Justice

Audition clé de Michel Fourniret dans l'affaire Estelle Mouzin

  • PubliĂ© le 25 aoĂ»t 2020 Ă  16:15
  • ActualisĂ© le 25 aoĂ»t 2020 Ă  16:16
Un avis de recherche lancé aprÚs la disparition d'Estelle Mouzin, sur un mur de Paris, le 15 mars 2003

Audition cruciale dans l'affaire Estelle Mouzin: le tueur en série Michel Fourniret est revenu mardi devant la justice quelques jours aprÚs les déclarations de son ex-épouse l'accusant d'avoir séquestré, violé et étranglé la fillette disparue en 2003.

Dix-sept ans aprĂšs, l'Ă©nigme est-elle en passe d'ĂȘtre rĂ©solue ? Souvent fuyant ou elliptique dans ses rĂ©ponses, "l'Ogre des Ardennes" est entendu depuis 10H00 du matin par la juge d'instruction Sabine Kheris, qui a repris les investigations depuis 2019 et obtenu d'importantes avancĂ©es dans une enquĂȘte longtemps dans l'impasse.

La semaine derniÚre, Monique Olivier, 71 ans, a accusé devant la magistrate son ex-mari d'avoir tué la fillette de 9 ans à Ville-sur-Lumes (Ardennes) en 2003, dans la maison de la s?ur de ce dernier décédée quelques mois plus tÎt, livrant des détails inédits.

Selon son avocat Richard Delgenes, elle a affirmĂ© que Michel Fourniret aurait, le lendemain de la disparition d'Estelle Mouzin en Seine-et-Marne le 9 janvier 2003, regagnĂ© leur domicile de Sart-Custinne, dans les Ardennes belges, Ă  4H00 du matin, les vĂȘtements sales. Il lui aurait racontĂ© les faits, avant de repartir Ă  Ville-sur-Lumes dans les jours suivants.

ParallĂšlement , l'ADN partiel d'Estelle Mouzin, mĂȘlĂ© Ă  d'autres traces, a Ă©tĂ© identifiĂ© rĂ©cemment sur un matelas saisi en 2003 dans la maison de Ville-sur-Lumes, selon Me Delgenes. Mardi, les avocats du tueur en sĂ©rie, qui est en partie passĂ© aux aveux et a Ă©tĂ© mis en examen en novembre dernier pour "enlĂšvement et sĂ©questration suivis de mort", ont toutefois appelĂ© Ă  la "prudence".

"Les informations diffusĂ©es dans la presse Ă  notre grande surprise doivent ĂȘtre abordĂ©es avec prudence et les plus grandes prĂ©cautions pour le respect de la prĂ©somption d'innocence", a dĂ©clarĂ© Ă  des journalistes Me Vincent NiorĂ© en arrivant au tribunal de Paris avec Me CĂ©dric Labrousse, une vingtaine de minutes avant le dĂ©but de l'audition de leur client.

- "MaĂźtre des horloges" -

En mars, Michel Fourniret, dont les dĂ©clarations alambiquĂ©es et les problĂšmes de mĂ©moire compliquent la tĂąche des enquĂȘteurs, avait fini par avouer lors d'un prĂ©cĂ©dent interrogatoire sa responsabilitĂ© dans cette affaire: "Je reconnais lĂ  un ĂȘtre qui n'est plus lĂ  par ma faute", avait-il dĂ©clarĂ© Ă  la magistrate.

L'homme aujourd'hui ĂągĂ© de 78 ans avait aussi estimĂ© "pertinent" le fait que le corps de la fillette puisse ĂȘtre dans l'une de ses anciennes propriĂ©tĂ©s des Ardennes. Mais des fouilles d'ampleur, menĂ©es fin juin pendant quatre jours dans la maison de Ville-sur-Lumes ainsi qu'au chĂąteau du Sautou, une ancienne propriĂ©tĂ© du tueur, n'ont toutefois pas permis de retrouver le cadavre.

La pĂšre de la fillette, Eric Mouzin, a le "dĂ©sir qu'on puisse retrouver le corps de sa fille et qu'on puisse lui donner une sĂ©pulture", a dĂ©clarĂ© mardi un de ses avocats, Me Didier Seban, sur BFMTV. "On peut penser que Michel Fourniret va vouloir reprendre la main sur Monique Olivier", a-t-il ajoutĂ©, soulignant que dans de prĂ©cĂ©dentes affaires dans lesquelles il a Ă©tĂ© condamnĂ©, il avait donnĂ© des dĂ©tails aux enquĂȘteurs aprĂšs des rĂ©vĂ©lations faites par son ex-Ă©pouse.

"Ca sera une maniĂšre pour lui d'ĂȘtre celui qui fait avancer l'enquĂȘte, celui qui est le maĂźtre des horloges", a poursuivi l'avocat, tout en observant que la "perversitĂ©" de Michel Fourniret Ă©tait "sans limite" et qu'il pourrait aussi ne rien dire.

La piste Fourniret avait Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e Ă  partir de son arrestation en juin 2003 en Belgique aprĂšs une tentative d'enlĂšvement. Mais les enquĂȘteurs l'avaient mis hors de cause en 2007. "La France ne sait pas enquĂȘter sur les tueurs en sĂ©rie", a regrettĂ© Me Seban, qui a saluĂ© le travail effectuĂ© par la juge Kheris depuis sa reprise en main du dossier.

Celle-ci enquĂȘte par ailleurs sur la disparition de Marie-AngĂšle Domece en 1988 et la mort de Joanna Parrish en 1990, que le tueur en sĂ©rie a avouĂ©es en 2018, et a Ă©galement rĂ©cupĂ©rĂ© les investigations sur la disparition en 1993 de Lydie LogĂ©.

Michel Fourniret purge une peine de prison à perpétuité incompressible, depuis qu'il a été déclaré coupable en 2008 des meurtres de sept jeunes femmes ou adolescentes entre 1987 et 2001. Il a de nouveau été condamné en 2018 pour un assassinat crapuleux.

AFP

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