La France, en deuil national, s'est figée lundi à midi pour une minute de silence en hommage aux victimes de l'attentat sanglant du 14 juillet à Nice, court répit dans la vive polémique sur la politique mise en oeuvre depuis les attaques jihadistes de 2015.
A Nice, la minute de recueillement suivie d'applaudissements a Ă©tĂ© observĂ©e en prĂ©sence de Manuel Valls sur la Promenade des Anglais, oĂč 84 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et plus de 300 blessĂ©es lors de la fĂȘte nationale, fauchĂ©es par le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel au volant d'un camion.
Le chef du gouvernement a été hué à son arrivée sur la célÚbre avenue de la CÎte d'Azur, puis quand il en est reparti.
Des moyens supplĂ©mentaires avaient Ă©tĂ© mobilisĂ©s pour assurer la sĂ©curitĂ© sur la promenade baignĂ©e de soleil, oĂč se sont pressĂ©es des milliers de personnes.
Avant ce moment de recueillement marquant le troisiÚme et dernier jour de deuil national, que François Hollande a observé au ministÚre de l'Intérieur, le chef de l'Etat a présidé un troisiÚme Conseil de défense et de sécurité à l'Elysée depuis l'attentat. Il a invoqué une "obligation de dignité et de vérité" dans la "parole publique", en réponse aux attaques de l'opposition.
"Tout ce qui aurait dĂ» ĂȘtre fait depuis 18 mois ne l'a pas Ă©tĂ©", a ainsi dĂ©clarĂ© dimanche soir l'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy.
- Point du procureur Ă 16H30 -
La présidente du Front national, Marine Le Pen, avait dénoncé samedi les "carences gravissimes de l'Etat" dans la protection des Français. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve l'a accusée de tendre "la main à la division" voulue par les jihadistes.
"Le moment viendra oĂč il faudra dire ce qui a Ă©tĂ© fait depuis plusieurs annĂ©es pour assurer la sĂ©curitĂ© de la France et ce qui a Ă©tĂ© dĂ©fait pour mener cette mĂȘme politique de sĂ©curitĂ©", a dit pour sa part lundi le ministre de la DĂ©fense, Jean-Yves Le Drian, sur le perron de l'ElysĂ©e.
Les Français semblent toutefois douter de la capacité de l'exécutif à contrer la menace. Dans un sondage paru lundi dans Le Figaro, seulement 33% de personnes interrogées font confiance à François Hollande et au gouvernement pour faire face et lutter contre le terrorisme.
L'enquĂȘte, elle, progresse, mais les liens entre le chauffeur-livreur de 31 ans et "les rĂ©seaux terroristes", notamment le groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a revendiquĂ© l'attaque, "pour l'instant ne sont pas Ă©tablis", a relevĂ© Bernard Cazeneuve. "Le mode opĂ©ratoire", a-t-il toutefois ajoutĂ©, "emprunte totalement Ă ce que sont les messages" de l'EI, qui avait aussi revendiquĂ© les attentats du 13 novembre, les plus meurtriers jamais commis en France avec 130 morts.
Le procureur de Paris, François Molins, Ă la tĂȘte du parquet antiterroriste saisi de l'enquĂȘte, fera un point Ă 16H30 sur les avancĂ©es des investigations.
Six personnes sont encore en garde Ă vue et une septiĂšme a Ă©tĂ© relĂąchĂ©e dans la nuit de dimanche Ă lundi. Trois de ces six personnes ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es Ă Levallois-Perret, prĂšs de Paris, pour ĂȘtre interrogĂ©es par les services antiterroristes.
- Basculement jihadiste flou -
Un homme de 37 ans dans l'entourage du tueur et un couple d'Albanais ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s dimanche Ă Nice. L'homme de ce couple, ĂągĂ© de 38 ans, est soupçonnĂ© d'avoir fourni le pistolet qui a servi au chauffeur-livreur le soir du drame.
Selon des sources policiĂšres, au moins une personne a Ă©voquĂ© en garde Ă vue un basculement "rĂ©cent" vers "l'islam radical" de Lahouaiej-Bouhlel, un homme violent qui n'affichait jusqu'Ă il y a peu aucun intĂ©rĂȘt particulier pour la religion et n'a jamais Ă©tĂ© signalĂ© pour dicalisation.
Jeudi soir, peu avant de foncer u volant d'un camion dans la oule qui venait d'assister au feu d'artifice de la fĂȘte nationale, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait envoyĂ© un SMS "se fĂ©licitant de s'ĂȘtre procurĂ© un pistolet 7.65 et Ă©voquant la fourniture d'autres armes", selon des sources proches du dossier.
Les 12 et 13 juillet, le tueur avait fait des repĂ©rages sur la Promenade des Anglais avec le poids lourd, rĂ©servĂ© dĂšs le 4 juillet. Il "s'est Ă©galement pris en photo au volant du camion" entre sa location le 11 juillet et le soir du carnage, avant de l'envoyer par SMS. Les enquĂȘteurs s'attĂšlent Ă "identifier l'ensemble des destinataires" des messages.
Les 34 premiers permis d'inhumer ont été délivrés dimanche, ce qui permettra d'engager la restitution des corps. Deux nouvelles victimes ont été identifiées: un Américain, Nicolas Leslie, 20 ans et étudiant à l'université de Berkeley, et une Brésilienne, Elizabeth Cristina de Assis Ribeiro. Sa fille, Kayla, 6 ans, faisait déjà partie des morts.
Selon Bernard Cazeneuve, 58 personnes étaient encore hospitalisées lundi matin, dont 29 sont en réanimation.
Par Ammu KANNAMPILLY - © 2016 AFP
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