Le gouvernement a confirmé mardi travailler avec Altifort, seul candidat à la reprise de l'aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord), sur une offre sans Vallourec, une solution à laquelle les syndicats veulent croire à la veille, selon eux, du "dénouement".
"Altifort est d'accord pour dire qu'il y a plus de sens d'aller chercher d'autres clients" pour avoir "de meilleures marges que de rester prisonnier d'un client", Vallourec, qui "ne permet pas à la société de sortir les meilleures marges", a déclaré sur Radio Classique la secrétaire d'Etat auprÚs du ministre de l'Economie, AgnÚs Pannier-Runacher.
Le groupe franco-belge Altifort a prĂ©sentĂ© une offre de reprise de l'usine de production d'aciers de moyenne et haute gamme qui impliquait que le sidĂ©rurgiste français Vallourec, principal client et dĂ©sormais premier actionnaire, maintienne pendant un an et demi son niveau actuel de commandes. Or Vallourec, spĂ©cialiste des tubes en acier sans soudures et dont l'Ătat est actionnaire Ă 17%, a refusĂ© cette demande. Ses comptes sont dans le rouge, avec une perte nette de 307 millions d'euros sur le premier semestre, pour un chiffre d'affaires de 1,09 milliard.
"Soit le plan flotte et on le soutiendra, soit il ne flotte pas et il faudra le dire les yeux dans les yeux aux salariés", a ajouté AgnÚs Pannier-Runacher, insistant sur la nécessité de "trouver une solution pérenne" pour les 281 salariés d'Ascoval, à la veille d'une nouvelle réunion à Bercy.
Elle a ainsi relevé la taille importante du projet Ascoval -"une usine qui fait 135 millions d'euros de chiffre d'affaires"- par rapport au chiffre d'affaires d'Altifort ("200 millions d'euros").
"Altifort pose quand mĂȘme de nombreuses questions (...) Si on arrive Ă lever un certain nombre d'obstacles sur les dĂ©bouchĂ©s commerciaux, alors on aura bien progressĂ©", a indiquĂ© Ă l'AFP une source gouvernementale.
- "Pied de nez Ă Vallourec" -
D'aprĂšs les syndicats, de nouveaux acheteurs potentiels se sont manifestĂ©s. "On sait que des clients se sont intĂ©ressĂ©s Ă nous suite au mouvement. Est-ce que ça va ĂȘtre montable dans les 24 heures qui viennent ? J'espĂšre", a dĂ©clarĂ© Ă l'AFP Bruno Kopczynski, porte-parole de l'intersyndicale d'Ascoval et dĂ©lĂ©guĂ© CFDT, Ă une journĂ©e de ce que les syndicats prĂ©sentent comme le "dĂ©nouement" attendu. "Ce serait vraiment un gros pied de nez Ă Vallourec, lui qui, depuis longtemps, pense faire la pluie et le beau temps chez nous."
Les sidérurgistes d'Ascoval ne travaillent plus depuis le 23 octobre et ont bloqué vendredi le site de production de Vallourec à Aulnoye-Aimeries (Nord) pour mettre la pression sur le groupe et le gouvernement. "Si ça se fait, ce sera avec les concurrents directs de Vallourec comme ThyssenKrupp et tous les tubistes du marché (...) pour compenser les 135.000 tonnes de commandes de barres pleines qu'Altifort demandait à Vallourec sur 18 mois, le temps de monter un train à fil", a-t-il ajouté.
Avant de prendre toute décision sur un éventuel soutien public, le gouvernement a demandé vendredi un avis indépendant sur la situation économique d'Ascoval.
"Tout dĂ©pend de cette expertise, si elle est bonne, l'Etat accompagnera financiĂšrement l'offre, si c?est nĂ©gatif, ils vont se ranger derriĂšre (cet avis), et tout s'arrĂȘtera pour nous", prĂ©dit auprĂšs de l'AFP Nicolas Lethellier, dĂ©lĂ©guĂ© CGT chez Ascoval. "Mais tant que le couperet n'est pas tombĂ©, on y croit."
Une vingtaine de salariés étaient toujours rassemblés devant l'entrée de l'usine à Saint-Saulve mardi matin, faisant brûler des pneus. "On tient bon le mouvement et on espÚre qu'on va avoir une bonne nouvelle demain.C?est tout ce que l?on demande", a réagi auprÚs de l'AFPTV Abel Radouan.
La décision du tribunal de grande instance de Strasbourg, qui s'est donné mercredi un nouveau délai de deux semaines, est attendue le 7 novembre, en pleine visite d'Emmanuel Macron dans la région. Le président de la République devrait prononcer à cette occasion un discours sur l'industrie en France.
Selon Fabien Roussel, dĂ©putĂ© PCF du Nord, "c'est impossible politiquement qu'il fasse un tel discours, qu'il vienne mĂȘme dans la rĂ©gion pour un enterrement".
AFP

