Violents affrontements

Birmanie : une banlieue de Rangoun sombre dans le chaos

  • PubliĂ© le 17 mars 2021 Ă  16:32
  • ActualisĂ© le 17 mars 2021 Ă  16:55
Manifestants Ă  Rangoun le 16 mars 2021

Des panaches de fumée envahissent les rues désertes de Hlaing Tharyar, une banlieue industrielle de Rangoun qui a sombré dans le chaos, les forces de sécurité incendiant des maisons et tirant sur des manifestants désarmés.

Soldats et policiers bouclaient mercredi le canton, théùtre de violents affrontements depuis quatre jours, avec des dizaines de manifestants tués. Ils fouillent systématiquement les motos et les véhicules qui osent encore circuler malgré l'instauration de la loi martiale et menacent les gens de "tirer", relate à l'AFP un étudiant en médecine du quartier.

"S'ils trouvent quelque chose lié à la politique, un signe d'appartenance au mouvement de désobéissance civile (lancé par le mouvement pro-démocratie contre la junte, ndlr), on est immédiatement interpellé", explique-t-il.

La nuit a été trÚs tendue, des habitants racontant avoir entendu des "coups de feu en continu" et des médias locaux diffusant des images de maisons incendiées par les forces de sécurité. Hlaing Tharyar était un canton paisible avant le coup d'Etat du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi: des travailleurs pauvres venus des quatre coins du pays étaient venus travailler dans l'une de ses nombreuses usines de textile, un secteur alors en plein boom dans le pays.

- "Zone de guerre" -

Six semaines plus tard, cette banlieue est devenue "une zone de guerre urbaine", déplore Debbie Stothard, de la Fédération internationale pour les droits humains ( FIDH).

Hlaing Tharyar a sombré dans le chaos dimanche: une trentaine d'usines à capitaux chinois ont été incendiées, selon le quotidien nationaliste chinois Global Times, provoquant l'ire de Pékin.

L'origine des attaques n'a pas été déterminée, mais le ressentiment à l'égard de la Chine s'est intensifié depuis le coup d'Etat, certains manifestants estimant qu'elle a une position trop complaisante vis-à-vis des généraux putschistes. Peu aprÚs le début des incendies, les forces de sécurité se sont déployées en nombre. Elles ont ouvert le feu et tué plusieurs dizaines de protestataires.

La loi martiale a été instaurée et des centaines d'habitants ont pris lundi la fuite, entassant leurs affaires et leurs animaux de compagnie dans des camions, des tuk-tuks ou sur des deux-roues.

Mardi soir, des contestataires ont campé sur un pont et bloqué les principales routes du quartier. Ils ont érigé des barricades faites de vieux pneus, de panneaux de bois, de sacs de sable et de bambou. Certaines ont été incendiées par les forces de sécurité, provoquant d'épaisses fumées noires dans les rues pour la plupart désertes.

Non loin de là, des manifestants, se protégeant derriÚre des boucliers de fortune, ont lancé des cocktails molotov sur la police et l'armée. "Beaucoup de personnes ont été interpellés ces derniers jours dans le canton", relÚve Debbie Stothard.

"Elles ne sont pas autorisĂ©es Ă  rencontrer leurs proches ni leurs reprĂ©sentants lĂ©gaux. Personne ne sait oĂč beaucoup d'entre elles sont dĂ©tenues", dĂ©plore l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme dĂ©nonçant "des disparitions forcĂ©es".

Mercredi soir, il restait difficile d'obtenir des informations sur ce qui se passe sur le terrain, le quartier restant entiÚrement bouclé et les connexions internet mobile coupées.

Recours aux armes lĂ©tales, tortures, arrestations: la junte semble plus dĂ©terminĂ©e que jamais Ă  Ă©touffer le vent de fronde qui souffle sur la Birmanie, sourde aux condamnations de l'ONU qui dĂ©nonce "un bain de sang" et de probables "crimes contre l'humanitĂ©". Plus de 200 civils ont Ă©tĂ© tuĂ©s depuis le coup d'Etat et prĂšs de 2.200 arrĂȘtĂ©s.

Dimanche a été la journée de répression la plus meurtriÚre avec 74 manifestants abattus, principalement à Hlaing Tharyar. La loi martiale a été instaurée dans cinq autres cantons et concerne depuis prÚs deux millions d'habitants.

Toute personne arrĂȘtĂ©e dans ces quartiers risque d'ĂȘtre renvoyĂ©e devant un tribunal militaire, avec une peine minimale de trois ans de travaux forcĂ©s. "Je me mets Ă  genoux sur les routes de Birmanie et je demande que cesse la violence", a dĂ©clarĂ© mercredi le pape François.

Quelques jours plus tÎt, une religieuse s'était agenouillée devant des soldats lors d'un rassemblement pro-démocratie à Myitkyina dans le nord de la Birmanie, les implorant de "ne pas tirer sur des enfants". En vain, au moins trois manifestants avaient été tués.

AFP

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1 Commentaires
HULK
HULK
5 ans

Ce qui se passe en BIRMANIE est absolument dramatique. La vie des femmes, enfants,hommes n'a aucune importance n'a aucune importance pour cette junte militaire corrompue,soutenue par la CHINE,qui ne vaut guerre mieux. Mais n'oublions pas de dĂ©noncer d'autres pays oĂč les militaires font la loi, notamment l'ALGÉRIE ou la TURQUIE. Mais lĂ , çà devient trĂšs sensible,je vous laisse deviner pourquoi.Par pitiĂ©, n'ayons pas d'indignation sĂ©lective et que les journalistes ou les organisations internationales soient plus objectives : ils gagneraient en crĂ©dibilitĂ© et respectabilitĂ©.