Birmanie

Au moins 14 morts dans la répression de nouvelles manifestations

  • PubliĂ© le 27 mars 2021 Ă  10:45
  • ActualisĂ© le 27 mars 2021 Ă  12:51
Des soldats birmans participent à une parade militaire, le 27 mars 2021 à Naypyidaw (capture d'écran via AFPTV d'images diffusées par Myawaddy TV)

Au moins quatorze manifestants ont Ă©tĂ© tuĂ©s samedi dans la rĂ©pression de nouvelles manifestations pro-dĂ©mocratie en Birmanie, oĂč l'armĂ©e s'est livrĂ©e Ă  une dĂ©monstration de force, faisant dĂ©filer un impressionnant arsenal dans la capitale Naypyidaw.


La Birmanie est traversĂ©e par une grave crise depuis que la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi a Ă©tĂ© Ă©vincĂ©e du pouvoir par un coup d'Etat militaire le 1er fĂ©vrier. Les militants pro-dĂ©mocratie avaient appelĂ© Ă  une nouvelle sĂ©rie de manifestations samedi, jour oĂč l'armĂ©e organise tous les ans un gigantesque dĂ©filĂ© militaire devant le chef de l'armĂ©e dĂ©sormais chef de la junte au pouvoir, le gĂ©nĂ©ral Min Aung Hlaing.

Aux premiĂšres heures du jour, des milliers de soldats, des chars, des missiles et des hĂ©licoptĂšres se sont succĂ©dĂ© sur une immense esplanade oĂč Ă©tait rĂ©uni un parterre de gĂ©nĂ©raux et leurs invitĂ©s, parmi lesquels des dĂ©lĂ©gations russe et chinoise. Le gĂ©nĂ©ral Min Aung Hlaing a de nouveau dĂ©fendu l'organisation du coup d'Etat en raison de la fraude Ă©lectorale prĂ©sumĂ©e lors des Ă©lections de novembre, remportĂ©es par le parti d'Aung San Suu Kyi, et a jurĂ© qu'un "transfert de responsabilitĂ© de l'État" se produirait aprĂšs des Ă©lections.

"Le Tatmadaw (l'armée birmane, ndlr) recherche l'engagement de toute la nation", a-t-il déclaré dans un discours, ajoutant que les actes de "terrorisme qui peuvent nuire à la tranquillité et à la sécurité de l'Etat" sont inacceptables.

Avant l'aube, les forces de sĂ©curitĂ© avaient dĂ©jĂ  rĂ©primĂ© les manifestants dans plusieurs villes du pays. A Rangoun, la capitale Ă©conomique, des panaches de fumĂ©e se sont Ă©levĂ©s au-dessus de la ville, devenue un point chaud ces derniĂšres semaines. Un rassemblement nocturne devant un poste de police dans le sud de la ville - oĂč des manifestants ont appelĂ© Ă  la libĂ©ration de leurs amis - est devenu violent vers minuit et les tirs ne se sont arrĂȘtĂ©s que vers 4 heures du matin, a dĂ©clarĂ© une habitante. Au moins cinq manifestants sont morts, dont un jeune homme de 20 ans. "Nous allons Ă  ses funĂ©railles aujourd'hui", a-t-elle dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP. "Les conditions sur le terrain sont trĂšs effrayantes pour le moment."

- "Je suis fier de mon fils" -

PrĂšs de la prison d'Insein, un rassemblement avant l'aube - oĂč les manifestants portaient des casques de vĂ©lo et Ă©taient protĂ©gĂ©s par des barricades de sacs de sable - a sombrĂ© dans le chaos lorsque les soldats ont commencĂ© Ă  tirer. Au moins un d'entre eux a Ă©tĂ© tuĂ© - un policier de 21 ans, Chit Lin Thu, qui avait rejoint le mouvement anti-coup d'État. "Il a reçu une balle dans la tĂȘte et il est mort chez lui", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP son pĂšre Joseph. "Je suis extrĂȘmement triste pour lui, mais en mĂȘme temps, je suis fier de mon fils".

A Wundwin, dans la région de Mandalay (centre), un médecin a confirmé la mort de deux manifestants, tandis que la police et les soldats ont ouvert le feu sur un rassemblement d'étudiants à Lashio, dans l'Etat de Shan (nord-est). "Les gens n'avaient pas commencé à manifester, aucun slogan n'avait été prononcé. L'armée et la police sont arrivées et leur on tiré dessus à balles réelles sans lancer aucun avertissement", a raconté à l'AFP Mai Kaung Saing, un journaliste local.

Un sauveteur a confirmé qu'au moins trois manifestants étaient morts - corroborant les informations des médias locaux - mais son équipe n'a pas été en mesure de retirer les corps.
A Meiktila (centre), deux manifestants ont trouvé la mort, "un homme de 35 ans et une fille de 14 ans", a déclaré à l'AFP Thura Lwin OO, un secouriste.
Enfin à Nyaung-U prÚs de Bagan, célÚbre site classé à l'UNESCO, un guide touristique a été tué par balles alors qu'il participait à une manifestation.

- "Ne mourez pas en vain" -

Le Comité représentant Pyidaungsu Hluttaw (CRPH), un groupe de parlementaires évincés travaillant dans la clandestinité contre la junte, a condamné la démonstration de puissance aprÚs sept semaines sanglantes. "Nous ne devons pas laisser ces généraux permettre des célébrations aprÚs avoir tué nos frÚres et s?urs", a déclaré son envoyé spécial aux Nations Unies, surnommé le Dr Sasa.

S'exprimant lors d'un live Facebook qui a été suivi par la diaspora birmane dans le monde entier, son discours a suscité plus de 20.000 réactions. "Ils sont l'ennemi de la démocratie". Nous ne nous rendrons jamais (...) tant que la liberté ne sera pas acquise à notre peuple" a déclaré Sasa.

Vendredi soir, la tĂ©lĂ©vision d'Etat avait diffusĂ© un message appelant les jeunes Ă  cesser de participer Ă  un "mouvement violent". "Apprenez la leçon de ceux qui sont morts aprĂšs avoir Ă©tĂ© touchĂ©s Ă  la tĂȘte et dans le dos... ne mourez pas en vain", disait-il.

Selon un groupe de dĂ©fense de prisonniers politiques, 320 personnes ont trouvĂ© la mort dans les troubles depuis le putsch, et plus de 3.000 ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es. La brutalitĂ© de la rĂ©pression a entraĂźnĂ© sur la scĂšne internationale une sĂ©rie de condamnations et de sanctions touchant les avoirs de nombreux militaires puissants, dont leur chef, mais la pression diplomatique a eu jusqu'ici peu d'impact.

AFP

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