Commerce international

avertissement de Pékin contre Washington et protestations du G7

  • PubliĂ© le 3 juin 2018 Ă  12:35
  • ActualisĂ© le 3 juin 2018 Ă  15:29
Le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross (g) et le vice-Premier ministre chinois Liu He, le 3 juin 2018 à Pékin

La Chine a prĂ©venu dimanche l'administration Trump qu'aucun compromis commercial ne serait possible en cas de sanctions douaniĂšres amĂ©ricaines, alors mĂȘme que les alliĂ©s de Washington ont unanimement protestĂ© lors d'un G7 Finances contre la politique commerciale agressive des Etats-Unis.


"Si les Etats-Unis introduisent des sanctions commerciales, y compris en relevant leurs droits de douane, alors tous les fruits des négociations commerciales et économiques (entre les deux puissances) deviendront sans effet", a menacé l'agence étatique Chine Nouvelle lors d'une visite à Pékin du sécrétaire américain au commerce Wilbur Ross.

A Whistler, dans l'ouest du Canada, une réunion des grands argentiers du G7 s'est conclue samedi sans déclaration commune, sur fond d'exaspération unanime contre les Etats-Unis aprÚs la décision du président Donald Trump d'imposer des taxes sur l'acier et l'aluminium en provenance de l'Union européenne, du Canada et du Mexique.

De quoi renforcer encore le spectre d'une guerre commerciale: le G7 a Ă©tĂ© "tendu et difficile", a rĂ©sumĂ© le ministre français Bruno Le Maire, estimant que cette rĂ©union avait Ă©tĂ© un "G6 + 1", avec des États-Unis "seuls contre tous, faisant courir le risque de dĂ©stabilisation Ă©conomique Ă  la planĂšte".
L'Union européenne et le Canada ont d'ores et déjà saisi l'Organisation mondiale du commerce (OMC) tandis que le Mexique a adopté des représailles sur des produits américains.

Face à la Chine, l'administration Trump souffle également le chaud et le froid, au risque là aussi d'enclencher des engrenages de sanctions réciproques.
Alors que les deux premiÚres puissances économiques mondiales avaient annoncé courant mai un armistice dans leur différend commercial, la Maison Blanche a remis sur la table mardi la menace de droits de douane punitifs sur des importations de produits chinois représentant 50 milliards de dollars par an.

Le rĂ©gime communiste a aussitĂŽt dĂ©noncĂ© une "volte-face" de Washington et menacĂ© de prendre des "mesures fermes" afin de protĂ©ger ses intĂ©rĂȘts.
C'est dans ce contexte tendu que Wilbur Ross était en visite samedi et dimanche à Pékin pour reprendre les négociations destinées à rééquilibrer les échanges bilatéraux.

Il a salué dimanche devant la presse des discussions "amicales et franches" avec le vice-Premier ministre Liu He, un trÚs proche du président Xi Jinping et grand orchestrateur de la politique économique du pays.

Certes, Ă  l'issue de ces nouveaux pourparlers, M. Liu, citĂ© par Chine nouvelle, s'est fĂ©licitĂ© d'"avancĂ©es positives et concrĂštes", qui "restent Ă  ĂȘtre confirmĂ©es", dans des secteurs "comme l'Ă©nergie et l'agriculture" -- la Chine se disant Ă©galement "prĂȘte Ă  accroĂźtre ses importations" de produits amĂ©ricains. Mais PĂ©kin a dans le mĂȘme temps livrĂ© une mise en garde cinglante Ă  Washington: les discussions sino-amĂ©ricaines "partent du principe que les deux parties ne doivent pas se prendre Ă  revers et se mener une guerre commerciale", a martelĂ© Chine nouvelle.

-'Changements structurels' -

Les Etats-Unis réclament une ouverture accrue du marché chinois et la réduction de 200 milliards de dollars par an de l'abyssal déficit de leurs échanges avec la Chine (375 milliards de dollars en 2017): le régime communiste n'a pas approuvé ce montant, que certains économistes jugent "irréaliste".

Par ailleurs, Donald Trump dénonce réguliÚrement les pratiques commerciales "déloyales" de Pékin, fustigeant les barriÚres réglementaires restreignant les investissements étrangers et les transferts de technologie "imposés" aux entreprises américaines. Sur ces terrains, Washington réclame donc à Pékin des "changements structurels", a martelé samedi le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin en marge de la réunion du G7 Finances.

"S'il y a des changements structurels qui garantissent à nos entreprises une concurrence libre (dans le pays), alors cela agira sur le déficit commercial", a-t-il plaidé.
La Chine, critiquĂ©e pour son manque supposĂ© d'ouverture, s'attache nĂ©anmoins Ă  prĂ©senter des gages de sa bonne volontĂ©. Elle a ainsi annoncĂ© mercredi de nouvelles baisses de droits de douanes sur plusieurs gammes de produits (vĂȘtements, chaussures, cosmĂ©tiques, Ă©lectromĂ©nager), peu aprĂšs des rabais fiscaux dĂ©voilĂ©s sur les automobiles importĂ©es, et assure vouloir renforcer la protection de la propriĂ©tĂ© intellectuelle.

Sans sembler toutefois inflĂ©chir l'intransigeance amĂ©ricaine: au moment oĂč les discussion du G7 Finances s'achevaient Ă  Whistler, et oĂč Wilbur Ross reprenait les pourparlers Ă  PĂ©kin, Donald Trump a publiĂ© de nouveaux tweets fustigeant le libre-Ă©change. Avec un dĂ©ficit de biens de quelque 800 milliards de dollars, les Etats-Unis ont Ă©tĂ© "arnaquĂ©s par les autres pays depuis des annĂ©es", a-t-il estimĂ©.

AFP

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