Actualités du monde

Air CocaĂŻne: le second pilote entendu par les juges marseillais

  • PubliĂ© le 5 novembre 2015 Ă  09:24
Pascal Fauret lors d'une conférence de presse le 27 octobre 2015 à Paris

Pascal Fauret, le second pilote mis en cause dans l'affaire Air Cocaïne, a été placé jeudi en détention provisoire par les juges d'instruction chargés du dossier à Marseille aprÚs une quinzaine d'heures d'interrogatoire, au surlendemain de l'incarcération du premier pilote, Bruno Odos, a-t-on appris auprÚs de l'un de ses avocats.


Jeudi vers une heure, le juges des libertés et de la détention (JLD) a statué sur le placement en détention provisoire de ce pilote qui a rejoint ainsi son collÚgue Bruno Odos, incarcéré mardi à la prison des Baumettes à Marseille.
Me Jean Reinhart a déploré que les explications et les réponses "limpides" de son client n'aient pas infléchi la décision des juges: "l'institution judiciaire a repris ses travers en mettant en détention provisoire M. Fauret", a-t-il déclaré en sortant de la comparution devant le JLD, évoquant "une décision inique" et un appel prochain.
L'avocat a indiqué que son client "trÚs fatigué" au terme d'une longue journée d'interrogatoire et de débats, n'avait pas eu la force de réagir à cette décision.
Ce sont les premiĂšres auditions de ces pilotes par les juges d'instruction Christine Saunier-Ruellan, Guillaume Cotelle et Christophe Perruaux, depuis que les deux hommes ont fui la RĂ©publique dominicaine oĂč ils ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  vingt ans de prison.
Les deux pilotes, arrĂȘtĂ©s en mars 2013 en RĂ©publique dominicaine aux commandes d'un avion oĂč Ă©taient entassĂ©es des valises contenant 680 kg de cocaĂŻne, sont visĂ©s depuis leur fuite de ce pays par un mandat d'arrĂȘt international, mais Paris a Ă©cartĂ© l'hypothĂšse d'une extradition.
A la mi-journée, Me Reinhart avait indiqué que "Pascal Fauret répond(ait) à toutes les questions (des magistrats instructeurs)", précisant qu'elles portaient notamment sur "les conditions du retour, les raisons pour lesquelles il est revenu en France, et toute une série de questions sur la préparation des vols".
"Ils n'ont pas ouvert les valises" transportĂ©es par dizaines Ă  bord d'un Falcon 50, ce ne sont pas des protagonistes du trafic de drogue transatlantique sur lequel enquĂȘtent les juges, avait alors martelĂ© l'avocat.
- "Dossier sensible" -
Le dossier a été ouvert début 2013 à Marseille, sur la base d'un renseignement des gendarmes, en décembre 2012, sur le "comportement suspect" de passagers d'un Falcon 50 ayant atterri un mois plus tÎt à Saint-Tropez (Var).
Plusieurs vols de cet avion, mis en location par la société SNTHS, basée à Bron (RhÎne), sont suspects aux yeux de la justice française.
La justice soupçonne les pilotes, ainsi que deux autres Français, Nicolas Pisapia et Alain Castany, condamnés comme eux en République dominicaine - et qui s'y trouvent toujours - d'avoir importé de la cocaïne en France dans les valises chargées dans le jet privé.
Un douanier en poste Ă  Toulon est Ă©galement soupçonnĂ© de complicitĂ©. Un homme d'affaires, Franck Colin, actuellement en dĂ©tention provisoire Ă  la prison de Luynes (Bouches-du-RhĂŽne), a reconnu avoir affrĂ©tĂ© l'avion et les deux patrons de la SNTHS sont Ă©galement suspectĂ©s d'ĂȘtre impliquĂ©s.
Outre les enjeux diplomatiques vis-Ă -vis de Saint-Domingue, le dossier "est devenu extrĂȘmement sensible et peut-ĂȘtre mĂȘme politique", a dĂ©plorĂ© Me Reinhart.
Le nom de l'ancien prĂ©sident Nicolas Sarkozy est en effet apparu de maniĂšre incidente dans le dossier, car trois vols avaient Ă©tĂ© affrĂ©tĂ©s pour son compte auprĂšs de la mĂȘme compagnie SNTHS par la sociĂ©tĂ© Lov Group de son ami StĂ©phane Courbit.
Ce volet de l'enquĂȘte sur un Ă©ventuel abus de biens sociaux a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© Ă  Paris.
M. Sarkozy s'est insurgé que la juge marseillaise ait pu faire géolocaliser en 2013 son téléphone dans ce cadre, et a appelé mercredi à "réallouer les moyens" utilisés à surveiller plutÎt des "terroristes".
La veille, le Premier ministre Manuel Valls a assuré que le gouvernement n'avait pas été tenu au courant de cette géolocalisation.
Mercredi, le Front national a pris ses distances avec cette affaire, alors que deux membres du parti d'extrĂȘme droite, le dĂ©putĂ© europĂ©en Aymeric Chauprade et son assistant parlementaire, ont participĂ© Ă  la fuite des deux pilotes.
"Le Front national n'est rien allé faire dans cette galÚre du tout. Ce sont des personnes, des individus. M. Chauprade l'a fait dans sa vie privée - il est responsable de ses actes", a assuré sur France Info Florian Philippot, l'un des vice-présidents du FN.

Par Pauline HOUEDE - © 2015 AFP
guest
0 Commentaires