Chine

Airbnb dans le viseur pour ses locations au Tibet et au Xinjiang

  • PubliĂ© le 18 fĂ©vrier 2022 Ă  17:46
  • ActualisĂ© le 18 fĂ©vrier 2022 Ă  18:28
Des journalistes passent devant des logements vides, le 13 septembre 2016 à Lulang, dans la région chinoise autonome du Tibet

La croissance solide d'Airbnb, sponsor des JO de PĂ©kin, en Chine est en partie liĂ©e aux quelques 700 locations touristiques que la plateforme propose au Tibet et au Xinjiang, oĂč la Chine est accusĂ©e d'atteintes aux droits de l'Homme, d'aprĂšs des donnĂ©es exclusives de l'ONG Free Tibet Ă  Londres, obtenues et vĂ©rifiĂ©es par l'AFP.

Alors que s'achÚvent dimanche les Jeux d'hiver de Pékin, la plateforme américaine de locations touristiques n'a pas renoncé à soutenir l'événement, malgré des appels émanant d'associations de défense des libertés.

Airbnb est l'un des plus gros bailleurs de fonds du Comité international olympique (CIO), avec un contrat de parrainage de neuf ans, qui court jusqu'en 2028. Un soutien qui s'élÚve à 500 millions de dollars, selon le Financial Times.

DĂ©nonçant la rĂ©pression de l'ethnie musulmane ouĂŻghoure au Xinjiang, plusieurs pays, États-Unis en tĂȘte, ont boycottĂ© "diplomatiquement" les Jeux de PĂ©kin: ils y ont envoyĂ© leurs athlĂštes mais pas de responsables officiels.

Foin des appels au boycott, Airbnb compte quelque 380 locations offertes dans cette région, selon Free Tibet dont le siÚge est à Londres.
La plateforme en offre 300 autres au Tibet, oĂč la Chine est accusĂ©e de rĂ©primer la libertĂ© religieuse et la culture locale.
Pour se rendre au Tibet, les touristes Ă©trangers doivent impĂ©rativement passer par une agence de voyage agréée et ĂȘtre munis d'un permis.

- "Romantique" -

En Ă©change d'une commission, Airbnb met en relation des propriĂ©taires de logements avec des voyageurs qui peuvent louer un lieu de vacances pour des durĂ©es variables. CotĂ©e aux États-Unis, l'entreprise dit tirer 1% de ses revenus de la Chine. Son chiffre d'affaires mondial a augmentĂ© de 25% l'an dernier par rapport Ă  2019, avant la pandĂ©mie de Covid-19.

La Chine "est un Ă©lĂ©ment important de notre vocation Ă  mettre en relation des gens de tous les pays", indique la start-up Ă  l'AFP. La plateforme soutient des causes telles que Black Lives Matter, un mouvement contre le racisme nĂ© aux États-Unis, et dit avoir Ă©voquĂ© "l'importance des droits de l'Homme" dans ses discussions avec le CIO.

Accusée d'avoir enfermé dans des camps de rééducation politique plus d'un million de Ouïghours, la Chine présente notamment le Xinjiang comme une magnifique destination touristique.

Sur le site d'Airbnb, les hĂŽtes vantent le "style ethnique" du logement proposĂ© Ă  la location ou son cadre "mystĂ©rieux et romantique". "De plus en plus" de touristes visitent la rĂ©gion, explique Ă  l'AFP une hĂŽtesse du nom de Yu, qui offre un logement dans l'antique citĂ© de Kashgar, au cƓur du pays ouĂŻghour. "Il n'y a strictement aucune inquiĂ©tude Ă  avoir sur le plan de la sĂ©curitĂ©", assure cette personne qui appartient Ă  l'ethnie han, majoritaire en Chine. Le Xinjiang a dans le passĂ© longtemps Ă©tĂ© frappĂ© par des attentats attribuĂ©s Ă  des sĂ©paratistes ou des islamistes ouĂŻghours.

- Tourisme encadré -

Des experts de la région et des Ouïghours exilés à l'étranger ont une vision différente et accusent le régime communiste de chercher à éliminer les traces de la culture musulmane. Ils relÚvent que dans une ville comme Kashgar, d'anciens bùtiments ont été démolis pour laisser la place à de faux quartiers traditionnels axés sur le tourisme.

Un habitant de la ville, dĂ©sormais installĂ© aux États-Unis, affirme que les touristes y sont arrivĂ©s en masse aprĂšs que des vagues d'arrestations Ă  partir de 2017 eurent vidĂ© des quartiers entiers de leurs rĂ©sidents ouĂŻghours. Parmi les personnes en dĂ©tention, figure son propre frĂšre, dont il n'a plus de nouvelles, ajoute cet exilĂ©, qui requiert l'anonymat afin de protĂ©ger sa famille restĂ©e sur place.

Ceux qui ne sont pas en détention sont incités à "se produire" dans le cadre d'activités touristiques bien encadrées (danse, musique de rue, cuisine traditionnelle), affirme Darren Byler, professeur d'études internationales à l'Université Simon Fraser (Canada).

Mais la pratique religieuse est étroitement surveillée et les touristes ne se rendent probablement pas compte qu'ils se trouvent "dans une sorte de ville fantÎme dont les véritables habitants ont disparu", estime M. Byler.

- "Processus génocidaire" -

Fin 2021, un mĂ©dia amĂ©ricain en ligne, Axios, avait affirmĂ© qu'Airbnb proposait au Xinjiang plus d'une dizaine de logements appartenant Ă  une entreprise chinoise liĂ©e Ă  l'armĂ©e et visĂ©e par des sanctions aux États-Unis.

Washington accuse la Chine de livrer les Ouïghours au travail de force et aux stérilisations forcées. L'administration Biden utilise le terme de "génocide" à propos du Xinjiang, une qualification adoptée également le mois dernier par l'Assemblée nationale française mais catégoriquement démentie par Pékin.

AprÚs avoir initialement nié l'existence de camps, Pékin les présente dorénavant comme "des centres de formation professionnelle" destinés à éloigner les "stagiaires" du radicalisme islamiste.

Les entreprises qui profitent du tourisme dans des zones vidées de leurs habitants "sont complices d'un processus génocidaire", accuse le sinologue David Tobin, de l'Université de Sheffield (Angleterre).

Un militant ouïghour installé en NorvÚge, Abduweli Ayup, estime que les locations offertes par Airbnb ou d'autres plateformes peuvent se trouver dans des lieux ayant appartenu à des Ouïghours. Ces entreprises "ont le devoir de déterminer qui en sont les propriétaires et pourquoi tant de logements sont vides".

AFP

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