Justice

Affaire de la sextape: ultime tentative d'annuler la procédure pour le clan Benzema

  • PubliĂ© le 25 novembre 2019 Ă  23:04
  • ActualisĂ© le 26 novembre 2019 Ă  05:43
Karim Benzema devant Mathieu Valbuena, lors du match de Coupe du monde France-Honduras Ă  Porto Alegre, le 15 juin 2014

Quatre ans de procĂ©dure et deux carriĂšres internationales Ă  l'arrĂȘt: l'enquĂȘte sur l'affaire du chantage Ă  la sextape mettant en cause Karim Benzema a Ă©tĂ© de nouveau contestĂ©e par le clan du joueur madrilĂšne lundi devant la Cour de cassation.

Les policiers ont-ils usĂ© d'un stratagĂšme dĂ©loyal pour monter un dossier visant l'attaquant vedette du Real Madrid, soupçonnĂ© d'avoir cherchĂ© Ă  faire chanter son ancien coĂ©quipier en bleu Mathieu Valbuena? C'est la question sur laquelle s'est penchĂ©e lundi la Cour de cassation rĂ©unie en assemblĂ©e plĂ©niĂšre, juridiction suprĂȘme en France, avant de trancher le 9 dĂ©cembre.

Tout remonte à juin 2015, lorsque Mathieu Valbuena sollicite les forces de l'ordre aprÚs avoir reçu un appel l'informant de l'existence d'une vidéo à caractÚre sexuel sur laquelle il est clairement identifiable. L'interlocuteur le menace de rendre le document public. Un agent de police va alors prendre les choses en main et se faire passer pour un négociateur missionné par Valbuena. Il n'aura de contacts qu'avec Younes Houass, un intermédiaire gravitant dans le milieu du football.

Karim Benzema entrera dans le dossier quelques mois plus tard, en octobre, quand il évoquera l'existence de la vidéo avec Valbuena lors d'un rassemblement de l'équipe de France à Clairefontaine. Une simple conversation amicale pour le prévenir selon l'attaquant du Real, mis en examen en novembre 2015, une injonction à payer d'aprÚs la police et Mathieu Valbuena.

L'intervention de policiers sous couverture dans ce genre d'affaires est commun, a reconnu Me Fabrice Spinosi, avocat de Karim Benzema, mais "le vice est dans le zĂšle dont va faire preuve cet officier". "Il va prendre la direction des Ă©changes en relançant rĂ©guliĂšrement ses contacts", affirme l'avocat. Alors que plus aucun Ă©change n'a lieu depuis le 8 juin, "l'officier prend seul l'initiative de relancer ses contacts le 15 juillet". MĂȘme chose en septembre quand il se montre "pressant", Ă©voquant pour la premiĂšre fois "une contrepartie financiĂšre", alors qu'en face, "l'interlocuteur exprime sa volontĂ© de mettre un terme aux Ă©changes" autour de la vidĂ©o.

- "Pas de tromperie" -

Des mĂ©thodes tout Ă  fait normales pour l'avocat de Mathieu Valbuena, Me FrĂ©dĂ©ric Thiriez. "Les maĂźtres-chanteurs utilisent le silence pour effrayer leurs victimes, explique-t-il, il est normal de les relancer". "L'enquĂȘteur n'a fait que son travail comme le ferait, toute proportion gardĂ©e, un nĂ©gociateur dans le cadre d'une affaire d'enlĂšvement et de sĂ©questration", complĂšte Me Thiriez.

Se ranger aux arguments de la dĂ©fense reviendrait Ă  "dĂ©sarmer la police" pour qui "il n'est pas interdit d'ĂȘtre rusĂ©", ajoute Ă©galement l'avocat.
L'avocat gĂ©nĂ©ral, FrĂ©dĂ©ric Desportes, a suivi ce raisonnement dans son rĂ©quisitoire: "Si les coups bas sont interdits, les simples ruses de guerre ne le sont pas" en matiĂšre d'enquĂȘte, a-t-il dit, demandant le rejet du pourvoi. "On ne peut pas exiger des enquĂȘteurs qu'ils mĂšnent leurs investigations de maniĂšre transparente", a-t-il insistĂ©, estimant qu'il n'y avait "pas de tromperie sur l'essentiel".

De plus, "l'infraction Ă©tait dĂ©jĂ  en cours quand le commissaire est intervenu dans la procĂ©dure", a rappelĂ© M. Desportes. "Ne vous laissez pas abuser car je sais que le temps est Ă  la rĂ©pression", a prĂ©venu en s'adressant Ă  la Cour Fabrice Spinosi. Il est "toujours plus simple de poursuivre que d'annuler une procĂ©dure viciĂ©e", notamment dans une affaire qui "attire une attention mĂ©diatique nationale voir mĂȘme internationale", a-t-il soulignĂ©. "Le chemin de la loyautĂ© est difficile".

En juillet 2017, la Cour de cassation avait donné raison à Karim Benzema avant que la cour d'appel de Paris ne résiste, conduisant l'attaquant madrilÚne à se pourvoir en cassation.

La dĂ©cision du 9 dĂ©cembre sera la derniĂšre avant un retour de l'affaire sur le bureau du juge d'instruction. Si le pourvoi est rejetĂ©, la perspective d'un procĂšs de Karim Benzema se concrĂ©tisera un peu plus. Mais si la Cour lui donne raison, l'affaire devrait s'arrĂȘter lĂ  pour lui. Quoi qu'il arrive, elle aura contribuĂ© Ă  priver l'actuel meilleur buteur du championnat d'Espagne de sa place en Ă©quipe de France depuis novembre 2015.

AFP

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