L'ONU réclame un "cessez-le-feu humanitaire"

Au Yémen en guerre, la famine frappe et tue des enfants

  • PubliĂ© le 28 octobre 2018 Ă  13:11
  • ActualisĂ© le 28 octobre 2018 Ă  13:42
Un enfant yéménite souffrant de malnutrition. Photo prise le 6 octobre 2018 dans un hÎpital de Sanaa

Ahmed Hassan hurle de douleur au moment oĂč le mĂ©decin le pose dĂ©licatement sur une balance pour le peser. Le visage et le corps dĂ©charnĂ©s, ce bĂ©bĂ© yĂ©mĂ©nite de quelques mois est affamĂ©.

A l'hĂŽpital Sabaeen de Sanaa, les infirmiĂšres prĂ©parent du lait en poudre et remplissent des seringues, rationnant ainsi les portions donnĂ©es aux enfants malnutris qui arrivent pour des traitements d'urgence. Parfois mĂȘme incapables d'avaler tellement leur corps est affaibli, les enfants sont nourris Ă  l'aide de sondes. "La vie est devenue trĂšs difficile (...) mais nous faisons de notre mieux, compte tenu des circonstances", confie Oum Tarek, dont le bĂ©bĂ© de neuf mois est pris en charge pour malnutrition.

"Nous ne sommes pas d'ici, nous louons une trĂšs vieille maison pour 10.000 riyals (environ 35 euros) Ă  Hiziaz", au sud de Sanaa, dit-elle Ă  l'AFP.
Son bébé, raconte-t-elle, est tombé malade car elle n'avait plus les moyens de lui acheter du lait en poudre, compte tenu de l'importante somme que représente la location de la maison.

Les quatre annĂ©es de guerre entre le gouvernement yĂ©mĂ©nite et les rebelles Houthis ont plongĂ© le pays au bord d'une "famine gĂ©ante et imminente", selon l'ONU qui estime que 14 millions de personnes --soit la moitiĂ© de la population-- pourraient en ĂȘtre victimes. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a affirmĂ© lundi que le risque de famine au YĂ©men est "plus important que tout ce qu'un professionnel du secteur a pu voir au cours de sa carriĂšre professionnelle".

- "Porte de la mort" -

A l'hĂŽpital de Sabaeen, le pĂ©diatre Charaf Nachwan affirme que certaines familles n'ont mĂȘme pas les moyens de payer le transport pour arriver Ă  la clinique. "Leurs enfants sont donc laissĂ©s des jours, des semaines, souffrant de malnutrition, jusqu'Ă  ce que quelqu'un les aide avec un peu d'argent. A ce stade, nous faisons face Ă  des cas trĂšs graves", se dĂ©sole-t-il.

Depuis l'intervention en mars 2015 d'une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite en soutien au gouvernement yéménite, le conflit a fait selon l'ONU prÚs de 10.000 morts --des ONG de défense des droits humains estimant que le bilan serait cinq fois plus important--, en majorité des civils, et provoqué la pire crise humanitaire au monde.

L'ONU a réclamé cette semaine "un cessez-le-feu humanitaire" autour des installations participant à la distribution d'aide alimentaire, mais ni les rebelles soutenus par l'Iran, ni Ryad et ses alliés ne semblent avoir répondu à l'appel. Les deux parties se disputent le contrÎle du pays qui partage une frontiÚre avec l'Arabie saoudite et possÚde plusieurs ports stratégique.

Les rebelles contrĂŽlent la capitale Sanaa et d'importantes rĂ©gions dans le nord et l'ouest du pays, oĂč se trouve notamment la ville de Hodeida. PrĂšs des trois quarts de l'aide humanitaire entrant au YĂ©men transite par son port. La coalition sous commandement saoudien, qui contrĂŽle l'espace aĂ©rien au YĂ©men, impose un blocus quasi-total Ă  ce port, ainsi qu'Ă  l'aĂ©roport de la capitale.

Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une baisse de 2,6% de la croissance du Yémen en 2018, tandis que l'inflation devrait atteindre 42%.
Face à cette situation, le docteur Nachwan assure que le personnel médical fait son maximum pour sauver les enfants. "Les cas que nous traitons ici à l'hÎpital sont graves. A la porte de la mort parfois. Nous faisons notre travail, nous faisons tout ce que nous pouvons pour rendre (aux enfants) leur santé", dit-il. "Certains s'en sortent. D'autres meurent".

- © 2018 AFP

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