Migrants

Aquarius: la France veut prouver que la solidarité peut marcher en Europe

  • PubliĂ© le 31 aoĂ»t 2018 Ă  10:54
  • ActualisĂ© le 31 aoĂ»t 2018 Ă  11:24
Des réfugiés du navire humanitaire Aquarius arrivent à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, au nord de Paris, le 30 août 2018

La France, qui a accueilli jeudi un nouveau groupe de rĂ©fugiĂ©s de l'Aquarius, veut faire la preuve que la solidaritĂ© avec les pays d'arrivĂ©e des migrants peut marcher en Europe, mĂȘme s'il n'est pas question d'ouvrir les ports français aux navires humanitaires.

Deux semaines aprÚs avoir débarqué à Malte, les 59 réfugiés sont arrivés jeudi à l'aéroport de Roissy (région parisienne) par charter et ont immédiatement rejoint des centres d'accueil dans des régions françaises. Cette opération est la cinquiÚme depuis juin, lorsque le navire humanitaire Aquarius avait erré une semaine en Méditerranée aprÚs le refus du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini de le laisser accoster. Une dizaine de pays ont accepté depuis de se répartir une partie des migrants arrivés dans des ports méditerranéens, dont 260 en France.

Mais il s'agit d'accords au cas par cas et le bras de fer se poursuit en Europe.

Pour débloquer la situation, Paris plaide pour un "mécanisme européen pérenne" de répartition. "L'idée est de ne pas rester à onze ou douze mais d'avoir de plus en plus de pays qui participent", a indiqué la présidence française la semaine derniÚre.

L'opération de jeudi vient "illustrer ce mécanisme", consistant en "un systÚme de prise en charge des réfugiés à l'arrivée dans les ports du sud de l'Europe", explique Pascal Brice, le directeur général de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

Dans cette démarche, Paris entend jouer un rÎle moteur, à la fois dans les négociations et l'application des accords de répartition, en étant le premier à mettre en oeuvre les engagements pris - les réfugiés de l'Aquarius sont arrivés en France deux semaines aprÚs le débarquement à Malte.

Alors que l'Italie se plaint amÚrement d'avoir été, pendant la crise migratoire de 2015-2016, laissée seule face aux arrivées par ses voisins européens et notamment par Paris, il s'agit de montrer que les enseignements du passé ont été tirés.

- "Contradiction" -

Le mĂ©canisme dĂ©fendu par la France dĂ©coule de l'accord qu'elle a poussĂ© au sommet europĂ©en du 28 juin, autour du principe de "centres contrĂŽlĂ©s" oĂč une distinction serait faite "rapidement" entre migrants irrĂ©guliers d'une part, et demandeurs d'asile Ă  rĂ©partir dans l'Union europĂ©enne (UE) "sur une base volontaire" d'autre part.

"Les personnes ne relevant pas du droit au sĂ©jour doivent ĂȘtre reconduites", ajoute M. Brice, en soulignant la nĂ©cessitĂ© d'"aider les pays d'arrivĂ©e" dans cette tĂąche.

Car expulser est compliquĂ©. Ne pas le faire alimente les discours populistes. Ce volet dĂ©licat des dĂ©boutĂ©s "est d'ailleurs la raison pour laquelle la France refuse d'accepter elle-mĂȘme des dĂ©barquements", estime Pierre Henry, le patron de l'association France terre d'asile.

Le président français Emmanuel Macron l'a dit fin juin: "la France n'ouvrira pas de centres de ce type car elle n'est pas un pays de premiÚre entrée". Le droit de la mer prévoit en effet que les navires doivent débarquer dans le "port sûr le plus proche", ce qui place en premiÚre ligne l'Espagne, la GrÚce et l'Italie.
Rome a défendu jeudi auprÚs de ses partenaires l'idée d'une rotation des ports européens d'accueil des migrants secourus dans le cadre de la mission Sophia.
Mais pour M. Henry, la position française semble difficilement tenable: "la France doit montrer l'exemple, si elle ne le fait pas on est dans une impasse et on laisse Salvini dicter le dossier à l'ensemble de l'Europe".

Il y a là une "contradiction", abonde JérÎme Fourquet, de l'Institut français d'opinion publique (Ifop), qui souligne qu'"on fait la leçon à Salvini mais on est bien content que la géographie ait placé les cÎtes françaises en deuxiÚme ligne".

Le sujet est clivant, à l'approche des élections européennes de 2019.

"L'opinion française reste majoritairement opposée à l'accueil", souligne M. Fourquet: mi-août, 41% seulement des personnes sondées par l'Ifop étaient favorables à l'idée d'accepter l'Aquarius.
AFP

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1 Commentaires
Julius
Julius
7 ans

Renvoyez les, crise réglé