L'afflux de dizaines de milliers de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta sur la cÎte nord du Maroc, presque tous déjà repartis samedi, a fait réagir la droite européenne sur les contrÎles aux frontiÚres et soulÚve des questions sur l'attitude des autorités marocaines.
Voici ce que l'on sait de cette crise :
- Un afflux d'une ampleur inédite -
Le nombre des migrants entrés illégalement à Ceuta est considérable au regard de la population de l'enclave, qui compte 84.000 habitants.
Quelque 60.000 migrants sont arrivés en l'espace de deux ou trois jours, selon une estimation du président du gouvernement local, Juan Jesus Vivas. Le ministÚre espagnol de l'Intérieur fait quant à lui état de 50.000 personnes.
Environ 200 migrants arrivaient "chaque minute", a affirmé Ignacio Cembrero, un journaliste spécialisé dans les questions migratoires en Afrique du Nord.
Presque tous ces migrants avaient quittĂ© samedi Ceuta, a toutefois affirmĂ© samedi le ministre espagnol de l'IntĂ©rieur Fernando Grande-Marlaska, dĂ©pĂȘchĂ© d'urgence sur place. "La situation est presque entiĂšrement inversĂ©e", s'est-il exclamĂ©.
Au moins 67 migrants sont morts - beaucoup se sont noyés - en essayant de pénétrer sur ce territoire, a dit ce ministre.
Ces arrivées massives dépassent largement par leur ampleur celles de mai 2021, lorsqu'environ 12.000 migrants avaient afflué à Ceuta en quelques jours, selon l'Observatoire de Ceuta et Melilla, qui constituent les deux seules frontiÚres terrestres de l'Europe en Afrique.
- Le Maroc laisse-t-il faire ? -
Selon Ignacio Cembrero, il semble que, depuis mercredi, les forces de sécurité marocaines "restent les bras croisés".
"Pour atteindre la digue qui marque la frontiÚre entre Ceuta et le Maroc, il y a des cordons de police et de forces auxiliaires et il est évident qu'on les a laissés passer. Sinon, cela ne se serait pas produit", a-t-il expliqué.
Carlos Echeverria, le directeur de l'Observatoire de Ceuta et Melilla, a estimĂ© que l'usage du terme controversĂ© d'"invasion" pouvait se justifier, dans la mesure oĂč "des milliers de personnes franchissent illĂ©galement une frontiĂšre internationale en exerçant une pression sur un pays voisin".
L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a appelĂ© samedi Ă l'ouverture d'une enquĂȘte indĂ©pendante afin de faire "toute la lumiĂšre" sur les causes de cet afflux de migrants.
- Pourquoi maintenant ? -
Selon les experts interrogés par l'AFP, plusieurs explications sont possibles.
L'une d'elles tient Ă une dĂ©cision rendue le 8 juillet par la Cour suprĂȘme espagnole, selon laquelle le renvoi immĂ©diat d'un migrant sans ouverture prĂ©alable d'une procĂ©dure administrative d'expulsion ne s'applique pas aux personnes arrivĂ©es par voie maritime.
"Il ne fait aucun doute que l'arrĂȘt du 8 juillet (âŠ) a jouĂ© un rĂŽle. Mais cela n'explique pas l'ampleur de la mobilisation, qui est trĂšs importante", a soulevĂ© M. Cembrero.
Cette arrivée massive pourrait également avoir été favorisée par la récente décision du gouvernement espagnol de régulariser des personnes entrées illégalement en Espagne ou par la perspective d'un éventuel changement de majorité au pouvoir au profit d'un exécutif plus ferme sur l'immigration.
Mais ces deux hypothÚses restent difficiles à confirmer, ont souligné les analystes.
- Un moyen de pression pour le Maroc ? -
"Le plus important, le contexte, c'est ce chantage permanent" exercé par le Maroc, a jugé M. Echeverria.
Selon plusieurs analystes, les crises migratoires à répétition et le supposé laxisme des forces de sécurité marocaines constituent des moyens de pression diplomatique.
Le Maroc revendique la souveraineté sur Ceuta et Melilla depuis son indépendance en 1956, tandis que l'Espagne refuse catégoriquement toute négociation sur l'avenir de ces deux enclaves.
Pour Ignacio Cembrero, "les autoritĂ©s marocaines y ont vu une occasion de forcer l'Espagne Ă nĂ©gocier lâavenir de ces villes".
- Est-ce que les migrants peuvent se rendre dans le reste de l'UE ? -
Non. Des responsables espagnols ont souligné que, conformément à la réglementation de l'espace Schengen, les deux enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla sont dotées de procédures spécifiques de contrÎle aux frontiÚres pour quiconque se rend sur le continent européen, par les airs ou les mers.
L'entrée irréguliÚre à Ceuta ne confÚre pas le droit de rester en Espagne, ni de gagner la péninsule, ni de voyager librement en Europe, ajoutent-ils.
Aucune des personnes entrées dans ce petit territoire de façon irréguliÚre ne l'a quitté pour le continent européen, ni n'aurait été en mesure de le faire, selon ces responsables.
"Aucune personne n'a atteint l'Espagne continentale ou le reste de l'UE" aprĂšs ĂȘtre parvenue ces derniers jours Ă Ceuta, a aussi affirmĂ© la prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne Ursula von der Leyen.
- Quelles réactions dans l'UE ? -
En rĂ©ponse Ă cette crise et Ă ses images choc dont la droite et l'extrĂȘme droite europĂ©ennes se sont immĂ©diatement saisies pour mettre en doute l'efficacitĂ© des contrĂŽles aux frontiĂšres, l'Italie a annoncĂ© vendredi ne plus appliquer, provisoirement, les rĂšgles de l'espace Schengen vis-Ă -vis de l'Espagne.
Une décision jugée "démagogique" par Madrid, et dont la portée demeure encore incertaine, les juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.
CĂŽtĂ© français, Emmanuel Macron a rĂ©affirmĂ© "sa solidaritĂ©" Ă l'Espagne, tout comme le Royaume-Unis, se disant tous deux prĂȘts Ă aider Madrid.
Paris a toutefois annoncé dans la foulée multiplier par cinq le nombre des policiers et des gendarmes samedi à la frontiÚre franco-espagnole, portant leur nombre à 334.
Une mesure suivie de prÚs par le Portugal, le Premier ministre Luis Monténégro ayant fait état vendredi d'un renforcement du contrÎle aux frontiÚres terrestres et maritimes dans le sud de son pays.
Face à cette situation, les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE échangeront mardi en visioconférence.
Par missives interposées, l'Espagne, puis un groupe de 22 Etats, dont l'Italie, l'Allemagne et le Danemark, avaient tour à tour réclamé cette réunion.
Par Mathilde DUMAZET - © 2026 AFP
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