Afghanistan

Accusé de viol, l'ex-chef de guerre Dostum prend le large

  • PubliĂ© le 20 mai 2017 Ă  11:36
Le président turc Recep Tayyip Erdogan(g) et le vice-président afghan Abdul Rashid Dostum à Istanbul, le 23 avril 2015, photo fournie par le service de presse de la présidence turque

Sous le coup d'une enquĂȘte pour viol sur un adversaire politique, le gĂ©nĂ©ral afghan Abdul Rachid Dostum, ex-chef de guerre et patron du nord-ouest connu pour sa violence, a quittĂ© le pays enterrant toute illusion de justice.


Officiellement, le premier vice-président d'Afghanistan dans le gouvernement d'union nationale s'est rendu en Turquie pour raisons de santé, comme il l'a fait à plusieurs reprises et "pour visiter sa famille" selon son porte-parole Bashir Ahmad Tahyanj.
Un communiqué affirme samedi qu'il "rentrera dans son pays aprÚs le check-up médical".
Dostum, cité dans le communiqué, semble également vouloir rassurer sur ce point en affirmant qu'il "se tient aux cÎtés de (son) peuple": "La détérioration de la sécurité dans mon pays m'inquiÚte", assure-t-il.
Agé d'une soixantaine d'années, l'officier ouzbÚke souffrirait de problÚmes d'alcool et de diabÚte qui l'amÚnent à consulter réguliÚrement en Turquie.
Les autorités, dont le palais présidentiel, étaient injoignables samedi.
Pourtant, Dostum fait l'objet d'une enquĂȘte ouverte par la justice afghane sous pression des Occidentaux pour avoir fait sĂ©questrer et violer un rival politique en marge d'un jeu traditionnel de bouzkachi, en janvier.
Il aurait ordonné à sa garde personnelle de capturer son rival Ahmad Ishchi, un ancien gouverneur ùgé de 63 ans, de l'avoir séquestré dans sa propriété, puis fait torturer et sodomiser avec un fusil d'assaut AK-47.
A l'Ă©poque, le ministĂšre de la Justice avait promis "une enquĂȘte impartiale et transparente sur ces faits". Le procureur avait ordonnĂ© l'arrestation de neuf de ses gardes du corps... qui ont fini par se rendre quelques temps plus tard dans ses locaux pour s'expliquer. Sans suite.
EmbarrassĂ©, car Dostum est vice-prĂ©sident d'un pouvoir aux Ă©quilibres fragiles et dĂ©licats, le prĂ©sident Ashraf Ghani avait dĂ» se rĂ©soudre Ă  cette enquĂȘte aprĂšs l'indignation de responsables des Etats-Unis, de l'Union europĂ©enne et du Canada.
En fĂ©vrier, l'armĂ©e avait mĂȘme encerclĂ© l'Ă©norme compound de Dostum au coeur de Kaboul pour l'empĂȘcher de regagner son fief du nord, dans la province de Jowzjan.
Mais de nombreux observateurs dans le pays ont toujours douté de voir la procédure aboutir.


- Retour discret -


"Il reviendra d'ici quelques mois discrÚtement" parie d'ailleurs samedi un observateur occidental qui remarque par ailleurs qu'il ne s'agit "+que+ d'un viol: quand on compare aux milliers de meurtres perpétrés dans ce pays par les chefs de guerre..."
C'est mĂȘme une rĂ©pĂ©tition de 2008: dĂ©jĂ  accusĂ© d'avoir violĂ© et projetĂ© l'assassinat d'un rival, Dostum avait pris le large en Turquie pendant prĂšs d'un an avant de revenir Ă  la demande du prĂ©sident Hamid Karzai.
Mais il est aussi accusé, entre autres, d'avoir liquidé en 2001 au moins 2.000 talibans, étouffés dans des conteneurs ou exécutés par ses hommes.
Dostum, qui n'est plus réapparu en public depuis janvier, s'éclipse deux semaines aprÚs le retour triomphal à Kaboul d'un autre chef de guerre, Gulbuddin Hekmatyar, rentré avec sa garde armée aprÚs 20 ans d'exil.
Reste la situation dans le nord du pays, que Dostum a longtemps tenu d'une poigne de fer: il quitte le pays alors que ses ennemis de toujours, les talibans, enfoncent les fronts. Et que les provinces du nord-ouest, y compris la sienne, Jowzjan, sont menacées par la poussée de combattants ralliés au groupe Etat islamique.
"Il s'agit de membres de l'IMU (Le Mouvement islamique d'OuzbĂ©kistan) qui ont prĂȘtĂ© allĂ©geance Ă  l'EI tout en gardant leur structure opĂ©rationnelle" explique Ali Mohammad, directeur du Centre d'Etudes et d'analyses politiques sur l'Afghanistan.
Face à eux, "Dostum est un perdant qui n'a plus les moyens de combattre", affirmait-il à l'AFP récemment.
Cette derniÚre affaire de viol illustre néanmoins la brutalité et l'impunité des anciens chefs de guerre afghans passés aux responsabilités sans jamais avoir dû rendre compte de leurs crimes passés.
"C'est un exemple flagrant de ce qui est devenu la norme en Afghanistan, pas seulement pour Dostum mais pour tous les gens de pouvoir", dénonce d'ailleurs Patricia Grossman, chercheuse de Human Rights Watch (HRW) sur la région. "AprÚs avoir promis la justice, le gouvernement se montre incapable de tenir parole".

Par Justin TALLIS avec Maureen COFFLARD à LONDRES - © 2017 AFP

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