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Au Japon, des femmes poussées dans la pornographie sortent de l'ombre

  • PubliĂ© le 5 octobre 2016 Ă  12:23
Saki Kozai lors d'un entretien Ă  Tokyo, le 20 juillet 2016

Jeune et jolie, Saki Kozai croyait son rĂȘve de cĂ©lĂ©britĂ© sur le point de se rĂ©aliser mais sa rencontre avec un supposĂ© recruteur de mannequins a transformĂ© sa vie en cauchemar.


Elle n'avait que 24 ans, tout l'enthousiasme du monde et l'avenir devant elle. Elle a signé rapidement avec l'agence qui l'avait repérée dans une rue de Tokyo et lui promettait d'apparaßtre dans des films publicitaires.
Mais dĂšs le premier jour, la jeune femme a compris que son travail consisterait Ă  avoir des rapports sexuels sous l'oeil des camĂ©ras. "Je ne pouvais pas enlever mes vĂȘtements. Je ne faisais que pleurer", a-t-elle racontĂ© Ă  l'AFP. "Ils Ă©taient une vingtaine autour de moi. Aucune femme entourĂ©e de cette maniĂšre n'aurait pu dire +non+".
Maintenant ùgée de 30 ans, elle fait partie d'un nombre croissant de femmes qui sortent de l'ombre pour faire savoir qu'elles ont été engagées sous la contrainte dans l'industrie japonaise de la pornographie, forte de milliards d'euros de chiffre d'affaires et productrice, selon les chiffres du secteur, d'une trentaine de milliers de films par an.
- 'Piégées' -
Des témoignages de femmes forcées d'avoir des relations sexuelles parfois brutales ont conduit le secteur à diffuser des excuses sans précédent et à promettre des changements.
Ce mea culpa inattendu faisait suite Ă  l'arrestation en juin de trois agents recruteurs accusĂ©s d'avoir obligĂ© une femme Ă  apparaĂźtre dans plus de 100 vidĂ©os pornographiques. Comme Saki Kozai, elle pensait qu'elle allait ĂȘtre mannequin.
Une autre victime interviewée par l'AFP dit avoir été leurrée par un agent qui lui promettait de l'aider à devenir chanteuse. "L'agence a mis des mois à me convaincre", raconte-t-elle, disant avoir signé un contrat qui ne décrivait pas clairement la nature de son travail.
"Le jour venu, j'ai dit que je ne pouvais pas le faire. Et quand je l'ai finalement fait, ça a fait trĂšs mal mais l'Ă©quipe de production ne voulait pas arrĂȘter", raconte la jeune femme Ă  prĂ©sent ĂągĂ©e de 26 ans.
L'association japonaise Lighthouse, qui lutte contre le trafic d'ĂȘtres humains, dit avoir Ă©tĂ© contactĂ©e sur le seul premier semestre 2016 par 60 actrices cherchant Ă  fuir leurs employeurs, bien plus que l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente. "Et nous pensons que ce n'est que la pointe de l'iceberg", dit sa porte-parole Aiki Segawa. "Beaucoup se sentent coupables, persuadĂ©es que ce qui s'est passĂ© est de leur faute. Elle ne sont pas forcĂ©ment toutes victimes d'abus ou enfermĂ©es mais sont plutĂŽt piĂ©gĂ©es".
- Chantage -
Saki Kozai est devenue dépendante des tranquillisants et s'est trouvée isolée aprÚs avoir été convaincue par son agence de rompre les liens avec sa famille pour se consacrer à sa carriÚre.
"Je ne pouvais plus prendre une décision rationnelle", se souvient-elle. Elle a fini par quitter l'agence mais continue de jouer dans des films à caractÚre pornographique en tant qu'actrice indépendante.
Un rapport de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Now, basée à Tokyo, a établi une liste des stratagÚmes inventés par les recruteurs pour rendre leurs proies captives: ils les menacent de pénalités financiÚres exorbitantes si elles tentent de se libérer de leurs contrats aux formulations vagues ou les persuadent qu'elles ne trouveront jamais d'autre emploi ailleurs que dans la pornographie une fois associées à ce secteur dans l'esprit du public.
Il arrive aussi que les recruteurs débarquent sur des campus universitaires ou chez une de leurs recrues pour exiger des sommes énormes de leurs parents si elles refusent de travailler, peut-on lire dans le document.
L'an dernier, le tribunal du district de Tokyo a mis fin Ă  la tentative d'une agence d'extorquer 24 millions de yens (213.000 euros au cours actuel) Ă  une femme qui refusait d'apparaĂźtre dans un film pornographique, une victoire judiciaire rare.
Une femme citĂ©e dans le rapport a subi Ă  plusieurs reprises de la chirurgie esthĂ©tique pour Ă©chapper Ă  son passĂ©. Une autre s'est pendue alors qu'elle venait de dĂ©cider d'engager un avocat pour empĂȘcher la distribution de films dans lesquels elle apparaissait.
"Si je peux servir d'exemple, d'autres filles qui connaissent les mĂȘmes problĂšmes pourraient ĂȘtre sauvĂ©es", espĂšre Saki Kozai qui prĂ©voit d'engager des poursuites contre son ancien employeur.

Par Natsuko FUKUE - © 2016 AFP
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