Birmanie

Au moins 107 morts dans la journée la plus sanglante depuis le coup d'Etat

  • PubliĂ© le 28 mars 2021 Ă  16:01
  • ActualisĂ© le 28 mars 2021 Ă  16:19
Une femme birmane éplorée lors des funérailles de Kyaw Win Maung, une des nombreuses victimes de la répression samedi, le 28 mars 2021 à Mandalay

Les manifestants sont descendus dans la rue dimanche en Birmanie au lendemain de la journée de répression la plus sanglante depuis le coup d'Etat du 1er février, avec au moins 107 morts dont sept enfants, des violences fermement condamnées par la communauté internationale.

Les militants pour le rĂ©tablissement de la dĂ©mocratie avaient appelĂ© Ă  de nouvelles manifestations samedi, jour oĂč l'armĂ©e organise tous les ans un gigantesque dĂ©filĂ© devant le chef de l'armĂ©e, dĂ©sormais Ă  la tĂȘte de la junte, le gĂ©nĂ©ral Min Aung Hlaing. Samedi soir, Min Aung Hlaing et sa femme ont diverti des dignitaires, dont le vice-ministre russe de la DĂ©fense, Alexandre Fomine, lors d'un somptueux dĂźner en plein air Ă  Naypyidaw.

Le journal officiel The Mirror a rapporté qu'un concert avait été donné ainsi qu'un spectacle de drones représentant Min Aung Hlaing en train de saluer. Les Nations Unies ont estimé le nombre de morts de samedi à 107 personnes - dont sept enfants - mais s'attendent à ce que ce bilan augmente encore. Les médias locaux font état de 114 morts. Un précédent bilan faisait état d'au moins 90 morts.

"Les actions honteuses, lĂąches et brutales de l'armĂ©e et de la police - qui ont Ă©tĂ© filmĂ©es en train de tirer sur des manifestants alors qu'ils fuyaient et qui n'ont mĂȘme pas Ă©pargnĂ© les jeunes enfants - doivent ĂȘtre immĂ©diatement stoppĂ©es", ont dĂ©clarĂ© deux hautes responsables de l'ONU, Michelle Bachelet et Alice Wairimu Nderitu, dans une dĂ©claration commune.

Le nombre de morts depuis le coup d'Etat du 1er fĂ©vrier est passĂ© Ă  au moins 423, selon l'AAPP, une ONG locale qui recense le nombre des morts depuis le putsch. Dimanche, les Birmans sont une nouvelle fois descendus dans les rues de Rangoun et d'autres villes pour rĂ©clamer le retour Ă  la dĂ©mocratie, et de nombreuses funĂ©railles devaient avoir lieu Ă  travers le pays, qui se remet de sa journĂ©e la plus sanglante depuis le putsch. "Une fille a reçu une balle dans la tĂȘte et est dĂ©cĂ©dĂ©e Ă  l'hĂŽpital, tandis que deux hommes ont Ă©tĂ© abattus sur place", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP un secouriste de la ville de Monywa.

À Hlaing, un quartier de Rangoun, garçon de 16 ans a perdu la main dans une explosion, en essayant de renvoyer une grenade lancĂ©e par les forces de sĂ©curitĂ© sur les manifestants, a dĂ©clarĂ© un secouriste. À Mandalay, la famille d'Aye Ko, un pĂšre de quatre enfants, tuĂ© dans la nuit de samedi Ă  dimanche, lui a rendu hommage lors d'une cĂ©rĂ©monie.
"Il était le seul à nourrir la famille, le perdre est une grande perte pour nous", a déclaré un proche à l'AFP.

- Blinken "horrifié" -

Les chefs des forces de défense de 12 pays, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon et l'Allemagne, ont condamné dans la nuit de samedi à dimanche l'utilisation de la force par l'armée birmane contre des civils "non armés". "Une armée professionnelle suit les normes internationales de conduite et a la responsabilité de protéger le peuple qu'elle sert, non de lui nuire", indiquent-ils dans un rare communiqué conjoint.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken s'est dit "horrifié" par la "terreur" que font régner les militaires birmans. Son homologue britannique Dominic Raab a estimé que la junte avait franchi un "nouveau palier" dans la répression.

L'ambassade américaine à Rangoun a demandé à ses citoyens de limiter leurs mouvements dimanche, les appelant à la "prudence" s'ils devaient voyager. Le centre culturel américain de Rangoun a été la cible de coups de feu samedi. L'armée a utilisé des balles réelles dans plus de 40 cantons de neuf régions, y compris à Rangoun, la plus grande ville du pays, selon l'AAPP.

- Acte "d'inhumanité grave" -

"Les forces de la junte ont tiré à l'arme automatique sur les zones résidentielles, tuant de nombreux civils, dont six enfants entre dix et seize ans", a déclaré l'ONG. "Le fait que le régime militaire illégitime vise les enfants est un acte d'inhumanité grave".

ParallÚlement, un groupe de rebelles armés de la minorité ethnique des Karens, l'Union nationale karen, a affirmé avoir été bombardé par des chasseurs de la junte dans l'est samedi, quelques heures aprÚs que le groupe rebelle s'est emparé d'une base militaire.

Hsa Moo, de l'ethnie karen et militante des droits de l'homme, a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP que trois personnes avaient Ă©tĂ© tuĂ©es et au moins huit blessĂ©es. Il s'agit de la premiĂšre attaque aĂ©rienne dans cet Etat depuis 20 ans. La cible, la cinquiĂšme brigade de l'Union nationale karen (KNU), est l'un des plus grands groupes armĂ©s du pays et affirme reprĂ©senter le peuple karen. De nouvelles frappes aĂ©riennes dimanche ont poussĂ© 2000 personnes de deux villages de l'État de Karen Ă  traverser la frontiĂšre thaĂŻlandaise pour se mettre Ă  l'abri, selon Hsa Moo.
AFP

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