Relations internationales

Alger exige de Paris le "respect total de l'Etat algérien"

  • PubliĂ© le 11 octobre 2021 Ă  03:04
  • ActualisĂ© le 11 octobre 2021 Ă  05:45
Le président algérien Abdelmajid Tebboune à Alger le 13 décembre 2019

Le prĂ©sident algĂ©rien Abdelmadjid Tebboune a exigĂ© de Paris dimanche "un respect total de l'Etat algĂ©rien", soulignant Ă  l'adresse de son homologue français Emmanuel Macron que "l'histoire ne peut pas ĂȘtre falsifiĂ©e".

M. Macron a déclenché la colÚre d'Alger aprÚs des propos, rapportés samedi 2 octobre par le journal français Le Monde, accusant le systÚme "politico-militaire" algérien d'entretenir une "rente mémorielle" en servant à son peuple une "histoire officielle" qui "ne s'appuie pas sur des vérités".

Dans la journée du 2 octobre, Alger a décidé le rappel "immédiat" de son ambassadeur à Paris, Mohamed Antar-Daoud, et, comme autre mesure de rétorsions, a interdit, dans la foulée, le survol de son territoire aux avions militaires français de l'opération antijihadiste Barkhane au Sahel. Le retour de l'ambassadeur algérien "est conditionné au respect de l'Algérie, le respect total de l'Etat algérien", a indiqué dimanche M. Tebboune à des médias algériens, dans sa premiÚre réaction publique aux propos du président français.

InterrogĂ© pour savoir si la fermeture de l'espace aĂ©rien aux appareils militaires est "dĂ©finitive", M. Tebboune a expliquĂ© que "dans les relations diplomatiques, il n'y a rien d'irrĂ©versible". Mais "actuellement nous sommes agressĂ©s dans notre chair, notre histoire, dans nos martyrs, nous nous dĂ©fendons comme nous pouvons", a-t-il dit. "Les relations avec la France relĂšvent de la responsabilitĂ© du peuple et de l'histoire. L'histoire ne peut pas ĂȘtre falsifiĂ©e", a continuĂ© M. Tebboune, dans des propos jugĂ©s plutĂŽt secs par les observateurs.

"L'Etat est debout avec tous ses piliers, avec sa puissance, la puissance de son armĂ©e et son vaillant peuple", a poursuivi le prĂ©sident Tebboune, Ă©galement chef suprĂȘme des forces armĂ©es et ministre de la DĂ©fense. Pour "le reste, il s'agit de leurs affaires internes", a-t-il dit dans une allusion Ă  de possibles visĂ©es "Ă©lectoralistes" des propos critiques de M. Macron. "La France doit oublier que l'AlgĂ©rie a Ă©tĂ© un jour une colonie française".

D'aprĂšs Le Monde, le prĂ©sident français a Ă©galement affirmĂ© que "la construction de l'AlgĂ©rie comme nation est un phĂ©nomĂšne Ă  regarder. Est-ce qu'il y avait une nation algĂ©rienne avant la colonisation française? Ça, c'est la question". Il s'agit de l'un des passages qui ont le plus heurtĂ© l'opinion publique algĂ©rienne. Mardi dernier, le prĂ©sident Macron a assurĂ© souhaiter un "apaisement" sur le sujet mĂ©moriel entre la France et l'AlgĂ©rie, appelant Ă  "cheminer ensemble" et Ă  "reconnaĂźtre toutes les mĂ©moires".

- "Faillite mémorielle" -

Ignorant ces déclarations, l'influent chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra, en déplacement au Mali mardi, a imputé à M. Macron une "faillite mémorielle", affirmant la nécessité pour certains dirigeants étrangers de "décoloniser leur propre histoire". Les crispations entre Alger et Paris ont coïncidé avec de fortes tensions entre la France et le Mali, voisin de l'Algérie et autre ancienne colonie française.

M. Macron a Ă©galement provoquĂ© l'ire de la Turquie avec ses dĂ©clarations, reprises dans Le Monde, oĂč il qualifiait la domination ottomane sur l'AlgĂ©rie de colonisation. Ankara a dĂ©noncĂ© des dĂ©clarations "populistes".

AprĂšs s'ĂȘtre interrogĂ© sur l'existence d'une "nation algĂ©rienne", M. Macron avait ainsi ajoutĂ©: "Moi, je suis fascinĂ© de voir la capacitĂ© qu'a la Turquie Ă  faire totalement oublier le rĂŽle qu'elle a jouĂ© en AlgĂ©rie et la domination qu'elle a exercĂ©e".

Sensible sur les questions mémorielles, la Turquie, héritiÚre de l'Empire ottoman qui a contrÎlé l'actuelle Algérie pendant trois siÚcles, répÚte à l'envi n'avoir "aucune tache comme la colonisation ou le génocide" dans son histoire.

En Algérie, beaucoup de commentateurs avaient interprété les propos de M. Macron comme ayant un objectif "électoraliste", à l'approche de la présidentielle d'avril 2022. "Les politiques en France sont en pleine campagne, Macron aussi", avait déclaré à l'AFP Hassen Kacimi, expert algérien en questions migratoires.

D'autres experts comme Hasni Abidi, directeur du centre d'études Cermam à GenÚve (Suisse), évoquaient plutÎt une "déception" de M. Macron face au "retour peu enthousiaste d'Alger à son chantier de reconnaissance mémorielle". Paris espérait trouver un terrain d'entente autour d'un rapport remis à M. Macron par l'historien français Benjamin Stora.

M. Tebboune a rappelé qu'Alger ne réclame "pas de la repentance" mais une "reconnaissance" des crimes perpétrés en 130 ans de colonisation française. Il a dit avoir en 2017 "entendu le président Macron affirmer que ce qu'il s'est passé en Algérie est pire que la Shoah" et que des "crimes contre l'humanité" ont été commis. "Il avait raison. L'Algérie, c'est 5,630 millions" de victimes, a affirmé M. Tebboune, soulignant que "l'histoire ne fonctionne pas selon les caprices et selon les circonstances".

AFP

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1 Commentaires
C'est étonnant il n'y a jamais eu autant
C'est étonnant il n'y a jamais eu autant
4 ans

d'algériens voulant venir vivre en France depuis leur indépendance ! Et encore plus bizarre quand ils sont binationaux ils ne se sentent jamais autant algériens !DrÎle de peuple'.