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Amnesty déplore des "politiques de diabolisation" dans son rapport annuel

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2018 Ă  11:04
  • ActualisĂ© le 22 fĂ©vrier 2018 Ă  11:57
La présidente d'Amnesty international France, Cécile Coudriou, lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 février 2018

Les "politiques de diabolisation" ont été propices à d'innombrables violations des droits de l'Homme en 2017, affirme Amnesty International dans son rapport annuel publié jeudi, dénonçant les politiques européenne et américaine de Donald Trump en matiÚre d'immigration et d'accueil des réfugiés.


"Tout au long de l'année 2017, des millions de personnes à travers le monde ont gouté les fruits amers des politiques de diabolisation", indique le rapport de l'ONG, présenté, pour la premiÚre fois aux Etats-Unis, à Washington. Amnesty reproche aux "dirigeants des pays les plus riches" leur approche de la crise des migrants, "qui allie l'esquive à l'inhumanité pure et simple".

En Europe, l'ONG juge que la plupart des dirigeants "ont dĂ©cidĂ© que pratiquement tout leur Ă©tait permis pour empĂȘcher les rĂ©fugiĂ©s d?atteindre les cĂŽtes du continent". Elle Ă©voque Ă©galement les rĂ©centes Ă©lections en Autriche, en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas, oĂč "certains candidats ont cherchĂ© Ă  traduire les angoisses sociales et Ă©conomiques en ressentiment, en particulier Ă  l?Ă©gard des migrants".

Salil Shetty, le secrétaire général d'Amnesty International, s'en prend au président américain Donald Trump, qui, depuis son élection, a multiplié les tentatives d'imposer un décret anti-immigration, plusieurs fois suspendu par la justice. Et de déclarer, devant la presse à Washington: "C'est un président qui a réellement dit approuver, au cours des premiers mois (de son mandat), l'utilisation de la torture et vous pouvez imaginer ce que cela signifie pour les gouvernements dans le monde qui utilisent abondamment la torture".

- 'Communauté internationale impuissante' -

L'organisation dénonce également la campagne "de nettoyage ethnique menée contre les Rohingyas du Myanmar", qui a entrainé l'exode de 655.000 personnes. "Cet épisode restera dans l'histoire comme un exemple supplémentaire de la calamiteuse impuissance de la communauté internationale à résoudre les situations propices aux pires atrocités de masse", juge l'ONG.

Amnesty s'arrĂȘte aussi sur le nombre de victimes civiles "effrayant" des conflits armĂ©s, citant "la catastrophe humanitaire en cours au YĂ©men", les tueries "aveugles" en Syrie et en Irak, et l'exil forcĂ© des populations du Soudan du Sud. Dans certains cas, "les parties aux conflits qui dĂ©chirent la planĂšte ne cherchent mĂȘme plus Ă  maintenir un semblant de respect des obligations qui sont les leurs", s'alarme-t-elle.

Le rapport reproche par ailleurs aux gouvernements d'avoir exploitĂ© les inquiĂ©tudes liĂ©es au terrorisme pour "remettre en cause l'Ă©quilibre entre pouvoir de l'État et libertĂ©s individuelles". Elle cite l'exemple de la France qui a mis fin Ă  l'Ă©tat d'urgence seulement aprĂšs avoir inscrit "dans le droit commun nombre des dispositions du rĂ©gime d'exception".

- Réguler les réseaux sociaux -

Le rapport salue en revanche le mouvement #MeToo et les marches organisées lors de la journée internationale de la femme, pour avoir attiré l'attention "sur l'ampleur effroyable des atteintes et du harcÚlement sexuels". Amnesty se félicite en outre du sursaut des "citoyens ordinaires" pour réclamer justice, comme la récente mobilisation des jeunes survivants de la fusillade de Floride qui réclament un contrÎle plus strict des armes à feu.

"Il n'y a pas de meilleur exemple que ce que nous avons vu ces derniers jours avec les jeunes de ce pays qui résistent et luttent contre la violence par armes à feu", a souligné Salil Shetty à Washington. Enfin, sur internet, devant "la possibilité quasi illimitée d'inciter à la haine et à la violence", Amnesty se désole de la rareté des outils disponibles pour réguler ces échanges et pointe la responsabilité des géants du web.

"L?avalanche d?insultes dĂ©versĂ©es en ligne, en particulier Ă  l?Ă©gard des femmes, et les incitations Ă  la haine contre des minoritĂ©s, ne suscitent que des rĂ©ponses molles et incohĂ©rentes de la part des sociĂ©tĂ©s qui gĂšrent les rĂ©seaux sociaux" et des États. En conclusion, Ă  quelques mois du 70e anniversaire de la DĂ©claration universelle des droits de l'Homme, Amnesty International "ne peut considĂ©rer un seul des droits fondamentaux comme acquis". "Nous devons nous Ă©lever contre ces stratĂ©gies de diabolisation, et construire au contraire des stratĂ©gies solidaires", rĂ©clame l'ONG.

AFP

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