Tensions

Birmanie: nouvelles manifestations, l'ONU divisée

  • PubliĂ© le 6 mars 2021 Ă  08:15
  • ActualisĂ© le 6 mars 2021 Ă  08:47
La femme de Phoe Chit, tué lors d'une manifestation pro-démocratie, pleure sur le cercueil lors des funérailles à Rangoun, le 5 mars 2021

Des manifestants pro-démocratie continuent à descendre dans les rues samedi en Birmanie, au lendemain d'une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l'ONU divisé sur la réponse à apporter à la répression militaire qui a déjà fait des dizaines de morts.

A Loikaw, dans le centre du pays, des centaines de personnes, dont des enseignants en uniforme vert et blanc, dĂ©filent en brandissant des panneaux appelant Ă  la dĂ©sobĂ©issance civile. "Si vous allez au travail, vous aidez la dictature", "Notre rĂ©volution doit gagner", scande la foule. Une multitude de messages de soutien afflue sur les rĂ©seaux sociaux: "Nous allons vaincre, mais soyez prudents", "Merci, vous ĂȘtes si courageux".

Dans le quartier de San Chaug, Ă  Rangoun, la capitale Ă©conomique, oĂč des barricades de fortune ont Ă©tĂ© Ă©rigĂ©es pour se protĂ©ger des forces de sĂ©curitĂ©, de petits groupes de manifestants se rassemblent. Les commerçants, qui ont ouvert aux premiĂšres heures du jour, se dĂ©pĂȘchent de fermer avant que la police et l'armĂ©e se dĂ©ploient.
La peur est dans tous les esprits: au moins 55 personnes ont été tuées par les forces de sécurité depuis le début de l'insurrection pacifique contre le coup d'Etat du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi.

- Raids -

Vendredi, un homme de 26 ans a Ă©tĂ© touchĂ© par un tir mortel dans le cou lors d'un rassemblement Ă  Mandalay (centre), et une ONG a rapportĂ© des raids contre des immeubles d'habitation et un hĂŽpital Ă  la frontiĂšre thaĂŻlandaise. Deux jours plus tĂŽt, au moins 38 protestataires avaient pĂ©ri, des images montrant les forces de sĂ©curitĂ© en train de tirer sur la foule et des manifestants couverts de sang, touchĂ©s Ă  la tĂȘte par des balles.

Vendredi, des pannes d'électricité ont eu lieu dans de nombreuses régions du pays. On ne savait toujours pas samedi si ces coupures ont été délibérées ou si elles sont la conséquence d'infrastructures peu fiables. Coupures d'internet, vagues d'interpellations, recours à la force létale: les généraux putschistes sont plus déterminés que jamais à éteindre le vent de fronde qui souffle sur le pays. Ils profitent des divisions de la communauté internationale.

Le Conseil de sĂ©curitĂ© de l'ONU, rĂ©uni vendredi, n'a pas rĂ©ussi Ă  se mettre d'accord sur une dĂ©claration commune. Des nĂ©gociations sur un texte doivent se poursuivre la semaine prochaine, d'aprĂšs des sources diplomatiques. "Nous sommes prĂȘts Ă  envisager des sanctions internationales conformĂ©ment Ă  la Chartre des Nations unies si la situation continue Ă  se dĂ©tĂ©riorer", a fait savoir l'ambassadrice britannique Barbara Woodward Ă  l'issue de la rĂ©union, organisĂ©e Ă  l'initiative du Royaume-Uni.

Des mesures coercitives ont été annoncées par les Etats-Unis et l'Union européenne, mais les observateurs exhortent à aller plus loin avec un embargo international sur les livraisons d'armes, une décision qui nécessite l'accord de tous les membres du Conseil.

- "Voisin amical" -

Or, PĂ©kin et Moscou, alliĂ©s traditionnels de l'armĂ©e birmane et grands exportateurs d'armes dans le pays, refusent de parler de "coup d'Etat", l'agence de presse chinoise Ă©voquant dĂ©but fĂ©vrier un simple "remaniement ministĂ©riel". Notre pays veut ĂȘtre "un voisin amical", a dĂ©clarĂ© vendredi l'ambassadeur chinois Zhang Jun, mettant en garde contre des sanctions qui ne feraient qu'"aggraver les tensions ou compliquer davantage la situation".

Les autres voisins régionaux font peu entendre leur voix. Singapour, premier investisseur dans le pays, a été le seul à hausser le ton, évoquant par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangÚres Vivian Balakrishnan, "une honte nationale". Mais le chef de la diplomatie a aussi estimé que toute pression extérieure sur les généraux aurait peu d'impact.

Dans ce contexte, il semble peu probable que l'appel à "l'unité", lancé par l'émissaire des Nations unies pour la Birmanie Christine Schraner Burgener, soit entendu. "L'espoir que (les Birmans, ndlr) ont placé dans les Nations unies et ses membres diminue", a-t-elle déploré, disant recevoir quotidiennement des centaines d'appels désespérés de mÚres, d'étudiants et de personnes ùgées.

Plus de 1.700 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s depuis le coup d'Etat selon l'ONU, dont une trentaine de journalistes. Face Ă  la dĂ©tĂ©rioration de la situation, des Birmans ont commencĂ© Ă  prendre la fuite pour se rĂ©fugier en Inde voisine, dont trois policiers refusant de prendre part Ă  la rĂ©pression, d'aprĂšs la police indienne.

SollicitĂ©e, la junte, qui conteste le rĂ©sultat des Ă©lections de novembre remportĂ©es massivement par le parti d'Aung San Suu Kyi, n'a pas rĂ©pondu aux multiples requĂȘtes de l'AFP.

AFP

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