DerriÚre les drapeaux tricolores et les logos "Made In France" sur les emballages, un nouveau nationalisme alimentaire qui rassure les consommateurs se développe, mais pas toujours à bon escient, soulignent associations de consommateurs et experts.
A l'occasion du 14 juillet, l'ONG Foodwatch publie une enquĂȘte selon laquelle derriĂšre l'abondance de bleu-blanc-rouge "se cachent" parfois de "vĂ©ritables arnaques", avec des produits assemblĂ©s dans l'Hexagone Ă partir d'ingrĂ©dients importĂ©s de pays lointains. "De grandes marques, des marques de distributeurs mais aussi bio mettent en avant le +made in France+ pour des aliments qui ne contiennent parfois pas le moindre ingrĂ©dient français", dĂ©plore l'ONG, alors que 91% des consommateurs se disent prĂȘts Ă payer plus pour consommer des produits fabriquĂ©s en France, selon un sondage Ifop d'octobre 2016.
Selon Karine Jacquemart, de Foodwatch, "rien ne contraint les fabricants à indiquer la vérité sur l'origine des ingrédients qui composent les aliments", à l'exception de la viande et du lait dans les plats préparés, depuis l'expérimentation lancée par le précédent ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll début 2017.
"L'ambiguïté profite clairement aux industriels qui désinforment les consommateurs" à coup de logos bleu-blanc-rouge, dénonce-t-elle.
- Repli -
FoodWatch pointe une liste de glissements sur les étiquettes: Des cornichons "conditionnés en France" qui viennent d'Inde, une tarte aux framboises Carrefour "cuisinée en France", avec des fruits de Serbie et d'Amérique du sud. Ou des lardons Madrange arborant une rosette tricolore et la mention "fabriqué en France" qui ne signifient pas pour autant que le porc -étiqueté UE- est français.
Pour Pascale Hebel, directrice du pÎle consommation et Entreprises du Centre de Recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc), le marketing des entreprises est "rarement complÚtement mensonger", pour éviter les sanctions. Mais elle confirme "la forte demande de produits français ou régionaux" par les consommateurs.
A la question "lorsque vous faites vos achats est-ce que le critÚre +fabriqué en France+" est important pour vous? 75% des personnes interrogées répondent oui, selon une étude du Credoc de juin. "Ce critÚre n'a jamais été aussi haut", déclare Mme Hebel à l'AFP. En 2000, il n'était que de 65%. Et il est plus haut que dans les autres pays européens.
"Ce critÚre monte à chaque fois qu'il y a du chÎmage, les consommateurs veulent défendre l'emploi français. En général il baisse lorsque l'économie reprend, mais, en ce moment, l'économie repart et il ne baisse pas", constate l'experte. Elle discerne trois autres facteurs expliquant ce repli vers une forme de chauvinisme alimentaire.
D'abord, la crise agricole qui perdure. Les consommateurs ont pris conscience d'une agriculture traditionnelle qui disparait et veulent la soutenir.
Puis des raisons environnementales: l'achat local permet d'Ă©conomiser du transport, mĂȘme si les tomates du Maroc muries au soleil en pleine terre et arrivĂ©es par bateau consomment parfois moins d'Ă©nergie que certaines tomates françaises sous serre, selon Mme Hebel.
- Peurs alimentaires -
Les peurs alimentaires "jouent aussi beaucoup" aprÚs des scandales récents, dit-elle. "Le lien social rassure, le consommateur estime que son voisin ne va pas chercher à l'empoisonner" selon Mme Hebel. "Scientifiquement, ce n'est pas faux", car les produits français ont souvent des critÚres sanitaires "plus élevés" que certains produits importés.
Le dernier Hors-SĂ©rie de 60 Millions de consommateurs se pose les mĂȘmes questions concernant la multitude de labels issus des terroirs de France, en passant au crible les marques créées par les grands distributeurs. La revue salue notamment les labels "Reflets de France" (Carrefour), "Saveurs de nos rĂ©gions" (Lidl) et "ItinĂ©raire des saveurs" (IntermarchĂ©). Le premier a un "cahier des charges draconien". Le second parie sur des offres rĂ©gionalisĂ©es selon les magasins, le troisiĂšme "compte 232 rĂ©fĂ©rences dont tous les ingrĂ©dients sont 100% Français".
Mais elle est plus rĂ©servĂ©e vis-Ă -vis des gammes "U Saveurs" (SystĂšme U), "Ca vient d'ici" (Casino), "SĂ©lection de nos rĂ©gions" (Leader Price) et "Mmm" (Auchan), jugĂ©es plus floues et parfois ambigĂŒes sur l'origine des produits.
AFP
