Japon

Bas les pattes! Une appli anti-"frotteurs" dans le métro de Tokyo

  • PubliĂ© le 24 mai 2019 Ă  02:40
  • ActualisĂ© le 24 mai 2019 Ă  09:19
Un responsable de la police tient un téléphone contenant l'application "Digi police", à Tokyo, le 13 mai 2019

Une puissante voix s'élÚve d'un téléphone dans le silence du métro de Tokyo pour dire "stop": dans la mégapole nippone, les passagÚres victimes des "frotteurs" plébiscitent une application visant à repousser leurs agresseurs.

A l'origine, la police de la capitale avait lancé Digi Police il y a trois ans pour informer personnes ùgées et familles des moyens de se protéger des arnaques et rÎdeurs. Mais elle a par la suite ajouté cette nouvelle fonction ciblant les hommes qui profitent des rames bondées pour attaquer leur proie, et cela fait un carton.

L'application a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© tĂ©lĂ©chargĂ©e plus de 237.000 fois, "un chiffre inhabituellement Ă©levĂ©" pour un programme de service public, selon Keiko Toyamine, une responsable du dĂ©partement de police. "Sa popularitĂ© est telle que le nombre d'abonnĂ©s augmente d'environ 10.000 chaque mois", dit-elle. Les victimes ont souvent trop peur pour appeler Ă  l'aide, d'autant qu'il est mal vu de parler dans le mĂ©tro au Japon, oĂč les passagers ont les yeux rivĂ©s sur leur smartphone, souligne Mme Toyamine, mais "avec Digi Police, elles peuvent alerter les autres passagers tout en restant silencieuses".

L'activation déclenche un message vocal à plein volume ou l'apparition sur l'écran d'un message SOS visible des voisins de rame, disant: "Il y a un agresseur. Aidez-moi".
PrÚs de 900 cas de ce type d'agression et de harcÚlement ont été signalés en 2017 dans les trains et métros de Tokyo, selon les derniÚres données disponibles. "Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", prévient toutefois Keiko Toyamine, précisant que les femmes concernées hésitent à se manifester.

- Wagons spéciaux -

Les coupables d'un tel délit risquent six mois de prison et une amende pouvant aller jusqu'à 500.000 yens (4.000 euros). En cas de violence ou de menaces, la peine peut s'élever à 10 ans d'incarcération.

Yui Kimura, une jeune femme de 27 ans qui travaille dans l'Ăźle septentrionale de Hokkaido, n'est pas tranquille quand elle se rend dans la capitale. "J'ai tendance Ă  ĂȘtre vigilante dans le mĂ©tro de Tokyo car je sais qu'Ă  tout moment, je peux me retrouver entourĂ©e d'hommes douteux", confie-t-elle. Reina Oishi, une Ă©tudiante de 21 ans, est elle aussi trĂšs sensible au sujet et veut tĂ©lĂ©charger l'application. "J'ai Ă©tĂ© victime de frotteurs tellement de fois", dit-elle.

Des compagnies ferroviaires, conscientes du problĂšme, ont dĂ©jĂ  mis en place des wagons dĂ©diĂ©s uniquement aux femmes pendant les heures de pointe et installĂ© des camĂ©ras sur les lignes les plus exposĂ©es. Le sujet est aussi de plus en plus dĂ©battu sur des forums internet, oĂč les femmes Ă©changent des conseils. Les "frotteurs" sĂ©vissent dans n'importe quelle ville du monde oĂč l'affluence est forte dans les transports en commun, note Akiyoshi Saito, un travailleur social qui a accompagnĂ© quelque 800 de ces agresseurs dans le cadre d'un programme de rĂ©habilitation.

Mais les mentalités sexistes restent profondément ancrées au Japon, et "cette idée que les hommes sont supérieurs aux femmes peut contribuer" au maintien de telles pratiques, souligne-t-il. Et de saluer une application bienvenue pour les victimes "silencieuses", car "les prédateurs ciblent en priorité celles qui apparaissent timides et réticentes à porter plainte".

AFP

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