Un chorégraphe de génie

Au-delĂ  de West Side Story, l'oeuvre de Jerome Robbins perdure dans ses ballets

  • PubliĂ© le 28 octobre 2018 Ă  03:29
  • ActualisĂ© le 28 octobre 2018 Ă  05:46
Les danseurs saluent à l'issue d'une répétition de "Hommage à Jerome Robbins", le chorégraphe américain, à l'Opéra Garnier, le 26 octobre 2018

Pour le grand public, il reste le chorégraphe du mythique "West Side Story", mais Jerome Robbins est immortalisé aujourd'hui surtout à travers ses ballets, dansés par les plus grandes compagnies au monde 20 aprÚs sa mort.

Le nombre de troupes dansant les piÚces du chorégraphe prolifique a presque triplé cette année --d'une dizaine à une quarantaine-- à l'occasion du centenaire de sa naissance, mais pas seulement.

"Les danseurs adorent danser du Robbins; ils s'y sentent libres", explique Jean-Pierre Frohlich, assistant du chorĂ©graphe pendant une vingtaine d'annĂ©es au New York City Ballet. Il a "fait disparaĂźtre le cĂŽtĂ© +prince+ chez les danseurs et rendu le ballet moins Ă©litiste, plus rĂ©el", souligne M. Frohlich, qui fait rĂ©pĂ©ter les danseurs de l'OpĂ©ra de Paris en vue d'une soirĂ©e hommage (27 octobre-14 novembre). "Vous pouvez suivre facilement ses ballets mĂȘme si vous ne connaissez rien Ă  la danse", dit l'ex-danseur, en charge de veiller sur le rĂ©pertoire Robbins.

- Roi de Broadway -

L'artiste, nĂ© Jerome Rabinowitz dans une famille juive de New York, Ă©tait inclassable: du ballet Ă  Broadway, en passant par le cinĂ©ma et la tĂ©lĂ©vision, il a conçu des danses sur des musiques de Bach ou du lĂ©gendaire Leonard Bernstein. "West Side Story", "On the Town", "The King and I" ou "Peter Pan" l'ont fait roi de Broadway, oĂč il a contribuĂ© Ă  rĂ©volutionner la comĂ©die musicale en intĂ©grant les danses au coeur de l'histoire et des personnages. Robbins a injectĂ© l'esprit amĂ©ricain dans le ballet: "Fancy Free", qui a fait sa renommĂ©e (1944) et qui mĂ©lange jazz et classique, met en scĂšne trois marins en permission Ă  New York en pleine Seconde guerre mondiale.

Pour Isabelle Guérin, ex-danseuse étoile à l'Opéra de Paris qu'il appelait sa "seconde maison", "les ballets de Robbins, c'est la vie", que ce soit dans "The Concert", une sorte de parodie du public, ou "In the Night", portrait de trois couples. "Il regardait tout ce qui se passait autour de lui et le transposait sur scÚne", explique M. Frohlich, époux d'Isabelle Guérin.

George Balanchine, considéré comme le "pÚre du ballet américain", avait affirmé que "le véritable chorégraphe américain, c'était Jerry". Et si Balanchine avait énoncé "le ballet, c'est la femme", Robbins, lui, s'en est saisi pour peindre les relations humaines.

- Le "dark side" de Robbins -

Mais le chorĂ©graphe avait son cĂŽtĂ© obscur. Durant la chasse aux sorciĂšres dans les annĂ©es 50, et par peur selon lui d'ĂȘtre mis Ă  l'index comme homosexuel, il dĂ©nonce huit sympathisants communistes. "Ce souvenir le poursuivra jusqu'Ă  sa mort", selon Greg Lawrence, auteur de "Dance with Demons, The Life of Jerome Robbins"

En studio, il était réputé pour ses répétitions épuisantes et ses remarques désobligeantes. "Si je vais en enfer, je n'aurais pas peur du diable, car j'ai travaillé avec Jerome Robbins", est allée jusqu'à dire Mel Tomlinson, une soliste du NYCB, citée par Greg Lawrence. "Je l'ai vu se mettre trÚs en colÚre (...) si vous n'étiez pas aussi exigeant que lui, il le sentait et commençait à vous crier dessus", se rappelle M. Frohlich. "Aujourd'hui, c'est trÚs difficile (d'agir comme cela), tout a changé".

Son exigence lĂ©gendaire allait de pair avec sa volontĂ© de crĂ©er des ballets extrĂȘmement rĂ©alistes. "Une fois je l'ai vu passer deux heures avec quelqu'un pour lui faire rĂ©pĂ©ter un mouvement, pour qu'il soit le plus naturel possible", affirme Mme GuĂ©rin-Frohlich.

L'ex-star de l'ONP, Manuel Legris se souvenait récemment d'une répétition pendant trois mois, six heures par jour, de "Dances at a gathering", un de ses ballets les plus connus. "On s'est dit qu'on allait arriver mort à la premiÚre", mais une fois en scÚne, dit-il, "c'était d'une facilité incroyable car tout était maßtrisé de A à Z. C'est rare d'avoir la possibilité de travailler autant les choses aujourd'hui".

- © 2018 AFP

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