GrĂšce

Au pied de l'Acropole, une niche cycladique résiste au temps

  • PubliĂ© le 21 juillet 2018 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 21 juillet 2018 Ă  06:32
Le quartier d'Anafiotika situé dans la zone archéologique de l'Acropole, le 10 juillet 2018 à AthÚnes, en GrÚce

"L'Acropole?... c'est par là": les habitants d'Anafiotika ne se lassent pas de répondre quotidiennement aux touristes perdus dans les ruelles de leur minuscule et méconnu quartier à l'architecture cycladique, incrusté dans le rocher sacré.

Maisons blanches, fenĂȘtres lilliputiennes comme c'est la tradition dans les Cyclades venteuses de la mer EgĂ©e, cette centaine d'habitations en pierre de 50 m2 environ, toutes simples, sont construites sur le versant nord-est du site antique de l'Acropole et de ses temples illustres comme le ParthĂ©non, haut-lieu touristique du pays.

"Nous n'avions aucune idée de ce quartier, si particulier, et c'est par hasard que nous l'avons découvert en descendant du Parthénon", se réjouit Mila Mihaylova, touriste bulgare de 25 ans, qui profite de l'ombre du jasmin grimpant sur les murs des courettes pour se protéger du soleil.

Anafiotika est l'un des vieux quartiers populaires du centre historique de l'AthÚnes moderne, avec une édification remontant à 1834. "A l'époque, des ouvriers des Cyclades en mer Egée et surtout de l'ßle d'Anafi, connue pour ses tailleurs de pierre, ont été appelés par le roi Othon Ier pour reconstruire AthÚnes, capitale du jeune Etat grec" d'alors, rappelle Eri Paklatzidi, ingénieure civile du service archéologique d'AthÚnes. AthÚnes avait en effet été détruite aprÚs la guerre d'indépendance (1821-1829) contre les Ottomans et "ces ouvriers devaient alors construire les bùtiments officiels, dont le palais royal, devenu aprÚs l'abolition de la monarchie en 1973 la résidence du Président de la République", précise-t-elle.

Voyage dans le temps

Pour loger leurs familles, les Anafiotes ont alors construit leurs maisons dans le style de leur ßle, et à la limite de la légalité, au pied du rocher de l'Acropole et à la lisiÚre du centre historique et trÚs touristique de Plaka, quartier bourgeois de style néoclassique. "Anafiotika a une valeur historique, c'est un voyage dans le temps représentant l'architecture populaire avec des éléments cycladiques", explique l'architecte Panayiotis Paraskevopoulos, habitant de Plaka.
Au fil des ans, certaines de ces maisons ont été abandonnées ou récupérées par de nouveaux locataires, et il reste aujourd'hui peu de descendants des familles anafiotes.

A la fin des années 60, les maisons ont été intégrées dans la zone archéologique d'AthÚnes et une vingtaine ont été démolies trente ans plus tard pour permettre la restitution de l'ancienne promenade pédestre autour de l'Acropole, dans le cadre du lifting général de la capitale en vue des jeux Olympiques d'été 2004.
Cependant, la plus grande partie du quartier a été sauvegardée aprÚs avoir été érigée au rang de "patrimoine architectural" par le ministÚre de la Culture.

Une décision qui implique une série de restrictions et réglementations en cas de rénovation, toute extension ou construction supplémentaire ayant été interdite. "Désormais le ministÚre est propriétaire de cette zone" et veille à la préservation de ces maisons, souligne Mme Paklatzidi. Mais en réalité ce sont surtout les quelque 40 familles y résidant toujours qui veillent sur la survie du quartier, s'accordent à dire autorités et experts.

La menace Airbnb

L'infrastructure de la majoritĂ© de ces maisons reste "basique et ne rĂ©pond pas souvent aux critĂšres modernes de logement, mais la tĂ©nacitĂ© et l'attachement des habitants Ă  leur quartier" empĂȘchent leur Ă©croulement, indique M. Paraskevopoulos.

De leur cĂŽtĂ©, les habitants peinent souvent Ă  faire face Ă  la bureaucratie et s'inquiĂštent de la tendance Ă  l'exploitation de la zone, l'une des plus touristiques du pays. "Ce n'est pas facile Ă  vivre, ici", avoue Alexandra Katsourani, rĂ©sidente depuis une trentaine d'annĂ©es Ă  Anafiotika et membre d'un comitĂ© de protection du quartier. "Nous nous battons pour maintenir nos maisons: il faut Ă  la fois respecter les rĂ©glementations avec des moyens financiers limitĂ©s et surtout veiller Ă  empĂȘcher toute tentative de nous transformer en Airbnb" gĂ©ant, dĂ©plore-t-elle.

Le ministĂšre de la Culture se veut rassurant et l'exploitation commerciale de la zone en hĂŽtels ou restaurants est interdite. Mais beaucoup d'habitants s'inquiĂštent que certains nouveaux locataires puissent cĂ©der Ă  la tentation de faire une exploitation touristique de leur maison, et que les assurances du ministĂšre restent "lettre morte". C'est que "toute la GrĂšce a Ă©tĂ© bradĂ©e ces derniĂšres annĂ©es...", rappelle Alexandra Katsourani, en allusion aux privatisations tous azimuts (des sociĂ©tĂ©s publiques aux biens immobiliers de l'Etat) pendant les huit derniĂšres annĂ©es de crise, rĂ©clamĂ©es par les crĂ©anciers de la GrĂšce en Ă©change des prĂȘts internationaux.

AFP

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