Epidémie

Au Brésil, le Covid fait des ravages chez les jeunes

  • PubliĂ© le 19 mars 2021 Ă  11:30
  • ActualisĂ© le 19 mars 2021 Ă  11:37
Un patient atteint du Covid-19 admis en soins intensifs à l'hÎpital Emilio Ribas de Sao Paulo, au Brésil, le 17 mars 2021

Dans les hĂŽpitaux surchargĂ©s d'un BrĂ©sil dĂ©bordĂ© par la pandĂ©mie de Covid-19, les patients sont de plus en plus jeunes, un an aprĂšs l'annonce du premier des plus de 285.000 dĂ©cĂšs provoquĂ©s par le virus. "Le profil de nos patients a changĂ©. Aujourd'hui, nous avons des personnes plus jeunes hospitalisĂ©es dans un Ă©tat trĂšs grave, mĂȘme si elles n'ont pas de comorbiditĂ©s", explique Ă  l'AFP Jaques Sztajnbok, responsable de l'unitĂ© de soins intensifs de l'hĂŽpital Emilio Ribas de Sao Paulo.

Il surveille de prÚs deux patients de 53 et 56 ans, tous deux intubés. Non loin de là, un jeune homme, qui n'est pas sous respiration artificielle, se tord de douleur. Il n'a que 26 ans. Environ 29% des personnes décédées ces derniÚres semaines ont moins de 60 ans, contre 22% en novembre et en décembre.

Le début de la vaccination chez les personnes ùgées est un facteur déterminant, mais elle n'explique pas tout. D'autant moins que la campagne d'immunisation a commencé tardivement au Brésil, à la mi-janvier, et avance lentement à cause de l'insuffisance de doses. "Dans certains Etats, la vaccination des plus de 75 ans est déjà terminée. Et en général, les personnes ùgées restent davantage à la maison que les jeunes, qui circulent plus", a déclaré l'épidémiologiste Walter Ramalho, de l'Université de Brasilia, au site Poder 360.

- Hospitalisations plus longues -

L'occupation des lits de soins intensifs est supérieure à 80% dans 25 des 27 Etats du Brésil. "La durée moyenne d'occupation d'un lit de soins intensifs a presque doublé, passant de 15 à 28 jours. Cela s'explique parce que nous recevons des patients plus jeunes, qui résistent plus longtemps à la maladie", a confié Graccho Alvim, président de l'association des hÎpitaux privés de Rio de Janeiro, au journal O Globo.

Alors que la moyenne quotidienne de décÚs est supérieure à 2.000 sur les sept derniers jours, le nombre de jeunes tués par le virus ne cesse d'augmenter, semaine aprÚs semaine.
Un exemple emblématique: pour la premiÚre fois jeudi, la municipalité de Sao Paulo a annoncé qu'un patient était mort du Covid-19 faute de lit disponible en soins intensifs dans la mégalopole brésilienne. Son ùge: 22 ans.

"La moitié de nos patients hospitalisés a moins de 60 ans", assure Carlos Pereira Junior, directeur de l'hÎpital Emilio Ribas. Avant, les moins de 60 ans n'occupaient que 35% des lits de son établissement.
En un an, le nombre de lits de soins intensifs de cet hÎpital de référence est passé de 12 à 60, mais cela reste insuffisant pour faire face à l'afflux incessant de nouveaux patients, causé en partie par la circulation du variant amazonien, plus contagieux.

- RelĂąchement -

La hausse des contaminations est aussi due Ă  un relĂąchement de la population, surtout les plus jeunes. "Il y a un an, je crois que la peur de cette maladie encore inconnue a contribuĂ© Ă  une meilleure adhĂ©sion aux mesures de restriction, qui sont moins respectĂ©es actuellement. Les jeunes n'ont plus peur Ă  prĂ©sent", dĂ©plore Jaques Sztajnbok. Dans les rues des grandes villes brĂ©siliennes comme Sao Paulo ou Rio de Janeiro, il n'est pas rare de voir des gens sans masques et la distanciation sociale est loin d'ĂȘtre respectĂ©e dans les transports publics ou les bars bondĂ©s.

Des couvre-feu ont Ă©tĂ© instaurĂ©s dans de nombreuses villes et la police mĂšne des rondes nocturnes pour dĂ©busquer les fĂȘtes clandestines. Gabriel "Gabigol" Barbosa, 24 ans, attaquant-vedette de Flamengo, le club de football le plus populaire du pays, a Ă©tĂ© interpellĂ© dans la nuit de samedi Ă  dimanche dans un casino clandestin Ă  Sao Paulo. De nombreux jeunes actifs, particuliĂšrement dans le secteur informel, ont aussi dĂ» continuer d'aller travailler pour survivre, en dĂ©pit de la forte circulation du virus.

Le gouverneur de l'Etat de Sao Paulo Joao Doria, qui a durci les mesures de restriction ces derniĂšres semaines, n'Ă©carte pas l'idĂ©e d'un confinement total dans l'Etat qui est la locomotive Ă©conomique du BrĂ©sil. Mais cette mesure drastique est difficile Ă  mettre en place dans un pays oĂč le prĂ©sident Jair Bolsonaro est farouchement opposĂ© aux restrictions en raison de leur impact Ă©conomique et minimise l'ampleur de la catastrophe sanitaire.

AFP

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