Au lendemain d'un attentat-suicide

Afghanistan : les chiites enterrent leurs morts

  • PubliĂ© le 10 octobre 2021 Ă  07:10
  • ActualisĂ© le 10 octobre 2021 Ă  07:17
Mise en terre d'une des vicitme de l'une des victimes de l'attentat suicide d'hier dans un cimetiĂšre de Kunduz le 9 octobre 2021

Une foule en pleurs s'est rassemblée samedi dans le cimetiÚre de la ville de Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, au lendemain d'un attentat-suicide contre la communauté chiite qui a fait plus de 60 morts, le plus meurtrier depuis le départ des troupes américaines.

Un fossoyeur a indiqué à l'AFP que 62 tombes avaient été creusées aprÚs cet attentat, dont le bilan final pourrait approcher la centaine de tués. La veille, un kamikaze du groupe Etat islamique (EI) a déclenché sa veste explosive dans la mosquée Sayed Abad de Kunduz, bondée pour la grande priÚre du vendredi.

L'EI, déjà à l'origine d'un attentat à Kaboul le 3 octobre contre une autre mosquée, qui a fait cinq morts, a revendiqué l'attaque sur une de ses chaßnes Telegram. Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier depuis le départ des derniers soldats américains et étrangers d'Afghanistan, le 30 août.

La communauté chiite du pays, soit 10 à 20% de la population, est réguliÚrement visée par des attaques des groupes armés sunnites, qui considÚrent les chiites comme des "hérétiques".

Selon le groupe jihadiste, le kamikaze était surnommé "Mohammed le Ouïghour", laissant entendre qu'il faisait partie de la minorité musulmane chinoise, dont certains membres ont rejoint l'EI.

Sous la violence de l'explosion, les fenĂȘtres de la mosquĂ©e ont volĂ© en Ă©clats et son sol Ă©tait recouvert de dĂ©bris et de traces de sang. Au lendemain de ce carnage, dans le cimetiĂšre en lisiĂšre de la ville de Kunduz, les proches des victimes accroupis au bord des fosses Ă©taient encore abasourdis.

Les parents d'un adolescent de 17 ans, Milad Hussain, ont assisté en larmes à l'inhumation de son cercueil. Son oncle, Zemarai Mubarak Zada, a assuré que son neveu voulait devenir médecin, comme lui. "Il était calme, parlait peu", a confié son oncle à l'AFP. "Il voulait aller à l'université, se marier. Nous sommes dévastés".

Pour les talibans, qui contrÎlent l'ensemble de l'Afghanistan depuis la mi-août, la principale menace vient désormais de l'EI-K ((Etat islamique au Khorasan), qui disposerait de 500 à quelques milliers de combattants sur le territoire afghan, selon l'ONU.

AprĂšs s'ĂȘtre contentĂ©e d'observer la situation dans les premiers jours ayant suivi la prise du pouvoir par les talibans, l'EI-K a depuis multipliĂ© les attaques.

- Rencontre USA-talibans -

Cette organisation sunnite rivale des talibans est résolue à reprendre le monopole de la force et du "jihad" aux nouveaux maßtres du pays, qu'elle considÚre comme des "apostats", compromis selon elle avec les puissances étrangÚres, notamment américaine.

Au mĂȘme moment, les Etats-Unis tiennent depuis samedi matin des discussions Ă  Doha, au Qatar, avec les talibans pour la premiĂšre rĂ©union en personne depuis le retrait d'Afghanistan.

"Nous allons pousser pour que les talibans respectent les droits de tous les Afghans, dont les femmes et les filles, et forment un gouvernement inclusif bénéficiant d'un large soutien", a dit le porte-parole de la diplomatie américaine.

La rencontre Ă  Doha ne signifie en aucun cas que les Etats-Unis reconnaissent le rĂ©gime taliban en Afghanistan, a insistĂ© le dĂ©partement d'Etat. "Nous continuons de dire clairement que toute lĂ©gitimitĂ© doit ĂȘtre mĂ©ritĂ©e Ă  travers les actions des talibans", a dĂ©clarĂ© le porte-parole.

Aucun pays n'a pour le moment reconnu le nouveau rĂ©gime, mĂȘme si le Pakistan, la Chine ou encore le Qatar ont pu montrer quelques signes d'ouverture.

Les principaux interlocuteurs des talibans cherchent à maintenir un dialogue sur les questions de sécurité, de contre-terrorisme, notamment vis-à-vis de l'EI, et sur le déblocage d'une aide humanitaire d'urgence.

L'Afghanistan reste économiquement paralysée depuis l'arrivée des talibans au pouvoir le 16 août et le gel immédiat de tous les avoirs du pays et des aides internationales qui maintiennent le pays sous perfusion. Au bord d'une grave crise humanitaire, un tiers de la population afghane est menacée de famine, selon les Nations unies.

AFP

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