Barack Obama se rendra fin mai à Hiroshima, devenant le premier président des Etats-Unis en exercice à visiter cette ville japonaise détruite par une bombe atomique américaine en août 1945.
L'objectif de ce déplacement n'est pas de présenter des excuses pour une décision prise par Harry Truman il y a 71 ans mais d'offrir "une vision tournée vers l'avenir", a souligné avec force mardi la Maison Blanche, consciente du caractÚre sensible de cette visite hautement symbolique.
Les attaques sur Hiroshima (140.000 morts), puis sur Nagasaki (74.000) trois jours plus tard ont précipité la capitulation du Japon et la fin de la Seconde Guerre mondiale.
M. Obama, qui avait fait de la dénucléarisation l'une de ses priorités, se rendra le 27 mai sur le Parc du mémorial de la paix, lieu bouleversant qui rappelle la fournaise nucléaire qui a dévasté la ville lorsque le bombardier américain Enola Gay a largué une bombe atomique, le 6 août 1945 à 08H15.
"Les Etats-Unis sont le seul pays Ă avoir utilisĂ© des armes nuclĂ©aires. Nous avons une responsabilitĂ© particuliĂšre pour ĂȘtre Ă la pointe des efforts visant Ă les Ă©liminer", a soulignĂ© Josh Earnest, porte-parole du prĂ©sident amĂ©ricain.
DÚs sa premiÚre année au pouvoir, M. Obama avait émis le souhait de visiter Hiroshima et Nagasaki. "C'est quelque chose qui serait important pour moi", avait-il déclaré lors d'un déplacement au Japon fin 2009. Sept ans plus tard, il se rendra sur les lieux aprÚs avoir participé au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays du G7, à Ise-Shima, petite ville du centre de l'archipel.
Interrogé sur une éventuelle rencontre avec des Hibakushas (survivants de la bombe), l'exécutif américain a affirmé que le programme exact de la visite n'était pas encore finalisé.
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a saluĂ© l'annonce de cette visite, soulignant qu'elle devait ĂȘtre l'occasion "pour le Japon comme les Etats-Unis de rendre hommage Ă toutes les victimes". "Pour un prĂ©sident amĂ©ricain, c'est une dĂ©cision importante", a-t-il insistĂ©.
- 'Débat légitime pour historiens' -
Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s'est réjoui de cette annonce. Pour ce dernier, "l'une des principales leçons de Hiroshima est la nécessité d'abolir les armes nucléaires une fois pour toutes", a souligné son porte-parole, Stephane Dujarric.
Consciente que l'Ă©vocation de ce chapitre de l'histoire amĂ©ricaine pouvait ĂȘtre politiquement dĂ©licate aux Etats-Unis, oĂč certains Ă©lus ont dĂ©noncĂ© par avance une "tournĂ©e d'excuses" inacceptable, la Maison Blanche a insistĂ© sur le fait qu'il ne s'agissait en aucun cas d'exprimer des regrets.
"Les Etats-Unis seront éternellement fiers de nos dirigeants et des hommes et femmes qui ont servi dans les forces armées durant la Seconde Guerre mondiale", a souligné Ben Rhodes, proche conseiller de M. Obama, dans un texte expliquant cette visite.
"Leur cause Ă©tait juste et nous sommes extrĂȘmement reconnaissants Ă leur Ă©gard", a-t-il insistĂ©. "Cette visite sera l'occasion de saluer la mĂ©moire de tous les innocents qui ont perdu la vie durant cette guerre".
Harry Truman a-t-il fait le bon choix en 1945 ? Avait-il pris la pleine mesure de l'impact de sa décision ? Y avait-il d'autres options militaires plus judicieuses pour mettre fin à la guerre ?
"C'est un débat absolument légitime pour les historiens", a répondu le porte-parole de la Maison Blanche. "Mais ce n'est pas ce que le président Obama va faire lorsqu'il se rendra à Hiroshima".
Barack Obama aurait-il pris la mĂȘme dĂ©cision ? Difficile de se placer dans la mĂȘme situation, a-t-il rĂ©pondu, tout en estimant que M. Truman avait pris sa dĂ©cision "pour les bonnes raisons".
Selon un sondage réalisé l'an dernier par le Pew Center, 56% des Américains estiment que l'utilisation de l'arme nucléaire était justifiée, un chiffre en forte baisse par rapport à celui enregistré au sortir de la guerre.
"Je n'oublierai jamais les images" exposées, qui "retournent l'estomac", avait confié le secrétaire d'Etat américain John Kerry le 11 avril, aprÚs la visite du musée de la ville martyre. "Tout le monde devrait voir et ressentir la puissance de ce mémorial", avait-il écrit sur le livre d'or.
Cette visite interviendra quelques mois avant le 75e anniversaire de l'attaque japonaise contre la base américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, qui avait poussé les Etats-Unis à entrer en guerre.
Avant ce déplacement au Japon, le président américain se rendra au Vietnam. Il prononcera, depuis Hanoï, un discours sur les relations entre les deux pays et rencontrera par ailleurs des membres de la société civile et du monde des affaires.
Par Thomas URBAIN - © 2016 AFP
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