Nouveau secrétaire perpétuel de l'Académie française

Amin Maalouf: sous le signe de Marianne et du CĂšdre du Liban

  • PubliĂ© le 28 septembre 2023 Ă  19:05
  • ActualisĂ© le 28 septembre 2023 Ă  19:27
L'Ă©crivain franco-libanais a pris la tĂȘte de l'AcadĂ©mie française. Ici dans sa maison Ă  Port-Joinville, le 1er ocobre 2021

L'Ă©crivain franco-libanais Amin Maalouf, Ă©lu jeudi nouveau secrĂ©taire perpĂ©tuel de l'AcadĂ©mie française, est une figure du roman historique d'inspiration orientale qui a consacrĂ© son Ɠuvre au rapprochement des civilisations.

Reçu Ă  l'AcadĂ©mie en 2012, il avait fait inscrire sur son Ă©pĂ©e une Marianne et un CĂšdre du Liban. "Toute votre Ɠuvre, toute votre pensĂ©e, toute votre personnalitĂ©, c'est un pont entre deux mondes (...) qui portent chacun leur part de crimes mais aussi de valeurs. Ce sont ces valeurs que vous voulez unir", avait rĂ©sumĂ© sous la Coupole son ami Jean-Christophe Rufin, qui briguait lui aussi ce poste prestigieux.

Ancien journaliste installé en France depuis 1976, Amin Maalouf avait remporté en 1993 le prix Goncourt pour "Le Rocher de Tanios", qui avait pour décor les montagnes libanaises de son enfance.

On doit à ce conteur hors pair des fictions comme "Léon l'Africain" (1986), "Samarcande" (1988), "Le Périple de Baldassare" (2000) ou "Nos frÚres inattendus" (2020).

Il est aussi l'auteur d'essais et de rĂ©cits comme "Les Croisades vues par les Arabes" (1983), "Les Échelles du Levant" (1996), "Les IdentitĂ©s meurtriĂšres" (1998), "Le DĂ©rĂšglement du monde" (2009) ou "Un fauteuil sur la Seine" (2016) oĂč il raconte la vie des 18 acadĂ©miciens qui l'ont prĂ©cĂ©dĂ© au 29e fauteuil (le sien) depuis 1635.

Il a écrit des livrets d'opéra, notamment pour la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. L'un d'entre eux, "L'Amour de loin", a été créé en 2000 au festival de Salzbourg.

Les thĂšmes de l'exil, du nomadisme, du mĂ©tissage culturel, de l'identitĂ© habitent ses livres, Ă©crits en français, Ă©rudits et porteurs de plaisir romanesque. Dans "Origines" (2004), il racontait se sentir l'obligĂ© de ses ancĂȘtres. Chez les siens, Ă©crivait-il, on naĂźt naturellement nomade, cosmopolite, polyglotte. Et c'est la famille, le lignage sacrĂ©, qui fonde "l'identitĂ© diasporique" des ĂȘtres qui, comme lui, vont, depuis le Liban, essaimer de par le monde.

- Nostalgie du "Levant" -

Né à Beyrouth le 25 février 1949, Amin est le fils d'un journaliste et écrivain, enseignant, peintre, poÚte et grande figure de la ville des années 40 à 80.

Dans le sillage de ce pÚre aimé, il devient journaliste aprÚs des études d'économie et de sociologie. Pendant douze ans, il est grand reporter, couvrant la chute de la monarchie éthiopienne ou la derniÚre bataille de Saïgon. Puis directeur de l'hebdomadaire "An-Nahar International".

En 1975, il assiste aux premiers affrontements de la guerre civile. Cet intellectuel humaniste décide de partir pour la France. "J'ai quitté le Liban au bout d'un an de guerre, mais je n'éprouve pas de culpabilité car, à un moment donné, il fallait prendre la décision de partir pour ma famille et moi".

À Paris, il entre Ă  l'hebdomadaire "Jeune Afrique" oĂč il devient rĂ©dacteur en chef.

Dans la foulée d'auteurs libanais comme Charles Corm, Nadia Tueni ou Salah Stétié, Amin Maalouf écrit avec ce mélange de force et de douceur propres à l'Orient. Mais, dit-il, "si, en Occident, on me trouve oriental, en Orient, on me trouve trÚs occidental!"

Cet homme rĂ©servĂ©, souriant, attend 1993 pour Ă©voquer le Liban dans un livre ("Le Rocher de Tanios"), "par superstition peut-ĂȘtre, comme si Ă©crire sur mon pays allait encore aggraver son malheur. Je ne me suis jamais Ă©loignĂ© du Liban, c'est mon pays qui s'Ă©tait Ă©loignĂ© de moi".

"Je ne cherche pas à savoir de quel pays je suis, je vis cette double nationalité, libanaise et française, de façon harmonieuse", a-t-il dit en revenant dans son pays natal en 1993 pour la premiÚre fois depuis dix ans.

Dans "Les DĂ©sorientĂ©s" (2012), il s'inspirait de ses annĂ©es d'universitĂ© pour Ă©voquer avec nostalgie son pays, "le Levant", oĂč avant la guerre, toutes les communautĂ©s coexistaient.

Il y avait, selon lui, "une qualitĂ© de coexistence entre des communautĂ©s diffĂ©rentes qui a disparu et n'aurait jamais dĂ» disparaĂźtre car cela aurait dĂ» ĂȘtre la prĂ©figuration de l'avenir et aujourd'hui cela appartient au passĂ©".

PÚre de trois fils, il se partage entre Paris et l'ßle d'Yeu (Vendée). Il est l'oncle du trompettiste Ibrahim Maalouf.

AFP

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1 Commentaires
Ded
Ded
2 ans

TrÚs grand écrivain qui est aussi un symbole fort pour l'académie française qui doit aussi s'ouvrir un peu plus au monde ( bon elle l'a déjà fait en accueillant Andreï Makine ,Dany LaferriÚre , François Weyergans et d'autres encore)