Des mesures "insuffisantes" contre les algues vertes, qui prolifÚrent depuis des décennies sur le littoral breton : le tribunal administratif de Rennes, saisi par l'association Eau et RiviÚres de Bretagne, a "enjoint" jeudi au préfet de Bretagne de renforcer son action contre les pollutions aux nitrates.
"Les mesures mises en Ćuvre par le prĂ©fet de la rĂ©gion Bretagne sont insuffisantes pour lutter contre les Ă©chouages d'algues vertes sur le littoral breton", rĂ©sume le tribunal dans un communiquĂ©.
Saisi de deux recours dĂ©posĂ©s par l'association, le tribunal laisse au prĂ©fet "un dĂ©lai de dix mois (pour prendre) toutes les mesures nĂ©cessaires pour permettre de rĂ©duire effectivement la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole sur le territoire breton, notamment en se dotant d'outils de contrĂŽle permettant un pilotage effectif des actions menĂ©es" et un mĂȘme dĂ©lai pour prendre "toutes les mesures utiles de nature Ă rĂ©parer le prĂ©judice Ă©cologique rĂ©sultant de la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole".
La reconnaissance du préjudice écologique "est une premiÚre", a salué le porte-parole d'ERB, Arnaud Clugery, lors d'un point-presse. Cette décision de justice "est beaucoup plus large que celles qu'on a pu obtenir antérieurement", s'est-il réjoui.
En octobre 2022, l'association Eau et RiviĂšres de Bretagne avait dĂ©posĂ© deux recours contre l'Ătat pour lui demander de prendre "toutes mesures utiles" pour "pallie(r) les insuffisances de sa politique de gestion des pollutions azotĂ©es".
L'association avait demandĂ© au tribunal de laisser Ă l'Ătat un dĂ©lai d'un mois pour agir et de lui imposer des astreintes d'un million d'euros par mois de retard.
Elle n'a pas été suivie sur ce point par le tribunal.
ERB espĂ©rait suivre l'exemple de l'association Les Amis de la Terre, qui a fait condamner l'Ătat Ă des dizaines de millions d'euros d'astreinte pour ses manquements dans la lutte contre la pollution de l'air.
Sur ce volet, c'est une déception, a reconnu Arnaud Clugery, lors d'un point-presse. Pour autant, "ça ne veut pas dire que la porte est complÚtement fermée", l'association ne s'interdisant pas de ressaisir le tribunal dans 10 mois si elle estime que les mesures prises restent insuffisantes.
Le deuxiÚme recours portait sur une demande de "réparation des préjudices écologiques et moraux", le préjudice moral étant chiffré par l'association à 3,2 millions d'euros.
Le tribunal a condamnĂ© l'Ătat Ă verser 5.000 euros Ă Eau et RiviĂšres de Bretagne.
Contactée par l'AFP, la préfecture n'avait pas réagi à la mi-journée.
- Elevage intensif -
Depuis 1971, des tonnes d'algues vertes s'échouent chaque année sur les plages bretonnes. En pourrissant, elles dégagent du sulfure d'hydrogÚne, un gaz mortel en cas d'exposition à de fortes concentrations.
DĂ©but mars, un lien de causalitĂ© entre la mort d'un sanglier en septembre 2024 sur une plage proche de Saint-Brieuc (CĂŽtes d'Armor) a pu ĂȘtre Ă©tabli avec "l'inhalation d'H2S, gaz Ă©manant de la putrĂ©faction des algues vertes", selon le parquet de Brest.
Dans ce mĂȘme estuaire, 36 sangliers avaient Ă©tĂ© mortellement intoxiquĂ©s en 2011.
En novembre 2022, la justice avait Ă©cartĂ© la responsabilitĂ© de l'Ătat et dĂ©boutĂ© la famille de Jean-RenĂ© Auffray, un joggeur mort en 2016 dans une vasiĂšre envahie d'algues vertes, toujours Ă l'embouchure du Gouessant (CĂŽtes d'Armor).
Selon un rapport de la Cour des comptes de 2021, cette prolifĂ©ration d'algues vertes est "Ă plus de 90% d'origine agricole" dans cette rĂ©gion oĂč le recours aux engrais azotĂ©s a fortement progressĂ© Ă partir des annĂ©es 1960, et qui compte aujourd'hui 140.000 emplois dans l'agroalimentaire.
La France en est à son septiÚme programme d'action régional depuis 2010, "aux effets incertains sur la qualité des eaux", selon la Cour des comptes.
Eau et RiviÚres de Bretagne rappelle que la Bretagne concentre "56% de la production porcine, 36% de celle de volaille de ponte, 30% de la volaille de chair et 23% de la production laitiÚre" et appelle à "une véritable évolution du modÚle agricole et agro-alimentaire".
En juillet 2023, le tribunal administratif de Rennes avait fixĂ© un dĂ©lai de quatre mois Ă l'Ătat pour renforcer la lutte contre les algues vertes, dans le cadre d'une autre procĂ©dure menĂ©e par Eau et RiviĂšres de Bretagne.
AFP


