Entre la dĂ©nonciation de "mĂ©thodes d'extrĂȘme droite" et des appels Ă son application rapide, le rapport du dĂ©putĂ© Charles Alloncle sur l'audiovisuel public a continuĂ© mardi d'ĂȘtre Ăąprement dĂ©battu avant mĂȘme sa publication.
La commission d'enquĂȘte parlementaire sur l'audiovisuel public a adoptĂ© lundi ce rapport de prĂšs de 400 pages par 12 voix contre 10, malgrĂ© de vives protestations de la gauche. Il sera rendu public lundi prochain.
Le prĂ©sident de cette commission, JĂ©rĂ©mie Patrier-Leitus (Horizons), s'est prononcĂ© pour. Il souhaite que "les Français puissent juger des mĂ©thodes de l'extrĂȘme droite" et "de la maniĂšre dont Charles Alloncle dans un rapport parlementaire insinue, porte des accusations graves" envers des personnes, s'est-il justifiĂ© mardi sur France Inter au sujet du travail de son collĂšgue UDR, alliĂ© du RN.
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s'est pour sa part félicitée sur Europe 1/CNews que "ces travaux voient un aboutissement public".
La commission avait été créée fin octobre dans la foulée de l'affaire Legrand-Cohen, deux journalistes du service public accusés de connivence avec le Parti socialiste aprÚs la diffusion d'une vidéo.
Le rapport, fruit de prĂšs de six mois de travaux et d'auditions sous haute tension, prĂŽne une cure d'austĂ©ritĂ© drastique devant permettre de dĂ©gager plus d'un milliard d'euros, soit un quart des crĂ©dits allouĂ©s par l'Ătat Ă l'audiovisuel public.
Au micro de franceinfo, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a estimĂ© que la commission d'enquĂȘte a Ă©tĂ© "utilisĂ©e" par Charles Alloncle "Ă des fins politiques" pour "porter les idĂ©es du Rassemblement national et d'Eric Ciotti".
Celles-ci "visent à une destruction de l'audiovisuel public", a-t-elle ajouté.
- "transparence" -
Devant la presse, la cheffe de file des députés RN, Marine Le Pen, a considéré "qu'il faut évidemment à tout prix que le gouvernement se penche sur ces préconisations".
Et ce, "d'autant qu'un certain nombre de trĂšs lourds dysfonctionnements sont apparus au cours de cette commission d'enquĂȘte, qui a donc Ă©tĂ© trĂšs utile pour l'information de nos compatriotes".
Les élus RN et LR ont approuvé le rapport, la gauche s'y est opposée et Renaissance et le MoDem se sont abstenus.
"Ce que je regrette et que je déplore, dans ce front pour la censure, c'est que ça dévoile un systÚme d'élus de gauche qui considÚre l'audiovisuel public comme leur petite chose", a accusé Charles Alloncle mardi.
Le RN est favorable à la privatisation de l'audiovisuel public. Charles Alloncle ne fait pas cette recommandation dans son rapport, mais juge que "ce n'est pas en mettant la poussiÚre sous le tapis qu'on arrivera à sauver ces entreprises", France Télévisions et Radio France.
"Rien ne vaut la transparence sur l'utilisation de l'argent des Français", a-t-il ajouté, invité successivement d'Europe 1 et CNews.
Ces deux médias dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré ont pris pour cible l'audiovisuel public ces derniers mois en pointant son coût et un supposé manque de neutralité.
Avant le vote crucial de lundi, Le Monde a révélé que LagardÚre News, propriétaire notamment d'Europe 1, avait envoyé à des députés une série de questions à poser aux personnes auditionnées.
Le prĂ©sident de la commission d'enquĂȘte s'est demandĂ© mardi si M. Alloncle avait pu agir "par consigne ou par commande" de personnes qui voudraient "racheter l'audiovisuel public Ă vil prix".
Les députés MoDem vont travailler à un "contre-rapport" à celui de Charles Alloncle, a indiqué l'un d'eux, Erwan Balanant.
Interrogée par la socialiste Fatiha Keloua-Hachi sur ce document "à charge" du député UDR, la ministre de la Culture Catherine Pégard a affirmé devant l'Assemblée nationale que "l'audiovisuel public est notre bien commun".
Pour le gouvernement, les "vrais dĂ©fis" sont "la menace inquiĂ©tante de la dĂ©sinformation, les fausses informations, les rĂ©seaux sociaux dont le service public peut ĂȘtre l'antidote", a-t-elle dit.
AFP

