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Bangladesh: dans les Sunderbans, la difficile protection des tigres du Bengale

  • PubliĂ© le 29 avril 2026 Ă  01:32
Un tigre du Bengale dans son enclos du  zoo national de Dacca, le 7 avril 2026 au Bangladesh

Pendant des siÚcles, il a été le roi des Sundarbans.

FĂ©roce, redoutĂ© et cĂ©lĂ©brĂ©. Mais le rĂšgne du tigre sur cette immense mangrove du sud du Bangladesh s'achĂšve peut-ĂȘtre, sous les coups conjuguĂ©s des humains et du changement climatique.
Abdul Goni Gazi est l'un des premiers à avoir tiré le signal d'alarme. A 45 ans, cet homme - surnommé "Goni Tiger" - a dédié sa vie à la coexistence des félins et de la population.
Souvent au péril de sa vie, nuance-t-il. Malgré la peur, cet infatigable militant revendique aujourd'hui avoir sauvé 36 tigres du Bengale des fusils ou des piÚges humains et 106 résidents des griffes de l'animal.
Mais à rebours des succÚs obtenus avec leurs cousins du Népal - leur population y a triplé depuis 2010 - les efforts de préservation peinent à se concrétiser dans le delta du Gange.
"Leur nombre atteint aujourd'hui 125", compte Abdul Goni Gazi. "Si nous voulons que les Sundarbans survivent, et avec eux les milliers de gens qui en dépendent, nous avons besoin des tigres du Bengale".
Lors d'un sommet en 2010 à Saint-Pétersbourg, le Bangladesh s'était engagé à tout faire pour doubler la population de ses fauves, à l'époque estimée selon une méthode empirique à 414 individus.
Cinq ans plus tard, un recensement photographique nettement plus précis a ramené leur nombre à 106. Puis à 114 en 2018 et 125 en 2024.
- Braconnage -
Une progression de deux tigres par an en moyenne, jugée insuffisante au regard des millions de dollars engagés par Dacca. Le dernier plan (2022-2025) de protection a coûté au gouvernement 4,2 millions de dollars sur trois ans.
Conservateur en chef des forĂȘts, Amir Hossain Chowdhury attribue d'abord ces difficultĂ©s Ă  la patte humaine.
Selon lui, la montée des eaux de la mer et la salinité croissante des sols qui en résultent ont détérioré les terres agricoles et poussé les habitants à empiéter sur le territoire des tigres.
Sans conflit majeur depuis 2018, assure un garde forestier, AZM Hasanut Rahman. Mais "l'empreinte humaine s'est élargie et a dégradé les conditions de vie de nombreuses espÚces, dont les tigres", résume M. Chowdhury.
La chasse et le braconnage constituent l'autre menace qui pÚse sur les félins.
La Constitution du Bangladesh garantit depuis 1972 la protection de la biodiversité. Et depuis 2012, une loi punit ceux qui tuent un éléphant ou un tigre de sept ans d'emprisonnement et d'une lourde amende.
Dissuasif ? Apparemment pas. En janvier encore, un tigre du Bengale a été retrouvé pris dans un piÚge.
Les braconniers continent Ă  hanter les forĂȘts en quĂȘte de peau, de dents ou d'os de tigres, prisĂ©s des tenants de la mĂ©decine traditionnelle chinoise ou des collectionneurs du monde entier.
Selon l'expert Nasir Uddin, plusieurs groupes criminels se partagent ce juteux marché.
- "EcosystÚme menacé" -
"Parfois, ils tuent des tigres sur un ordre venu du Bangladesh ou d'ailleurs. Parfois ils le font aussi pour se protéger des tigres qui pourraient les attaquer", détaille-t-il.
La chasse d'autres proies menace également les félins, comme celle des cerfs, qui constituent 80% de leur régime. Une étude a estimé en 2013 à 11.000 le nombre de cerfs abattus chaque année dans la région.
"Si un tigre est tué dans les Sundarbans, tout l'équilibre de l'écosystÚme est menacé. Et si un cerf est tué, c'est toute la chaßne alimentaire qui est perturbée", résume le Pr. Aziz. "Ca peut pousser le tigre à s'approcher des villages et à les attaquer".
Et le dérÚglement climatique n'arrange rien. En plus d'accélérer la montée des eaux et d'augmenter le nombre d'épisodes météorologiques violents, il redessine ou élargit les lits des cours d'eau, perturbant les zones de chasse des félins.
"On leur a creusé des mares pour qu'ils puissent boire, mais on a vu des braconniers y déposer de la nourriture empoisonnée", souligne le conservateur Chowdhury.
Le nombre de tigres répertoriés dans le monde est passé de 3.200 en 2010 à plus de 5.500 en 2023, selon le Fonds mondial pour la nature (WWF).
Alors, en dĂ©pit de ces difficultĂ©s, le Dr Abishek Harihar, de l'ONG Panthera, reste optimiste. "Les efforts de prĂ©servation ont empĂȘchĂ© la chute du nombre de tigres et permettront peut-ĂȘtre la survie de l'espĂšce Ă  long terme".

Par Sheikh Sabiha ALAM - © 2026 AFP
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