Cloches, orchestres, humour et banderoles étaient de sortie dans les rues dimanche pour faire honneur au marathon de New York, plus joyeux et bruyant que jamais, malgré l'attentat de mardi.
"Ils n'ont pas gagnĂ©", clame Karen Mesnick-Uretsky, en rĂ©fĂ©rence Ă la virĂ©e meurtriĂšre de Sayfullo Saipov, qui a tuĂ© huit personnes mardi dans le sud de Manhattan au nom du groupe Etat islamique. "Nous allons avoir notre marathon et nous allons faire du bruit." Les premiers coureurs viennent Ă peine de passer Ă Bay Ridge, Ă l'extrĂȘme sud-ouest de Brooklyn, mais des centaines de cloches rĂ©sonnent dĂ©jĂ dans ce quartier populaire, Ă plus de 20 kilomĂštres de Manhattan.
"Il y a beaucoup de fierté", dit cette mÚre de famille qui est venue à Bay Ridge voir passer deux amis, pour New York mais aussi pour "tous les pays qui sont représentés ici", avec un mot d'ordre, la "résilience". Quelque 50.000 personnes en provenance du monde entier dans les rues de New York, malgré la menace, c'est "le pire cauchemar d'un terroriste", a abondé le maire Bill de Blasio, quelques instants avant le départ de la course.
Rien n'est oubliĂ©, cependant, et la prĂ©sence policiĂšre massive rappelle que la ville reste une cible. Avant mĂȘme le lever du soleil, des centaines de policiers patrouillaient dans Central Park. "Je suis le marathon depuis 2014 et chaque annĂ©e, il y a davantage de sĂ©curitĂ©", assure David Flores, Equatorien de 30 ans qui vit Ă Spanish Harlem. "Ces policiers n'Ă©taient pas lĂ l'an dernier", dit-il en montrant des agents en uniforme.
"Des milliers d'agents s'assureront de la sûreté du marathon, mais nous avons aussi besoin de vos yeux", avait tweeté, peu avant le départ, le responsable des patrouilles Terence Monahan.
Le NYPD, la police de New York, est mĂȘme allĂ© jusqu'Ă aligner 50 des "meilleurs coureurs" de son club d'athlĂ©tisme pour glisser des "yeux et des oreilles" dans la foule des marathoniens, a expliquĂ© le responsable du club, le sergent Tom Biggers, dans une vidĂ©o diffusĂ©e dimanche.
Le souvenir de l'attaque "m'a rendue nerveuse, mais je savais qu'il irait quoi qu'il arrive", explique Karen McGivern, New-Yorkaise venue voir courir son fils. "Si c'était moi, j'aurais probablement couru aussi, malgré tout."
- 'Meilleur événement de l'année' -
MalgrĂ© l'attentat, malgrĂ© le crachin qui s'est abattu assez tĂŽt sur les concurrents, malgrĂ© la tempĂ©rature fraĂźche, New York a fait, plus que jamais, de son marathon un Ă©vĂ©nement sonore, bruyant mĂȘme. Les clameurs ininterrompues et le mĂ©lange, parfois indigeste, de rap, rock, country, merengue ou folk, ont accompagnĂ©, 42 km durant, les marathoniens.
Entre les milliers de banderoles d'encouragement, quelques perles, dans la plus pure tradition de l'inventivité new-yorkaise: "Trump vient de tweeter qu'il était devant vous" ou encore "Cours, comme si Bob Mueller avait un dossier sur toi", en référence au procureur spécial qui s'intéresse aux liens de l'équipe Trump avec la Russie. "C'est le meilleur événement de l'année" à New York, s'enthousiasme Cookie, venue voir son fils et sa belle-fille remonter la PremiÚre avenue, à Manhattan.
"C'est phĂ©nomĂ©nal", reconnait Bill Bentley, aprĂšs avoir franchi la ligne d'arrivĂ©e. "Le seul autre grand marathon que j'avais fait jusqu'ici, c'Ă©tait Chicago, mais vous ne pouvez mĂȘme pas comparer les deux", assure ce Canadien venu de Toronto. "AprĂšs trente kilomĂštres, c'est devenu dur, mais le soutien du public m'a permis de tenir."
Pour rien au monde, aucun d'entre eux n'aurait renoncĂ© Ă effectuer ce trajet mythique, conclu Ă Central Park, sous les bravos. Venu de Cambridge, en Angleterre, John Ferguson assure n'avoir "mĂȘme pas pensĂ©" Ă l'attaque de mardi durant sa course. "J'ai grandi lors des troubles en Irlande du Nord", explique son compagnon de course, James Gaymour, Ă©galement britannique. "Des bombes explosaient tout le temps. Je ne m'inquiĂšte pas. La vie continue."
AFP



