ce scrutin", ajoute-t-il.
Selon un sondage Ipsos-Sopra-Steria pour France Télévision et Radio France, 39% des personnes interrogées ayant renoncé à se rendre aux urnes avancent le coronavirus comme la raison principale de leur abstention. "TrÚs clairement, c?est le scrutin de la peur", résume sur Cnews Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.
- "Situation exceptionnelle" -
"Ăa dit la situation exceptionnelle que traverse le pays et la façon dont les Français ont Ă©tĂ© bouleversĂ©s par les trois jours qui se sont Ă©coulĂ©s, avec l'intervention du prĂ©sident Macron jeudi soir, qui fait prendre conscience au pays de la gravitĂ© de la situation et vendredi et samedi, de nouvelles mesures trĂšs fortes annoncĂ©es", abonde sur TF1 JĂ©rĂŽme JaffrĂ©, le prĂ©sident du Cecop.
Le politologue insiste nĂ©anmoins sur le verre Ă moitiĂ© plein: "21 millions de Français sont quand mĂȘme allĂ©s aux urnes, ça veut dire un attachement Ă la vie dĂ©mocratique du pays, parce que toutes les conditions Ă©taient rĂ©unies pour se dire que ces municipales n'avaient plus leur place Ă ce moment-lĂ ".
Ce chiffre historique de l'abstention pour les municipales masque de fortes disparités régionales, mais aussi selon la taille des villes, avec des pointes dans les grandes agglomérations. Elle devrait par exemple atteindre les 60% à Rennes, les 62% à Rouen et dépasser les 67% à Lille.
Il relance inévitablement les questions sur le choix de maintenir ce premier tour, voire le second. Mais aussi sur la "sincérité" du scrutin si moins d'un Français sur deux aura voté pour son prochain maire.
- "Casse-tĂȘte juridique" -
Alors que des élus, dont six présidents de région, avaient plaidé samedi soir pour un report du 1er tour, le président Emmanuel Macron, a souligné dimanche qu'il était "important de voter dans ces moments-là ", aprÚs avoir accompli son devoir électoral avec son épouse Brigitte au Touquet.
"Quand je vois les images du canal Saint-Martin Ă Paris aujourd'hui, du parc Montsouris, et quand j'entends dans le mĂȘme temps, qu'il y a de la crainte pour aller voter lĂ oĂč il y a des mesures sanitaires qui sont extrĂȘmement strictes qui sont mises en place, je vois effectivement qu'on a lĂ une vraie difficultĂ©", a plaidĂ© dimanche soir la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.
Avec l'hypothÚse d'un prochain confinement du pays, une forte interrogation pÚse en tout cas sur la possibilité de tenir le second tour, dimanche prochain.
DĂšs 19h sur Twitter, le dĂ©putĂ© LFI François Ruffin a demandĂ© le report du second tour. Selon lui, "le maintenir serait mauvais pour la santĂ© des citoyens, mais aussi pour celle de la dĂ©mocratie". Yannick Jadot (EELV) a fait la mĂȘme demande.
Mais selon le constitutionnaliste Didier Maus, interrogé par l'AFP, un report du second tour conduirait ispo facto à annuler le résultat du premier tour car la loi électorale prévoit de tenir le second tour la semaine suivante. Cela obligerait donc les électeurs à revoter pour les deux tours.
Face à une situation qui ne s'est encore jamais présentée, l'incertitude des experts demeure pour le cas des nombreuses communes, notamment les plus petites, qui auront élu leur conseil municipal dÚs le premier tour ce dimanche (à condition de dépasser les 25% des inscrits).
"C'est un vrai casse-tĂȘte juridique", estime Anne Jadot, maĂźtre de confĂ©rence en science politique Ă l'universitĂ© de Lorraine. "Que fait-on pour ceux qui ont Ă©tĂ© Ă©lus aprĂšs le 1er tour. Est-ce qu'on rejoue tout, mĂȘme pour eux? ou on se retrouve avec deux catĂ©gories d'Ă©lus", rĂ©sume-t-elle, en soulignant que "dans tous les cas, il y a un fort risque de contentieux Ă©lectoral".
AFP



