Allemagne

Angela Merkel lĂąche un peu de lest sur la zone euro

  • PubliĂ© le 3 juin 2018 Ă  13:51
  • ActualisĂ© le 3 juin 2018 Ă  15:25
La chanceliĂšre allemande Angela Merkel Ă  Berlin le 30 mai 2018

AprĂšs des mois d'atermoiements, Angela Merkel a dĂ©taillĂ© dimanche sa rĂ©ponse Ă  Emmanuel Macron sur l'avenir de la zone euro, en acceptant un budget d'investissement limitĂ© au moment oĂč un gouvernement anti-austĂ©ritĂ© s'installe au pouvoir en Italie.


Depuis des mois, la chanceliÚre allemande était mise en cause pour son silence face aux propositions formulées depuis septembre 2017 par le président français visant à relancer l'Europe post-Brexit en crise. Et principalement pour celles concernant la réforme de l'Union monétaire. Angela Merkel a profité d'une interview à l'édition dominicale du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung pour lever une grande partie du voile, à moins d'un mois d'un sommet européen censé approuver une grande réforme de l'Europe.

Alors qu'un gouvernement populiste et eurosceptique vient d'entrer en fonction en Italie, elle accepte le principe de deux mĂ©canismes limitĂ©s d'entraide entre pays de la zone euro: un budget d'investissement et un systĂšme nouveau de prĂȘts pour les Etats confrontĂ©s Ă  des difficultĂ©s importantes.

- "Plus grande convergence" -

"Nous avons besoin d'une plus grande convergence économique entre Etats membres au sein de la zone euro", a-t-elle estimé, se disant "favorable" à "un budget d'investissement" pour la zone euro, soit spécifique, soit inclus dans le budget plus large de l'Union européenne. La chanceliÚre s'est dit dans ce contexte "tout à fait disposée à parler avec le nouveau gouvernement italien des moyens d'aider davantage de jeunes à trouver un travail", alors que leur taux de chÎmage est trÚs élevé en Italie.

Elle fixe toutefois un cadre strict à ce budget. La chanceliÚre a mentionné pour son montant un chiffre "limité à deux chiffres en milliards d'euros", soit quelques dizaines de milliards d'euros. TrÚs loin des souhaits de départ du président français, à l'origine de la proposition d'un tel budget. Emmanuel Macron avait l'an dernier appelé de ses voeux un budget équivalant à "plusieurs points du PIB de la zone euro", soit plusieurs centaines de milliards d'euros.

Mais il a dĂ» affronter ces derniers mois de forts vents contraires sur ses propositions en Allemagne, oĂč l'opinion redoute toujours de devoir payer au final pour les pays trop dispendieux. L'arrivĂ©e au pouvoir en Italie d'un gouvernement formĂ© d'un parti d'extrĂȘme droite (la Ligue) et d'un mouvement antisystĂšme (M5S), chargĂ© d'appliquer un programme anti-austĂ©ritĂ©, n'a pas arrangĂ© les affaires du chef de l'Etat français car elle renforce l'apprĂ©hension de l'Allemagne.
Sous pression de son opinion, et elle-mĂȘme fragilisĂ©e politiquement pour son quatriĂšme mandat, Angela Merkel a ainsi fixĂ© sa ligne rouge pour rĂ©former la zone euro. "La solidaritĂ© entre partenaires de la zone euro ne doit jamais conduire Ă  une union de l'endettement", oĂč la dette serait mutualisĂ©e, a-t-elle prĂ©venu.

- FME -

Elle a détaillé dans ce cadre la proposition allemande d'un Fonds monétaire européen (FME), qui viendrait en aide aux pays aux difficultés, en échange toutefois d'une surveillance étroite. "Nous voulons nous rendre un peu indépendants du Fonds monétaire international", a-t-elle expliqué.

Ce FME inter-gouvernemental reprendrait d'une part les prĂ©rogatives du MĂ©canisme europĂ©en de stabilitĂ© (MES), chargĂ© aujourd'hui d'aider Ă  financer la dette de pays en crise comme la GrĂšce, en leur accordant des prĂȘts de trĂšs long terme. Mais il irait plus loin. "A cĂŽtĂ© de cela, je peux m'imaginer la possibilitĂ© d'une ligne de crĂ©dit Ă  plus court terme, cinq ans par exemple", a soulignĂ© la chanceliĂšre. Ces prĂȘts seraient destinĂ©s "Ă  soutenir des pays confrontĂ©s Ă  des difficultĂ©s d'origine extĂ©rieure", a-t-elle ajoutĂ©.

En contrepartie, les pays concernĂ©s devraient accepter - comme pour le FMI aujourd'hui - que ce FME ait un droit de regard et d'intervention dans leurs politiques nationales. Ce FME serait chargĂ© d'"Ă©valuer la solvabilitĂ© des Etats membres" et Ă  l'aide "d'instruments adaptĂ©s" pourrait "rĂ©tablir" cette solvabilitĂ© si elle n'est plus assurĂ©e, a-t-elle dit. Des prĂ©rogatives qui risquent de ne pas ĂȘtre du goĂ»t de tous les pays de la zone euro.

AFP

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