"On ne peut pas oublier", a expliqué lundi le sélectionneur de l'équipe de France Didier Deschamps, les traits tirés et particuliÚrement ému, à propos des attentats de Paris qui seront l'objet d'un hommage de la part du public de Wembley lors du match amical contre l'Angleterre, mardi.
Q: Quel a été votre discours pour convaincre les joueurs de jouer le match?
R: "Cela ne sert à rien de revenir sur une décision prise samedi matin. Nous sommes là et on sera sur le terrain pour représenter notre pays et nos couleurs, le bleu-blanc-rouge, avec encore plus de fierté."
Q: Comment avez-vous vécu la soirée de vendredi?
R: "Nous Ă©tions dans notre match (contre l'Allemagne, NDLR) sans avoir entendu les explosions et sans savoir ce qui s'Ă©tait passĂ©. On a Ă©tĂ© rĂ©ellement mis au courant Ă la fin de notre match. On s'est rendu bien Ă©videmment compte du dĂ©sastre autour du stade et dans le centre de Paris. La dĂ©lĂ©gation allemande a Ă©tĂ© mise sous la responsabilitĂ© de l?Ătat français. IndĂ©pendamment des problĂšmes de sĂ©curitĂ©, on est restĂ© avec eux. J'ai Ă©changĂ© avec Joachim Löw et les responsables allemands. C'Ă©tait important pour moi de rester avec eux jusqu'Ă ce qu'une dĂ©cision soit prise. On est parti tardivement et on est arrivĂ© dans la nuit Ă Claire fontaine en essayant de manger et d'essayer de dormir. Mais je ne vous cache pas que la nuit a Ă©tĂ© trĂšs courte pour tout le monde."
Q: Qu'auriez-vous Ă dire aux terroristes?
R: "Difficile de trouver les mots face Ă une telle barbarie. On pense aux victimes et Ă la douleur des familles. Je ne veux pas commenter plus que ça. Le match de demain n'aura pas de dimension sportive mais bien plus. Nous sommes lĂ avec les joueurs, le staff, pour reprĂ©senter notre pays et montrer que nous sommes fiers d'ĂȘtre français dans une enceinte historique, merveilleuse, avec un peuple et des supporteurs anglais que je remercie pour tous leurs tĂ©moignages de solidaritĂ©. Je suis convaincu que le match de demain sera plein d'Ă©motions."
Q: C'est la premiĂšre fois en France qu'un stade est la cible d'un attentat...
R: "Le sport est un symbole dans la vie sociale, économique. Nous avons toujours considéré que c'était un honneur et une fierté de représenter ce pays, de porter ce maillot. Aujourd'hui, cette responsabilité est encore plus importante. Le sport est une représentation de l'union, de la diversité. Pour reprendre les paroles de Lassana Diarra qui a publié un message remarquable (pour annoncer la mort de sa cousine dans les attentats, NDLR), le sport n'a pas de couleur et de religion. Cela a toujours été le cas et ça doit le rester."
Q: Comment avez-vous travaillé depuis 3 jours?
R: "MĂȘme si on Ă©tait ensemble Ă Clairefontaine, on n'Ă©tait pas coupĂ© du monde. On a suivi chacun d'entre nous les nouvelles dĂ©sastreuses qui Ă©taient communiquĂ©es. J'ai fait en sorte de discuter. Les joueurs ont aussi discutĂ© entre eux. On ne peut pas oublier, on a eu deux jours pour Ă©vacuer cette immense tristesse. Aujourd'hui, on est lĂ et notre Ă©nergie doit ĂȘtre focalisĂ©e sur la prĂ©paration de ce match avec le plus de dignitĂ© et de sobriĂ©tĂ© possible."
Q: Y aura-t-il un avant et un aprÚs 13 novembre pour votre jeune équipe?
R: "On est tous fiers d'ĂȘtre Français et on sera tous marquĂ©s par ce qui est arrivĂ©. Dans des moments de douleur aussi forts et de tristesse, chacun a sa propre analyse et sa rĂ©flexion. Le fait d'ĂȘtre en Ă©quipe nationale n'est pas anodin et singulier. Porter le maillot de son Ă©quipe nationale, c'est au-dessus de tout en terme sportif. Cela oblige Ă des responsabilitĂ©s de la part de tout le monde."
Q: Deux de vos joueurs, Lassana Diarra, qui a perdu sa cousine, et Antoine Griezmann, dont la soeur a réussi à sortir indemne du Bataclan, ont été directement touchés par les attentats. Comment avez-vous géré cette situation?
R: "Nous avons deux joueurs qui sont plus touchés mais différemment. Pour Antoine Griezmann, les circonstances sont heureuses. Dans son cas, c'est un soulagement, le bonheur et le plaisir d'avoir pu garder auprÚs de lui sa soeur, qui était présente durant le spectacle au Bataclan. Lass est lui touché dans sa chair par rapport à une personne qui lui est trÚs proche. Lass a tenu à rester parmi nous et il tient à ces valeurs d'unité, de solidarité. Sa présence parmi nous est rassurante."
- © 2015 AFP
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