Archéologie

Ancienne cité gauloise, Bibracte n'en finit pas de livrer ses secrets

  • PubliĂ© le 30 aoĂ»t 2017 Ă  12:50
L'archéologue Philippe Barral montre un vestige de la ville fortifiée de Bibracte, ancienne capitale gauloise située en Bourgogne à Saint-Léger-sous-Beuvray, le 23 août 2017

Deux mille ans aprĂšs son Ăąge d'or, Bibracte, ancienne capitale gauloise situĂ©e en Bourgogne, semble avoir disparu sous la forĂȘt.

Toute? Non! Car les archéologues explorent, encore et toujours, une cité qui n'en finit pas de livrer ses secrets, 150 ans aprÚs le début des fouilles.

De cette place forte au sommet du mont Beuvray, qui a pu compter jusqu'à 10.000 habitants, le peuple des Eduens dominait un immense territoire s'étirant de la Loire à la SaÎne. "Bibracte n'est pas un village gaulois mais une véritable ville", à une échelle bien supérieure à celle du "village d'Astérix", insiste Vincent Guichard, le directeur des lieux. On y entre aujourd'hui par une porte ouverte dans les fortifications, reconstruite à partir du modÚle d'origine. Puis une route à flanc de colline serpente vers le sommet. L'herbe d'un immense vallon a recouvert, en contrebas, ce qui était un quartier de la ville et ses centaines de maisons.

Au milieu d'une clairiÚre, la montagne a été creusée, découvrant une terrasse consolidée par un "murus gallicus", construction gauloise que l'on croyait jusqu'ici réservée aux fortifications: un mur de terre et de pierres renforcé par une armature de poutres de bois.

- Jules César en visite -

L'endroit Ă©tait-il "un lieu de rĂ©union", "des sortes de grands greniers oĂč l'on stockait les cĂ©rĂ©ales" ou bien un "lieu de foire ou de commerce"? Les hypothĂšses ne manquent pas mais le mystĂšre reste entier, admet Philippe Barral, professeur d'archĂ©ologie Ă  l'universitĂ© de Franche-ComtĂ©, qui cherche Ă  Bibracte des traces "de rĂ©alisations un peu emblĂ©matiques de ce qu'est une ville Ă  cette pĂ©riode". Cette terrasse, "c'est la dĂ©couverte importante de ces derniĂšres annĂ©es", rĂ©sume-t-il.

Des maisons de style gaulois, des ateliers d'artisans mais aussi des villas et Ă©difices romains: couche aprĂšs couche, les archĂ©ologues dĂ©cryptent l'histoire d'une ville fortifiĂ©e - un oppidum en latin - fondĂ©e Ă  la fin du IIe siĂšcle avant notre Ăšre. Jules CĂ©sar, impressionnĂ© par les remparts gaulois, y a mĂȘme sĂ©journĂ© pour y Ă©crire ses fameux Commentaires sur la Guerre des Gaules.

Les Eduens, alliés de Rome, abandonneront finalement la ville pour construire une nouvelle capitale dans la vallée, sur la voie romaine: Augustodunum, devenue aujourd'hui Autun, en SaÎne-et-Loire. "Une ville totalement gréco-romaine", explique le directeur Vincent Guichard. L'ancienne place forte est tombée dans l'oubli durant des siÚcles, jusqu'à ce qu'un notable de la région, Jacques-Gabriel Bulliot, commence en 1867 la premiÚre campagne de fouilles systématiques de Bibracte avec le soutien financier de Napoléon III.

- Techniques modernes -

Interrompues par la PremiĂšre Guerre mondiale, elles reprennent en 1984. A l'Ă©poque, "on imaginait faire un chantier de longue durĂ©e... qui allait peut-ĂȘtre durer jusqu'Ă  1990", s'amuse Vincent Guichard. Sauf que les archĂ©ologues n'ont cessĂ© de dĂ©couvrir de nouvelles parties de la ville, qui s'Ă©tendait sur 200 hectares - sans compter les faubourgs - dont seule une quinzaine a Ă©tĂ© explorĂ©e par les chercheurs.

Mais les techniques "Ă©voluent Ă  une vitesse phĂ©nomĂ©nale en ce moment et sont extrĂȘmement productives, ce qui nous permet de faire de l'archĂ©ologie Ă  grande Ă©chelle", prĂ©cise le directeur: les prospections gĂ©ophysiques, sortes de "radios" du sol, permettent de repĂ©rer ce qui se trouve enterrĂ© et de savoir oĂč fouiller.

Explorer l'ensemble du site avec ces nouvelles techniques prendra 50 ans, estime l'archĂ©ologue tchĂšque Petra Golanova, de l'universitĂ© de Brno, qui vient chaque annĂ©e passer une parcelle au peigne fin avec ses Ă©tudiants. Quant aux fouilles, "ça ne sera jamais (fini), c'est une superficie Ă©norme!", lance-t-elle. ClassĂ© aux Monuments historiques depuis 1988 et ouvert au public, Bibracte n'est pas prĂȘt d'ĂȘtre dĂ©sertĂ© par la cohorte d'archĂ©ologues et les lĂ©gions de touristes qui viennent chaque annĂ©e de toute l'Europe.

AFP

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