Venezuela

"Attentat" contre Maduro: la justice poursuivra ceux qui "conspirent contre la paix"

  • PubliĂ© le 7 aoĂ»t 2018 Ă  06:19
  • ActualisĂ© le 7 aoĂ»t 2018 Ă  06:30
Les membres de la milice bolivarienne du Venezuela et les militants pro-gouvernement manifestent leur soutien au président Nicolas Maduro lors d'un rassemblement devant le palais présidentiel à Caracas, le 6 août 2018

La justice vénézuélienne a promis de poursuivre tous ceux qui "conspirent contre la paix" aprÚs l'"attentat" dont le président Nicolas Maduro dit avoir été la cible. Alors que les autorités annoncent une riposte énergique, une marée de partisans du pouvoir, portant des portraits de M. Maduro, ont défilé lundi jusqu'au palais présidentiel de Miraflores à Caracas.

Plusieurs centaines de chavistes ont attendu pendant des heures une apparition de M. Maduro, annoncĂ©e par le ministĂšre de la Communication, mais le prĂ©sident n'est pas venu. Le ministĂšre n'a pas donnĂ© d'explication Ă  son absence. "Nous sommes venus soutenir le prĂ©sident aprĂšs l'attaque terroriste dont il a Ă©tĂ© la cible", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP Francisca Harvey, 53 ans, alors qu'elle se dirigeait vers l'estrade oĂč l'on pouvait lire sur un Ă©cran gĂ©ant "Maduro pour longtemps".

"J'espérais le voir aujourd'hui, mais on imagine qu'il n'est pas sorti pour des raisons de sécurité", déclarait Margot Sivira, 36 ans, qui s'est présentée comme "une combattante sociale". Une autre manifestante, Linda Estrada, 48 ans, a elle aussi justifié l'absence de M. Maduro. "Le président ne peut pas venir ici, on ne va pas leur donner le plaisir de pouvoir le tuer", a-t-elle dit.

Depuis l'estrade, le numéro deux du camp présidentiel, Diosdado Cabello, a mis en garde contre les conséquences d'un éventuel assassinat du président. "Ne pensez pas, messieurs de la bourgeoisie, des partis d'opposition, que vous pourriez gouverner un seul instant. Le Venezuela serait à feu et à sang!", a-t-il lancé. Selon les autorités vénézuéliennes, deux drones chargés chacun d'un kilo de C4, un puissant explosif militaire, ont explosé à proximité de la tribune présidentielle lors d'une cérémonie militaire dans le centre de Caracas.

RapiditĂ© de la rĂ©ponse des forces de l'ordre, contradictions dans les dĂ©clarations des autoritĂ©s, Ă©ventuelles manipulations: l'affaire soulĂšve de nombreuses questions. M. Maduro affirme rĂ©guliĂšrement ĂȘtre la cible de complots en tous genres que ses services de sĂ©curitĂ© parviendraient Ă  dĂ©jouer.

- "Connexions internationales" -

Lors d'une conférence de presse lundi, le procureur général du Venezuela Tarek William Saab a mis en garde contre toute nouvelle tentative de viser le gouvernement.
La justice "poursuivra dans le cadre de la loi ceux qui conspirent contre la paix civile", a averti le magistrat. "Que ces faits servent, une fois pour toutes, à mettre un terme à toute tentative de porter atteinte à la paix de façon violente", a-t-il déclaré.

M. Saab a confirmĂ© que deux hommes avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s "en flagrant dĂ©lit" alors qu'ils pilotaient un des drones depuis un vĂ©hicule Ă  proximitĂ© de l'Ă©vĂ©nement. Cet engin a explosĂ© aprĂšs avoir heurtĂ© un immeuble, selon les autoritĂ©s. Contrairement Ă  ce qu'il avait annoncĂ© dimanche, le procureur gĂ©nĂ©ral n'a pas rĂ©vĂ©lĂ© les identitĂ©s des personnes interpellĂ©es.

Pour l'heure, six personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es dans cette affaire, d'aprĂšs le ministre de l'IntĂ©rieur Nestor Reverol. "On sait d'oĂč ont Ă©tĂ© pilotĂ©s les drones, des preuves y ont Ă©tĂ© recueillies (...) Tous les auteurs des faits ont Ă©tĂ© identifiĂ©s ainsi que leurs complices", a affirmĂ© le magistrat. M. Saab a Ă©galement assurĂ© que les personnes "qui ont fabriquĂ© les engins" explosifs ont Ă©tĂ© identifiĂ©es et que "les premiĂšres connexions internationales ont Ă©tĂ© Ă©tablies".

- Complots -

Peu aprĂšs les faits, M. Maduro a mis en cause son homologue colombien, qui passe mardi les rĂȘnes du pouvoir Ă  son successeur Ivan Duque. Evoquant des "financiers" non identifiĂ©s qui rĂ©sideraient aux Etats-Unis, il a Ă©galement mis en cause "l'ultra-droite", se rĂ©fĂ©rant ainsi Ă  l'opposition vĂ©nĂ©zuĂ©lienne.

A Bogota, le gouvernement colombien a qualifiĂ© d'"absurde" les allĂ©gations de Caracas Le prĂ©sident Juan Manuel Santos lui-mĂȘme a qualifiĂ© d'"insolite" la version de Caracas "selon laquelle je serais de mĂšche avec le renseignement amĂ©ricain, avec la droite vĂ©nĂ©zuĂ©lienne, Ă  ourdir des complots pour assassiner le prĂ©sident du Venezuela. Voyons !".

Les Etats-Unis, qui entretiennent des relations trÚs tendues avec le Venezuela, ont aussi nié toute implication. Un mystérieux groupe rebelle, baptisé "Mouvement national des soldats en chemise" a revendiqué l'action dans un communiqué sur les réseaux sociaux. L'opposition a exprimé son inquiétude devant la fermeté des avertissements des autorités, craignant une nouvelle vague de répression. Selon les adversaires de M. Maduro, le pays compte 248 "prisonniers politiques".

C'est une "tentative de criminaliser ceux qui s'opposent légitimement et démocratiquement et de renforcer la répression", a dénoncé la plateforme d'opposition Frente Amplio.

L'événement continue à susciter des réactions internationales. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres "est préoccupé", a indiqué lundi un porte-parole. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a lui exprimé son soutien à M. Maduro lors d'un entretien téléphonique. L'incident est survenu dans un contexte social et politique tendu. Tous les voyants économiques sont au rouge vif. L'inflation pourrait atteindre 1.000.000% fin 2018, selon le Fonds monétaire international (FMI), et le PIB devrait s'effondrer de 18%.

AFP

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