85.000 touristes débarquent chaque année

Au Groenland, le défi du tourisme

  • PubliĂ© le 20 octobre 2019 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 20 octobre 2019 Ă  06:28
Des iceberg prÚs de Kulusuk, le 15 août 2019 au Groenland

Glisser en kayak le long des icebergs bleus et blancs qui dérivent prÚs du port, flùner entre les maisons colorées, randonner dans la nature de neige parsemée: en cette fin d'été indien, la saison touristique bat son plein à Kulusuk, petite ßle de l'est du Groenland dans l'Arctique.

"MĂȘme en ayant trĂšs peu d'attentes, en pensant ĂȘtre surpris, on l'est un peu plus en fait", s'enthousiasme Sarah Bovet, face Ă  ces paysages lunaires de glace blanche, de roche noire, entrecoupĂ©s de maisonnettes aux couleurs vives. A Kulusuk, oĂč vivent Ă  l'annĂ©e quelque 250 habitants, "tout est diffĂ©rent", lĂąche l'artiste suisse de 29 ans, en rĂ©sidence artistique au Groenland.

Si une grande partie des 85.000 touristes qui débarquent chaque année au Groenland privilégient la cÎte ouest, la cÎte orientale a aussi ses arguments avec ses glaciers, sa nature sauvage, ses baleines et ses ours polaires.

Le tourisme et ses devises constitue dĂ©sormais une source de revenus importante pour la communautĂ© locale - en complĂ©ment des activitĂ©s de pĂȘche et de chasse qui se pratiquent ici depuis des siĂšcles, sur la banquise et les eaux argentiques de l'ocĂ©an.

Justus Atuaq, un jeune chasseur de Kulusuk emmÚne ainsi les touristes en traßneau en mars et avril, la haute saison du printemps qui lui garantit de quoi soigner ses chiens. "J'utilise les chiens de traßneau pour la chasse et parfois les touristes étrangers veulent aussi en faire", explique-t-il aprÚs avoir nourri ses animaux.

L'activité touristique au Groenland a augmenté de 10% en glissement annuel entre 2014 et 2017 et de 3% en 2018, selon l'office du tourisme Visit Greenland.

Ses glaciers, ses icebergs et sa faune en ont fait un endroit populaire pour les amateurs d'aventure et de nature. MĂȘme si beaucoup d'entre eux arrivent en avion, les bateaux de croisiĂšre constituent une alternative pour dĂ©couvrir le littoral.

- QuĂȘte d'indĂ©pendance -

C'est un fait, ces derniers temps, le Groenland attire. Colonisé dans les années 1700 par le Danemark, le territoire riche en réserves inexploitées de pétrole, de gaz, de minéraux et d'importants stocks de poisson et de crevettes, a acquis son autonomie en 1979.

Aujourd'hui, de nombreux partis groenlandais espÚrent accéder à l'indépendance. Et alors que le territoire reçoit toujours une subvention annuelle de Copenhague, estimée à environ 535 millions de dollars en 2017, certains voient dans le tourisme un moyen de devenir auto-suffisants.

MĂȘme le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump s'est rĂ©vĂ©lĂ© tentĂ© par les ressources naturelles du territoire et son importance stratĂ©gique croissante au grĂ© de la fonte de la banquise, quand il a annoncĂ© en aoĂ»t vouloir acheter le Groenland au Danemark, laissant le royaume stupĂ©fait.

Dans tous les cas, la hausse du nombre de visiteurs met les infrastructures de Kulusuk sous tension, en raison de la situation géographique du Groenland, de la météo et du coût des déplacements.

Avec un supermarché, un aéroport construit dans les années 50, en pleine Guerre froide, par l'armée américaine pour desservir une base radar et un port entouré de maisons en bois peintes de couleurs vives surplombant des collines autour d'un fjord, Kulusuk est resté figé dans l'histoire.

Comme beaucoup de régions du Groenland, l'ßle ne possÚde pas de route goudronnée et les visiteurs doivent arriver par avion ou par bateau. Les excursions à Kusuluk d'une journée en bateau pendant la haute saison estivale, en juillet et août, au départ de Reykjavik, sont facturées 97.000 couronnes islandaises (700 euros).

L'ßle ne compte qu'un seul hÎtel, prÚs d'un fjord. Trente-deux chambres au total. Depuis la salle à manger, on voit dériver de petits icebergs. Approvisionner l'établissement n'est pas chose simple pour son propriétaire Jakob Ipsen, 48 ans, qui a grandi entre le Danemark et la cÎte ouest du Groenland.

"Nous devons faire toutes nos provisions avec le premier navire (qui accoste aprĂšs la fonte de la banquise, ndlr) pour toute la saison estivale et avec le dernier navire pour tout l'hiver".

- Développer les infrastructures -

Visit Greenland affirme que le développement du tourisme est un objectif mais que "le Groenland doit relever ses défis en matiÚre d'infrastructure" pour y faire face.

Le gouvernement investit dans la modernisation des aéroports de Nuuk et Ilulissat, sur la cÎte ouest de l'ßle, et envisage de construire un autre aéroport dans le sud. Il prévoit d'en étudier les répercussions environnementales.

"Les modifications actuelles des infrastructures tiendront compte non seulement de l'impact sur l'environnement mais aussi sur les communautés locales", assure Visit Greenland.

Le tourisme est devenu vital mais "nous voulons essayer de le maintenir tel qu'il est, afin qu'il n'explose pas", met en garde l'hĂŽtelier Jakob Ipsen.
DĂ©jĂ , "sur les sites de camping sauvage oĂč vous Ă©tiez seul autrefois, il y a maintenant deux groupes Ă  la fois", a notĂ© Johanna Bjork Sveinbjorndottir, qui organise des visites Ă  Kulusuk pour une sociĂ©tĂ© basĂ©e en Islande.

Elle s'inquiĂšte de l'effet que pourrait avoir une hausse dĂ©raisonnable du nombre de visiteurs sur la nature vierge entourant le village. Et en mĂȘme temps, dit-elle "ils repartent diffĂ©rents", "Tout, ici, est au-delĂ  de ce que vous avez jamais imaginĂ©."

AFP

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